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End of silence |Talia Barton|

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Lucas Truelove
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MessageSujet: End of silence |Talia Barton| Sam 2 Avr 2016 - 15:35

Diffuse et pourtant permanente était cette impression qui jamais ne me lâchait quand bien même je pouvais avoir le sentiment d’être seul, abandonné, vidé de toute émotion, de tout ressenti, de toute vie. La détresse. Cette même impression qui durant mon enfance me terrifiait d’incompréhension. Qui venait me saisir, toujours au pire instant, et provoquait sur moi révolte et spleen quand las de lutter, je la laisser m’envahir sans la comprendre. Tel un chien fou qui n’en finirait plus d’aboyer. J’étais à la fois incapable de la décrire et désireux de m’en défaire. Parce qu’une partie de moi avait toujours su qu’elle n’était nullement là par hasard, et donc, me déterminait. Et si toutes ces années, je m’étais employé aussi viruleusement que follement à la compenser, à faire taire son râle, sa tourmente, son avarie, en m’évertuant en un nombre considérable de personnalité, elle persistait à faire rage en moi à la manière d’une manie dont on ne se défait pas. A la profondeur d’un regard, dans le manquement d’une absence, à la faveur d’un mot qui n’aurait lieu d’être, d’une expression parasite.

Et sans jamais disparaitre totalement, elle rythme mes effrénées dangereuses et me confronte aux pires situations. Comme il en avait été le cas, en cette nuit, mes retrouvailles avec Talia pour le moins chaotique, la prise d’otages sur sa personne, l’enchainement de circonstances toutes plus frappantes les unes que les autres,  pour la laisser avec une balle dans le corps que j’avais moi-même tiré. Plus flagrante ne peut être la détresse que celle qui m’a saisi en cette nuit, en notre étreinte retrouvée comme s’il n’y avait jamais rien eu de plus vrai. La douleur que j’avais ressentie de ne pouvoir vivre sans elle mais d’en décider de la fuir obstinément.  Faiblesse et idiotie. D’en venir à fuir la seule personne qui savait me faire du bien, qui savait tirer le meilleur de moi-même, et apaiser mon tourment. Demeure insensible la connaissance qui a fait de nous les êtres que nous sommes.

Toutefois, l’état dans lequel je l’avais laissé de force m’était insoutenable. Tout autant que tous ces jours passés sans la voir alors qu’elle demeurait à l’hôpital pour recevoir les soins médicaux appropriés. Avoir à retourner dans les quartiers Sud ramenait à moi foule de souvenirs auxquels je n’avais plus envie de repenser à présent, mais j’avais besoin de savoir comment elle allait. Alors j’avais passé chacune de mes nuits après la nôtre à zoner dans son appartement duquel je n’avais pas la clé, mais cela n’était qu’une formalité. Un appartement à la fois modeste mais chaleureux, à son image. J’avais passé mon temps à me l’imaginer dans chacune de ces pièces, à rêver à ce que peut être sa vie, le comment elle affectionne son temps libre et ses soirées. Chercher à la retrouver à tous les endroits de l’appartement. Si, en ce moment, elle voit quelqu’un de régulier, s’il lui arrive de recevoir du monde, des amis, des personnes qui lui seraient proche. Une personne qui puisse la connaitre tel que je la connais, qui saurait le pourquoi elle veille toujours à verrouiller la porte quand elle y entre même si elle sait qu’elle pourrait en ressortir sous peu. Qui décerne une place de choix à son arme de service dans le tiroir de sa table de nuit, toujours à portée de main. Qui s’enquit du moindre bruit et qui ne dors jamais aussi profondément qu’elle n’y parait. Qui sait aussi bien vivre dans l’obscurité qu’en pleine lumière, bien que conservant cet automatisme de vivre dans le noir avec aisance. A l’époque de tous ces squats dans lequel nous avons séjourné, sans électricité ni eau courante quelquefois ou seulement à certaines heures. Sans rien de plus confortable que la présence de l’autre. Mon seul repère.

Et si je ne laissais jamais trace de mon passage, veillant bien à tout laisser à sa place tel quel l’avait laissé, m’accoutumant de la présence de son animal de compagnie qui languissait la présence de sa maitresse que les voisins venaient certainement prendre soin en journée. Un chat qui me cessait de me regarder avec méfiance et antipathie, se refusant à me faire confiance, ou à montrer le moindre signe de coopération malgré mes efforts. Certes, je n’avais jamais été très doué pour communiquer avec les animaux qui ne m’appréciaient pas plus. Néanmoins, il semblait tout autant que moi dépérir d’être privé de la voir à nouveau. Et cette nuit ne fut pas différente des autres. À mon arrivée par la fenêtre, il alla se terrer sous le lit et y resta une bonne demi-heure avant de refaire surface et de me dévisager longuement le temps d’accepter de reprendre ses activités nocturnes. Mais cette nuit ne serait semblable à aucune autre alors que j’entendais le jeu que fait la clé dans la serrure que l’on déverrouille. Elle rentrait enfin. Tapis dans l’ombre à proximité de la fenêtre, le chat se gonflait de petits miaulements informes sachant tout aussi bien que moi qui se trouve derrière la porte.

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Talia Barton
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MessageSujet: Re: End of silence |Talia Barton| Dim 3 Avr 2016 - 7:19


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❝End of  the  silence❞

Lucas & Talia

- L'amour est dangereux, dit-il
- Très, renchérit l'ange. Et alors ?




