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A sa hauteur, il prend déjà autant de place que toi [Misha]

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Kathleen Evans
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MessageSujet: A sa hauteur, il prend déjà autant de place que toi [Misha] Mer 13 Jan 2016 - 0:03


J’ignore encore la colère dans laquelle doit être Misha. J’ignore à peu près tout ce qui se passe autour de moi, y compris les sirènes hurlantes qui me vrillent les tympans une fois sortie de l’hôpital par l’entrée principale, mon sac sur le bras, mon trench déboutonné et mon brushing sans doute à repenser. Mais pour être totalement honnête, tout ça n’a que très peu d’importance. J’ai bien cru