Les jours qui venaient de s’écouler me parurent durer une éternité. Comme plongée dans une bulle, ne prenant pas conscience de ce qui m'entourait, déconnectée, ailleurs, le temps semblait s'écouler d'une toute autre manière. Cette sensation de vivre en parallèle des autres, au ralenti sans pour autant en sentir les effets. Le contre coup ? Les médicaments ? Je ne savais pas vraiment. Les voir tous s'activer, mener leur petite vie à un rythme effreiné alors que je devais même prévenir lorsque je souhaitais juste aller me refraichir au lavabo. Pourtant enfermée dans cette chambre d'hôpital, mon esprit lui, arrivait à la quitter pour s'évader. Je n'en pouvais plus. Les soins quotidiens, les repas infects et les douches laborieuses. Entre ma jambe et mon bras j’avais la sensation de ne pas servir à grand-chose. Pourtant ça n’a duré que cinq jours, contre avis médical et après avoir signé une décharge je m’apprêtais enfin à retrouver le confort de mon foyer. J’enfournais mes affaires dans un large sac de sport qu’une collègue était venue m’apporter. Rester ici me rendait folle, j’avais la sensation d’être un rat de laboratoire qu’on examine sous toutes les coutures. J’étouffais. Je chaussais mes baskets, glissa mon arme dans le bas de mon dos et attrapais ma veste que j’enfilais à la hâte avant de me saisir de mon sac. Je boitais légèrement, cette poutre faisait bien son poids et je crois que j’allais avoir un peu de temps devant moi pour m’en remettre. Tant qu’on me considérait en congé au poste, je pouvais me permettre de souffler quelque peu et de surtout pouvoir réfléchir au calme, sans les bips stridents de la machine, sans les jacassements incessants des infirmières, sans être réveillée à 6h du matin parce qu’il y a des soins à faire. Non, là j’avais besoin de me retrouver seule, en tête  à tête avec moi-même.

Je hélais un taxi sur le trottoir devant l’hôpital, je n’avais pas ma voiture et de toute manière conduire n’est peut-être pas la meilleure chose à faire dans mon cas. Le véhicule s’arrêta et le chauffeur s’occupa de charger mon sac dans le coffre, je m’installais sur la banquette arrière avant de lui donner l’adresse, Tijuana river valley, dans les quartiers sud. Il se mit alors en route, la radio crépitant, essoufflée d’une trop mauvaise réception, diffusant cette musique culte de Nat King Cole, Unforgettable, tellement clichée et pourtant tellement surprenante à notre époque. Je collais ma tempe contre le carreau, regardant les lumières de la ville défiler sous mes yeux. Il se faisait tard et les lampadaires éclairaient les rues d’une intensité aléatoire. Les vibrations de la voiture ne semblaient même pas faire mal à mon bras en écharpe. Mes yeux perdus dans le vague je ne me rendais même pas compte que j’étais déjà arrivée devant chez moi. Je secouais vivement la tête comme pour me réveiller. Je sortis de mon sac de quoi payer le chauffeur, lui demandant de garder la monnaie. Je ne voulais qu’une chose, me poser, chez moi, me glisser sous ma couette et ne plus en sortir pour les prochaines semaines qui allaient venir.  L’homme sortit mon sac du coffre et me le tendit, il me proposa de le porter jusqu’à mon appartement  avec un sourire douteux, ce que je refusais. Je soupirais levant les yeux au ciel et pénétra dans la résidence. Je jetai un œil dans ma boite aux lettres, en attendant que l’ascenseur ne se décide à descendre. Pub… pub… pub… Loyer… pub… poubelle. Je gardais l’enveloppe du loyer avec moi et pénétra dans l’ascenseur laissant mon dos se coller à la paroi, le sac lâché négligemment sur le sol. Les étages semblaient défiler au ralenti, l’impatience me gagnait, c’était trop demander que de vouloir juste rentrer chez moi ? Quand les portes s’ouvrirent je poussais un soupir de soulagement, un regard à gauche, un regard à droite, je vérifiais toujours mon couloir avant de rentrer dans mon logement, réflexe. Je saisissais au passage la lanière de mon sac le trainant sur le sol, l’enveloppe dans ma bouche je cherchais de ma main valide les clés au fond de mes poches.  Je pestais intérieurement, qu’est-ce que j’avais bien pus en faire… coincée dans la doublure de ma veste je retrouvais le petit trousseau, il suffisait juste de retrouver le trou par lequel il était entré… Au fond de la poche droite… Une fois mon bien récupéré je pénétrais dans mon appartement, balançant le sac dans le milieu de l’entrée. Je refermais la porte en la verrouillant immédiatement, toujours eu ce réflexe aussi. Je sentis alors une douce chaleur le long de ma jambe un sourire s’afficha immédiatement sur mon visage.

« Pixel ! Oh bah alors t’en fais une tête ! Tu ne croyais tout de même pas que j’allais t’abandonner non ? Attends deux secondes. » Je retirai l’écharpe autours de mon bras qui me faisait plus de mal que de bien, la laissant tomber sur le sac avant de me pencher pour récupérer ma boule de poils. « Si tu n’y vois pas d’inconvénients très cher, je crois qu’un grand verre d’eau me ferait le plus grand bien… »

Je me dirigeais dans la cuisine et y alluma la lumière, je me sorti un verre du placard et dévissa le bouchon de ma bouteille d’eau, avant de me raviser et de la refermer. J’ouvris une porte sous l’évier afin de me sortir une bouteille de vodka. Je crois que cette fois il allait me falloir beaucoup plus que de l’eau pour me vider la tête. Je remplis mon verre et reporta mon attention sur Pixel, le regard fixé dans la pénombre vers le salon, le dos rond et la queue d’un raton laveur, il se mit à souffler avec un râle rauque. Je fronçais les sourcils, reposant mon verre, ma main dans le bas de mon dos prête à sortir mon arme à tout instant. Je me glissais sans bruit vers le mur mitoyen entre la cuisine et le salon. Ma main se colla  le long du mur, rejoignant l’interrupteur, je l’allumais d’un coup, pénétrant dans le salon dans la foulée, arme au poing, serrant la mâchoire pour ne pas exprimer ma douleur au bras. Alors que j’avais senti l’appréhension monter elle s’effaça presque aussitôt pour faire place à la stupeur et l’incompréhension.

« Lucas !? » Je baissai immédiatement mon arme sous le choc. « Mais… Que… Comment… » Je le regardais totalement surprise. « Comment tu as su où j’habitais ? Qu’est-ce que tu fais là ? Comment est-ce que tu es rentré ? Ça fait combien de temps que tu es là ? »

Je n’avais qu’une seule envie, courir me jeter dans ses bras et y rester. Cependant je n’arrivais pas à faire un seul pas, comme tétanisée. Je gardai la mâchoire serrée pour empêcher les larmes de me monter aux yeux. Je ne comprenais pas. Ces derniers jours à l’hôpital il avait occupé toute la place dans mes pensées, son regard, sa voix, son contact, son odeur, ses mots. Je n’avais pas arrêté de tout me repasser dans ma tête, en boucle, inlassablement, pensant alors que la dernière image que j’aurai de lui serait celle de l’homme qui me tire dessus. Je restais silencieuse, muette, les yeux agards et le cœur en berne. Je me refaisais sans cesse le film de cette journée. Inlassablement. Cette journée où je sentis l'équilibre de ma vie vaciller dangereusement. Mais avait il déjà été stable ? Je pourrais presque dire oui. Presque. Mais ça remonte à quelques années maintenant. Pas enormement mais qui me paraissent si lointaines. Je m'étais surprise à frissonnerai contact de ses mains sur moi, d'avoir meme trouve agréable de le sentir dans mon dos, le souffle court glissant sur mon cou, être en position de faiblesse alors que son arme embrassait ma tempe alors qu'etrangement son bras autour de moi, bien que de prise ferme, me faisait me sentir en sécurité. J'avais ressentie cette douleur alors que, nous jetant nos vérités à la figure, je l'avais vu si tiraillé, incapable de de raisonner sa tête comme il le faisait d'habitude. Je m'étais enivrée de ses lèvres contre les miennes, réchauffée par la douceur et la fermeté de ses mains contre mon corps. Je l'ai vu comme mon héros lorsqu'a travers le nuage épais de poussière je l'ai aperçu, venant m'apporter son aide, le regard inquiet. J'avais eu envie de lui si fort lorsque mon dos heurta ce contener et que sentis son baiser encore plus passionné. Je voulais le garder encore, jusqu'à l'asphyxie, jusqu'à ce que je m'écroule dans mon dernier souffle. Je ressentie cette vague d'angoisse lorsque, à terre , mes collègues sont arrivés pour m'aider, j'ai prié si fort pour qu'ils ne le trouvent pas. J'avais été privée de lui pendant si longtemps que m'autoriser cet aparté, cette parenthèse hors du temps, m'avait redonné une bouffé d'oxygène et le manque de son absence se fit plus douloureux encore. Je gardais en mémoire son dernier regard, son dernier geste, ampli de douceur et de regrets. Il n'avait rien à regretter, c'était ma volonté. Cest ce qu'il fallait que je fasse pour le sauver. Et si je devais le refaire, je le referai, un millier de fois si nécessaire. Je suis désolée Lucas de t'avoir demandé de faire ça...

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La femme amoureuse n'a plus de passé.
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Dernière édition par Talia Barton le Lun 18 Avr 2016 - 8:01, édité 1 fois
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Lucas Truelove
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MessageSujet: Re: End of silence |Talia Barton| Jeu 7 Avr 2016 - 17:38

Le risque que l’on me surprenne ici était énorme. D’autant plus que je me savais surveiller par bien plus de personnes que je ne saurais l’admettre. Si le rôle que j’avais joué auprès de la mafia italienne me valait qu’on me lâche un peu la bride, je ne pouvais pas en dire autant des autres personnes. Ces mêmes personnes aux costards impeccables et aux armes propres. Que feraient-ils de Talia s’ils apprenaient son existence et le moyen de pression qu’elle est sur moi ? Et à chaque fois que j’y pensais, une seule et unique solution s’imposait à moi. Il fallait que je me débarrasse définitivement de ces types. Que je retombe dans l’ombre et que j’y reste aussi longtemps que possible. Parce que ce n’était pas l’obscurité qui m’effrayait. Au contraire, savait m’apaiser et me permettre de respirer. J’avais tout à y gagner et peut-être, peut-être … pourrais-je la récupérer. Mais qu’avait-elle à tirer de celui que je suis devenu ? Certainement pas beaucoup plus que par le passé. Elle était flic désormais, et son statut, quand bien même elle m’avait sauvé la mise une fois, n’est pas extensible. Et les risques dès lors, se serait-elle qui les courra encore. Et comme toujours à cause de moi. Que devions-nous faire alors ? Vivre dans le même monde et ignorer la présence de l’autre ? N’est-ce pas ce que nous avions fait jusqu’alors ?
Je n’avais pas le droit de débarquer de la sorte, et de mettre un mouchoir sur toutes ces années passées si loin l’un de l’autre. Je comprenais son hébétude, son réflexe de dégainer son arme et  la foule de questions qui suit alors qu’elle restait figée sur place. Mais aurais-je pu faire autrement après ce que nous avions vécu et le comment nous nous étions quitté ? Insupportable a été de vivre sans toi, maintenant que la vie nous a rejoint, je ne veux plus avoir à te quitter à nouveau ni te contraindre à partir. Alors peut-être espérais-je secrètement qu’elle serait plus forte que moi. Comme toujours il en est. Qu’elle mette fin à notre histoire définitivement. Qu’elle me dise ces mots que je n’ai pas envie d’entendre mais directeurs de raison pour que nos vies reprennent enfin. Et si cela doit être chacun de notre côté je saurais l’accepter si tu me le demandes.

Mais en ce temps présent, je ne peux m’empêcher d’espérer. Je ne veux pas avoir à être raisonnable, conciliant et moral. Et si mon comportement est immature et profondément stupide je l’assumerai pleinement s’il m’accorde tes faveurs encore quelques minutes. Qu’importe que mon attitude invoque ta colère et ta rage. Il n’est plus question d’être les personnes que nous avons été, mais de se retrouver en les personnes que nous sommes aujourd’hui. J’ignore s’il est possible d’avancer ainsi mais j’étais prêt à croire en tout si tu en fais simplement la demande. Que je ne me sentes plus aussi asservi par ma médiocre existence qu’il en fut temps, ne m’empêche pas de distinguer les obstacles qui se dresseront contre nous. Des obstacles lourds de sens et que nous ne pourrions pas ignorer et en même temps, tant à perdre … Cependant, te trouver là, face à moi, vivante mais blessée, m’anime d’une pulsion si intense qu’elle submerge toute rationalité. Et il m’est totalement impossible de me raisonner.

Parcourant les mètres qui nous séparent, je l’enlace avec ferveur tout en prenant soin de ne pas lui faire mal à l’épaule et fait glisser ma main sur sa nuque. En un geste tendre, je l’embrasse avec sensualité dans l’espoir d’apaiser le manque qu’elle a ranimé en moi. Pour reprendre haleine, j’appuie ma tête contre la sienne, prêt à répondre à toutes les questions qu’elle voudra me poser dorénavant, sans détour ni contour.

« Tu m’as atrocement manqué … J’en crevais de pas avoir de tes nouvelles », lui dis-je avant d’inspirer une nouvelle fois. « J’savais pas quand tu rentrerais donc j’ai pensé que ce serait aussi bien de t’attendre ici », repris-je plus calmement. « J’ai pris l’escalier de secours et puis j’ai … enfin … tu vois … (Je marque un long silence avant de reprendre). Comment est-ce que tu vas ? » Lui demandais-je après être parvenu à faire de l’ordre dans mes pensées pour ne pas lui débiter un flot de paroles incompréhensibles et interminables. Elle n’était pas sans savoir que j’ai toujours su m’ouvrir des portes sans avoir à demander de clés, et qu’il est inutile de revenir là-dessus pour rappeler à sa conscience qu’au final, j’ai toujours recours aux mêmes combines. Que certaines de mes manies me poursuivent encore aujourd’hui, et que donc, il m’arrive encore de faire les mêmes conneries et les mêmes erreurs. Et elle se demandera inévitablement si j’ai véritablement finir par apprendre quelque chose … Or, loin de moi était l’envie de provoquer une nouvelle dispute entre nous bien que l’on n’arrive difficilement à s’en passer. En cette nuit, ne m’importait que son état de santé, qui en prime de la fatigue et de la douleur qui élançait son bras, devait être un véritable combat pour elle, et j’avais conscience de la charge émotionnelle supplémentaire que je représentais pour elle. Mais il en valait mieux ainsi que chacun de notre côté à nous poser mille questions. Je n’avais pas su la rayer de ma vie pas plus que de la remplacer, je n’avais pas plus envie de commencer aujourd’hui. Elle en fait partie, et la place qu’elle y tient s’agrandit de minutes en minutes. J’y avais trop perdu à vouloir lutter contre. Et s’il ne demeure de bonne solution, certainement serions-nous nous satisfaire d’un arrangement à l’amiable encadré par des règles que nous aurions posé. En totale transparence, sans mais ni peut-être, ce qui nous avait manqué la première fois. Il n’était plus question de lui mentir pour la protéger, ou alors de chercher à embellir les choses lorsqu’elles ne sont que noires et justes noires. Je ne commettrai pas à nouveau la même erreur.

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Talia Barton
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MessageSujet: Re: End of silence |Talia Barton| Lun 18 Avr 2016 - 5:38


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Lucas & Talia

- L'amour est dangereux, dit-il
- Très, renchérit l'ange. Et alors ?




Trop longues, les journées à rester derrière les carreaux, regardant la pluie tomber, seule avec moi-même, avec mes pensées. Je me repassais inlassablement le fil de cette journée qui m’avait fait replonger dans un passé que je croyais loin de moi à tout jamais. Et pourtant, tel un fantôme il m’est apparu. Tellement de questions s’étaient enchainées dans ma tête. C’est étrange cette sensation de ne se sentir en sécurité que dans les bras de la personne dont vous ne souhaitiez plus entendre parler il y a quelques jours encore. J’avais regardé cette pluie tomber sur les carreaux, je pouvais rester des heures comme ça, ne pas bouger, attendre que le temps passe puisqu’il n’y avait plus que ça à faire. Dérangée de temps à autre par une infirmière venue contrôler que tout allait bien, changer mes pansements, diminuer les doses de morphine… Pas un mot. Je n’avais décroché aucune parole à qui que ce soit pendant ces quelques jours passés sur ce lit d’hôpital. Juste quelques hochements de tête lorsqu’ils avaient besoin de réponses, ils devaient s’en contenter. Quelques-uns de mes collègues étaient passés me voir, j’avais préféré faire semblant de dormir dans ces moment-là. L’envie de parler ne se faisait pas sentir, pas pour eux. J’avais cependant dû faire mon rapport, j’avais pourtant bien précisé que je le ferai une fois de retour, mais visiblement l’patron n’était pas vraiment de cet avis. Un flic à l’hôpital avec son agresseur en fuite, ce n’est pas ce qu’il y a de plus glorieux pour l’image de la police. Les statistiques, les sondages… Je m’en moquais clairement, mais pas lui, visiblement ça redorera son image s’il arrêtait le coupable. Seulement il ne fallait pas qu’il compte sur moi pour lui donner un nom ou un début de piste pouvant le conduire jusqu’à Lucas. Ce fut tout le contraire, tout ce que je leur avais dit les mènerait à l’exact opposé du jeune homme. Je ne pouvais pas, je ne pourrais pas lui faire de mal. On s’en est déjà fait tellement par le passé. Jetant en boule mes affaires dans mon sac, une infirmière excédée qui me hurle de retourner me coucher, je quitte cette chambre, je n’en peux plus, je deviens folle avec ce blanc immaculé partout, cette odeur propre aux hôpitaux, dérangeante. Je signe ma décharge et passe les grandes portes automatiques en verre. L’air pur, je regarde le ciel, il fait déjà presque nuit, le soleil se couche et la lune pointe le bout de son nez. Il faisait doux, je pouvais sentir le vent sur mon visage, emmêler quelques-unes de mes mèches de cheveux. Je fermais les yeux pour apprécier ces quelques secondes avant que le taxi que j’avais hélé vienne me récupérer.

J’étais enfin chez moi, le sac jeté négligemment sur le sol avec l’écharpe qui me tenait le bras immobile avant. Retrouver la douceur et la chaleur de son foyer avec en prime une boule de poils qui vient ronronner dans vos jambes. Visiblement ma voisine avait tenu sa promesse de venir nourrir Pixel. Mais cette soirée n’allait pas être comme je m’y attendais, à juste me glisser sous une douche bien chaude pendant de très longues minutes avant d’aller me lover dans les plis de mes draps. Au lieu de ça je me retrouvais dans mon salon, incapable de bouger, sous l’effet de la surprise. Lucas. Il se tenait là, devant moi, je voulais me pincer très fort pensant à un effet secondaire de la morphine qu’on m’avait injectée, une hallucination, mais non. Il était là, d’abord immobile lui aussi. J’avais baissé mon arme que je pointais sur lui quelques secondes auparavant pensant avoir à faire à un voleur, elle était trop lourde encore, et je ne voulais plus le voir au bout de mon canon, plus jamais. Je ne suis capable de bredouiller que quelques mots. J’ai du mal à y croire. Malgré ses paroles j’avais cru ne jamais le revoir, ou du moins pas si vite, pas de sa propre volonté. Alors que je restais interdite il s’avança vers moi d’un pas déterminé, je ne reculais pas, il m’enlace, m’embrasse, glissant sa main sur ma nuque. J’en ferme les yeux, laissant glisser mon arme le long de ma jambe pour qu’elle finisse sur le sol. Je le sentais contre moi, je ne rêvais pas, je passais mes mains dans son dos, mes mains agrippant sa veste. Je ne voulais pas que ce moment s’arrête. J’avais la sensation d’enfin pour respirer pleinement, que mes poumons s’emplissaient enfin complètement d’air alors que j’étais restée trop longtemps en apnée. Il avait cette douceur et cette fermeté à la fois, il se contrôlait, je devais en faire de même malgré les envies qu’il faisait naître en moi lorsque l’on entrait en contact. Je gardais les yeux clos, sont front contre le miens. J’avais la sensation d’être enfin entière, mes mains serrant toujours aussi fort le dos de sa veste je l’écoutais prendre la parole. Ses mots me faisaient du bien, comme s’ils répondaient aux questions que je m’étais inlassablement posées ces derniers jours. Il commença à vouloir m’expliquer sa présence ici, j’ouvris alors les yeux, reculant un peu ma tête, posant mon doigt sur ses lèvres. Je m’en moquais au fond de savoir comment il était arrivé ici, j’ai juste heureuse qu’il l’ait fait.

« Chut… Je m’en fou, complètement. T’aurais pus fracasser un carreau, défoncer ma porte que ça m’aurait été totalement égal. Tu es là et… C’est tout ce qui compte à mes yeux. Tu m'as horriblement manqué aussi...»


Il semblait si fatigué, combien de temps avait-il veillé ? Surement autant que moi, peut-être. Comment j’allais ? Je ne saurais pas vraiment quoi répondre. J’étais tellement partagée entre la fatigue qui m'harassait, la douleur vivace et constante mais surtout, ce qui prenait le dessus en cet instant précis c’était juste l’immense bonheur que j’avais à le serrer contre moi.

« Je vais bien Lucas, ne t’en fais pas. Et toi ? Tu as l’air épuisé… »

Je posais mes mains sur ses joues avec douceur, je le dévorais des yeux, mon cœur continuait de battre la mesure, frénétiquement. J’avais besoin de le toucher, de le sentir, de le regarder. Non je ne rêvais pas et il allait falloir que je m’en persuade.

« Lucas je… Je me répète mais… Tu m’as tellement manqué, à un point si tu savais… J’ai du mal à croire que tu trouves là je…» Je sentais les larmes poindre au bord de mes yeux alors qu’un sourire illuminait mes lèvres. Enfouissant ma tête dans son cou  je repris. « T’es revenus…  Je n’ai pas passé une seule seconde ces derniers jours à ne pas penser à toi. Je me suis tellement inquiétée… Et j’avais peur… Peur de ne plus te revoir… Mais tu es là, t’es revenus, tu ne m’as pas abandonnée… tu es là… Je t’en prie dis-moi que tu ne comptes pas repartir. »


Je laissais planer un silence pendant quelques secondes, profitant juste du fait de le tenir dans mes bras, puis, je glissais mes mains dans les siennes le guidant jusqu’au canapé pour nous y assoir. D’abord pour que nous y soyons mieux, ensuite parce que rester trop longtemps debout réveillait ma douleur à la jambe. Sa présence me fait du bien, elle m’apaise, comme maintenant où j’oublie peu à peu ma douleur et où je me décontracte de plus en plus. Aussi étrange que ça puisse paraître il me calme autant qu’il m’enflamme. Ses mains sur moi, ses regards, ses sourires, ça m’électrise et me donne envie d’y céder de nouveau. De me laisser retomber dans ses bras et de goûter encore au plaisir avec lui. Je voulais ressentir sa chaleur qu’il avait commencé à me délivrer contre ce container, je voulais sentir mon corps trembler entre ses mains, m’imprégner de son odeur, laisser mes mains redécouvrir chaque parcelle de son anatomie,  sentir la pression de ses lèvres sur ma peau… J’en brûlais de désir à l’intérieur. A cet instant je n’avais pas envie de parler, j’avais juste envie de le tirer vers moi et de faire s’unir nos lèvres, je voulais sentir ses mains me faire frissonner encore, je voulais sentir la fièvre m’emporter, je voulais le sentir encore plus qu’avant contre moi. Mais je refoulais tout à l’intérieur, je me devais d’être raisonnable, encore un peu. Je glissais mes doigts entre les siens un sourire au bord des lèvres je retins un léger rire.

« J’ai l’impression de rêver… » Je levais lentement les yeux vers les siens. « Mais ce n’est pas le cas n’est-ce pas ? » Je serrais un peu plus mes doigts dans les siens. « T’as l’air préoccupé… Si c’est à cause de ça… » Je jetais un œil vers mon épaule « Tu n'as pas à t’en faire, ça va déjà beaucoup mieux et visiblement ton tir était parfait puisqu’il n’a endommagé rien d’autre que quelques tissus qui se reformeront avec le temps. Du superficiel en somme…» Je plongeais mes yeux larmoyant dans les siens « Je suis vraiment désolée de t'avoir demandé de faire ça... Je m'excuse vraiment Lucas... Mais... C'était la seule solution... J'espère que tu me comprends...» Je baissais la tête. «Et ne t’en fais pas non plus par rapport à… à mes collègues… Ma déclaration éloigne si loin les pistes de toi que tu n’as pas à t’inquiéter pour ça. » Je marquais une pause avant de secouer doucement la tête « Je ne pourrais pas me pardonner de te mettre en mauvaise posture… » Je relevais lentement mes yeux pour capter son regard, mes doigts enserrant toujours les siens. « Si je te disais tout ce que je ressens maintenant, tout ce qui me vient à l’esprit, tu ne comprendrais rien… »

Lâchant ses doigts, je fis glisser une main sur son torse et l’autre sur sa nuque ne pouvant plus me retenir plus longtemps de l’embrasser de nouveau, me glissant sur ses genoux à califourchon, collant mon corps contre le siens. Je me risquais à augmenter notre proximité. Je lui retirais sa veste afin de ressentir encore plus sa chaleur et son corps. Il me faisait tant de bien même si à l’intérieur de moi une voix me hurlait de tout stopper tant qu’il en était encore temps, que je faisais une énorme bêtise. Cette voix qui tente de m’imposer des souvenirs sombres de notre relation. Mais je ne veux plus. Je ne veux plus me laisser dicter par la peur. A présent je ne voulais que lui, rien que lui. Nous avions changé mais la force des sentiments que j’éprouvais pour lui à l’époque semble encore plus vivace aujourd’hui. Je détachais mes lèvres des siennes, gardant mon front contre le siens, les yeux clos.

« Dis-moi que c’est encore possible… Dis-moi qu’on fait table rase du passé, qu’on en garde que le meilleur… Dis-moi qu’on peut recommencer… Redis-moi que tu ne me laisseras plus… Redis-moi… Dis-moi que tu m’as aimée… »

J’avais le souffle court mes doigts caressant sa nuque, j’avais rêvé des nuits entières de retrouver ce contact avec lui, de l’avoir de nouveau auprès de moi.

« Si tu savais combien de fois je me suis retrouvée devant ta porte… Combien de fois je me suis laissée glisser contre elle, impossible de ne serait-ce que de toquer qu’un seul coup. Combien de fois j’ai voulu courir jusqu’à toi et te supplier de me pardonner… Je donnerai n’importe quoi pour que tu m’acceptes de nouveau… Je pourrais même rendre ma plaque si c’est ce qui nous freine… Parce que… » Ma main sur son t-shirt se crispa « Tu es tout ce que je veux, tout ce que j’ai toujours voulu, et t’avoir perdu a été pour moi la pire épreuve de ma vie. T’étais tout pour moi, ma première pensée en me levant et la dernière en me couchant, la première personne qui je pensais dès qu’il m’arrivait un truc de bien et que je voulais m’empresser de te le dire. Combien de fois je me taisais, juste parce que sous le coup de la colère je ne voulais plus te faire partager ce petit moment de bonheur trop vite oublié… Je m’en veux tellement… Si je pouvais revenir en arrière je ferais les choses différemment… Lucas je… il faut que tu me pardonnes… Tout n’est pas de ta faute comme j’avais pu te le dire… J’ai moi aussi une très grande part de responsabilité dans notre échec… Mais… » Je marquais un silence, les yeux rivés sur son torse, incapable de le regarder dans les yeux.  « Mais je peux pas lutter plus longtemps… pas maintenant que tu es là… Vraiment là… Tu m’as fait totalement perdre la raison l’autre soir, tu m’as fait comprendre que la seule chose que je voulais vraiment c’était toi et rien d’autre, peu importe le contexte, peu importe le lieu, peu importe la météo ou l’heure qu’il est, c’est toi qu’il me faut. J’ai eu beau essayer de t’oublier je ne peux pas, parce que ce que je ressens pour toi ne s’efface pas… J’ai juste muselé mes sentiments, attachés au bout d’une chaine et laissés dans un coin sombre… » Ma main glisse le long de son cou pour rejoindre la première sur son torse, la tête basse. « Lucas je… je me rends compte que vivre sans toi n’est pas compliqué… c’est juste impossible parce que… parce que je t’aime… je t’aime toujours… et peu importe ce que j’y ferais, peu importe qui réchauffera mon lit si tu ne veux pas de moi, ils n’auront aucune importance à mes yeux puisque tu occuperas toujours mes pensées et mon cœur… »

Je ne l’avais pas habitué à lui parler si directement de ce que je ressentais, sur tout, sur rien, sur mes sentiments pour lui. Mais aujourd’hui je voulais qu’il sache, qu’il comprenne que ce que j’avais dit dans le hangar l’autre soir était vrai. J’aurai été prête à devenir sa femme, il aurait pu me demander ma main avec une capsule de canette en guise de bague, que j’aurai dit oui sans hésiter. Parce que je ne veux pas qu’une autre femme prenne cette place dans son cœur, je ne veux pas être remplacée par une autre. Il est mon alter-ego, Il est mon Yin, je suis son Yang. J’ai besoin de ses doigts entrelacés aux miens, de me réveiller le matin aux creux de ses bras, de me confier corps et âme à lui et si pour ça il fallait que je me livre, que je me mette à nue pour qu’il le comprenne, alors je le ferai.


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MessageSujet: Re: End of silence |Talia Barton| Mer 27 Avr 2016 - 21:59

Douce frénésie … De celle qui nous empêche de penser raisonnablement, de laisser s’immiscer le rationnel entre nous. De nous laisser croire, si librement, que tout est possible, tout est permis. Qu’il ne suffit que de le vouloir et d’envoyer valser tout le reste. Qu’il me suffit juste de la serrer dans mes bras pour croire encore en l’existence, et en une vie qui vaut la peine d’être vécue. Une vie qui n’aura, en somme, était ponctuée que d’échecs  et de ratures, mais une existence qui m’aura permis d’aimer une femme de tout mon cœur et de toute mon âme. D’un amour inconditionnel que peu de gens connaissent au cours de leur vie. Un amour des plus destructeurs, qu’on se pense chanceux d’en être préservé, et pourtant … Elle était ma seule raison de vivre. A en faire le calcul, il n’y a qu’elle qui compte ; qu’elle qui importe. Pas le poids d’une enfance pourrie, de souvenirs plus douloureux les uns que les autres, de mauvais choix en mauvaises actions. Seulement la primeur d’avoir croisé sa route. D’avoir été aimé par cette femme et d’avoir eu le privilège de partager sa vie. Et si nous n’avions eu que quelques années d’harmonie l’un avec l’autre, pas un moment n’altère mes sentiments. Car même dans nos disputes, je l’aimais éperdument. Les sourcils foncés et les lèvres pincées. Comme sourire aux lèvres et regard riant. Et même lorsque dans la colère où l’incapacité envahissait ses traits et que des larmes venaient inonder ses yeux, elle n’en restait pas moins la meilleure chose qui me soit arrivé. Mais de quel plus lourd fardeau pouvais-je encore l’accabler en lui révélant tout ce qu’elle représente pour moi ? Alors, j’ai préféré me taire. J’ai préféré garder le silence face à ses cris, feignant l’indifférence. Préféré déposer les armes plutôt que me battre. Parce qu’il n’y a rien de plus insupportable que de la rendre malheureuse. D’être la cause de son désespoir et la raison de sa mélancolie. Alors j’ai choisi d’être son pire ennemi. D’être celui qui lui évoquait haine et mépris, déconsidération et indifférence.

Mais les années n’avaient pas eu l’effet escompté. Et dans ma folie, j’ai songé être en mesure de supporter son départ. D’encaisser l’éloignement et la distance qui s’est installée. Et c’est ici que j’ai échoué. Le manque a été bien trop grand, et le résultat décevant. Parce que nous n’avions fait que souffrir l’un sans l’autre. Loin de l’autre. À l’ombre et en silence, ne pouvant plus rejouer ce qui avait été perdu. Enfermés dans une décision trop hâtive. Apeurés par l’ampleur qu’avait pris notre couple, de la place qu’il avait pris dans nos vies, et emplissait encore et encore. Un peu plus à chacune de nos étreintes, de nos regards, de cette impression insaisissable qui nous donnait tant l’impression de se connaitre par cœur. Comme une définition de nous-mêmes : l’être espéré. Pour en finir par s’oublier, totalement.

Son arme s’écroule au sol et elle partage notre étreinte, possédée par la même pulsion qui m’envahit, comme elle communique d’un corps à l’autre. Quand je la serre fort contre moi, sa main se resserre sur ma veste. Par un baiser emplit de passion, elle redouble d’intensité. Et dans ma retenue, elle en ressent toute ma culpabilité.
D’un doigt interdit sur mes lèvres, elle met fin à mon périple, ne voulant en savoir plus, et se fichant de la manière qui m’avait permis de me trouver ici. Elle me renvoie en retour ses paroles qui font du bien, et emplit mon être d’une sérénité sans égal. Elle approuvait totalement ma tentative désespérée.

« Ça va bien mieux à présent », lui répondis-je, si serein de pouvoir être en sa présence sans que l’on ne soit pressé par les évènements, par la vie elle-même qui ne saurait ne nous accorder que de furtifs moments. En cette nuit, c’était nous qui les accordions.
Le contact de ses mains sur mon visage est chaud et rassurant, alors que les miennes ne quittent pas sa taille de peur qu’elle m’échappe encore. L’émotion d’un tel moment fait monter les larmes à ses yeux alors que nous en avions rêvé un millier de fois pour toujours finir par nous en interdire. J'aime le sourire qui illumine, malgré tout, ses lèvres quand bien même son débit de paroles est pressant.

« Je ne vais nulle part », lui confirmai-je alors pour la rassurer et faire cesser ce trouble qui la panique. Mais elle ne parvient encore à y croire, cherchant des encrages à une réalité qui ne pourra lui faire défaut. Sa main dans la sienne, nous allons nous assoir sur le canapé comme si aucune contrainte de temps ni d’espace nous retenait et ç'en était que plus agréable. Nos main jointes, les pensées se bousculent à sa conscience qu’elle n’en parvient pas encore à faire corps avec la réalité. Mais je peux lui assurer pour deux qu’il ne s’agit pas d’un rêve. Parce que dans mes rêves, m’oppresse toujours ce sentiment de douleur tel je ne suis que le seul maitre du jeu. En cet instant, nous étions deux. Elle n’était pas le seul fruit de mon imagination et sait balayer d’une seule éreinte mes doutes et tourments. Parce que je ne sais être serein aussi longtemps dans mes rêves. Et alors que je sens s’échapper tout contrôle, je n’en freine nullement sa fuite. Son regard dans le mien, elle parvient à la perfection à déchiffrer ce que je pense, et me fait savoir que je n’ai plus à m’en faire pour les blessures que j’ai commises. Elle me fait part des décisions qu’elle a eu à prendre ces derniers jours et le choix qu’elle a fait de masquer mes traces, mais ce n’est pas pour ma peau que je m’inquiète. Ce n’est pas la première fois que des chiens me courent après. Ce qui me préoccupe est qu’elle l’ait fait à la manière d’une évidence.

« Je n’ai jamais pu t’en vouloir », lui dis-je alors pour faire taire ce conflit en elle qui puisse la tenir pour responsable de cette sombre nuit. Nous avions agi de la seule façon qu’il nous était possible d’agir, acculés par l’urgence de notre situation. Mais j’espérais ne plus jamais avoir à faire feu sur elle … plus jamais. Il en était bien une première pour nous de nous confier de la sorte l’un à l’autre, sans chercher à détourner la conversation ou à rester évasifs sur nos sentiments. Je la sentais en proie au bouleversement alors que je me contenais à rester lucide et que j’avais failli une fois déjà. Mais je n’en revenais pas de la facilité que nous avions à présent pour nous dire les choses, comme si d’avoir trop attendu avait été la torture de trop. Je ne savais quoi lui dire pour tenter de l’apaiser enfin pour qu’elle retrouve son souffle. Au lieu de cela, elle vient poser ses mains sur mon torse et ma nuque, et rompre définitivement toute distance entre nous. Comme si trop fragiles et trop instables, la douleur pouvait s’immiscer à tout instant si on la laissait faire. J’enserre sa taille avec délice et passion, faisant glisser mes mains de ses épaules à ses reins, pour la serrer contre moi et lui rendre son baiser plein de fougue. Elle retire ma veste et je sens son rythme cardiaque qui s’accélère alors que je me perds en baisers au creux de son cou. Je n’avais plus envie de penser aux conséquences qu’auraient surement nos actes, seulement à elle et rien qu’à elle. Reprenant haleine, elle laisse appuyer sa tête contre la mienne, fredonnant ces mots tel un exutoire. Des paroles auxquelles je sais pouvoir me fier, nous renvoyant à une période révolue de notre vie, et pourtant, la sensation que le temps a passé est bien là, mais n’a terni les sentiments que nous ressentons l’un pour l’autre … et semble même les avoir rendu plus vivaces encore. Je me refuse à l’interrompre bien que ne pouvant adhérer pleinement à sa vision des choses qui l’accable et la porte pour responsable. Certes, nous étions les joueurs du même jeu, mais aucun de nous n’y a fini gagnant. Ce jeu-là n’a fait que deux perdants lorsqu’il s’est arrêté.

Je ressens le trouble qui l’envahit toute entière lui empêchant de croiser mon regard, tout en laissant sortir naturellement les mots de sa bouche qu’elle avait certainement répétés des centaines de fois. Je caresse son dos avec tendresse afin d’apaiser son tourment et la convaincre que nous sommes à nouveau réussis à présent et qu’il n’est plus temps d’avoir peur bien que connaissant ses craintes pour les avoir vécues également.

« Talia … Il ne s’est pas passé une seule seconde sans que je ne regrette ce qu’il nous ait arrivé et ça pour la seule et unique raison qui fait que je me trouve ici à présent », lui dis-je, dans l’espoir de la persuader. « C’est parce que je suis fou de toi, et je l’ai su à l’instant où j’ai posé le regard sur toi », lui confie-je un fin sourire sur les lèvres. « J’ai compris aussitôt que tu allais bouleverser ma vie à jamais, mais ce que tu m’as apporté a été le plus beau des cadeaux que la vie pouvait m'offrir », repris-je en souriant, passant ma main dans ses cheveux longs. « Je n’ai jamais cessé de t’aimer, même après que nous nous sommes séparés et je crois que je t’aimerais toute ma vie », le regard dans le sien, je m’épatais de parvenir à lui parler aussi ouvertement et librement que je ne le pouvais dans le passé. J’ignorais totalement quelle barrière s’était effondrée, à raison de quel phénomène, certainement d’avoir trop rêvé de pouvoir lui dire ses mots un jour. Mes mains sur sa taille, sans rompre notre franche proximité qui m’avait tant manqué, de la sentir sur moi en cet instant, j’avais le sentiment de pouvoir tout lui dire à présent. « Je ne veux pas que tu renonces pour autant à celle que tu es devenue, à celle qui t’as sauvé, parce que ce n’est pas moi qui l’ait  fait … tu l’as fait à la force de ta seule volonté et je refuse que tu renie tout cela pour moi », lui fis-je savoir d’un ton plus ferme dans l’espoir de la convaincre encore, afin que nous ne commettions plus les mêmes erreurs que par le passé.

« Ça ne changera rien à l’amour que je te porte si ce n’est le renforcer plus encore, et j’ai conscience que nous donner une nouvelle chance sera difficile, ce sera même très dur mais je suis prêt à tout, je veux pas avoir à renoncer à toi une deuxième fois, ça je pourrais pas », finis-je par lui dire, détournant le regard, repensant aux dégâts que cela a déjà causé sur nous, et à la souffrance que j’ai ressenti de me tenir si loin d’elle. De n’être plus qu’un figurant dans sa vie. D’occuper la place d’un souvenir passé que l’on remonte à la surface en permanence en prenant à chaque fois le risque qu’il ne s’érode. D’avoir été et de n’être plus. N’être plus.

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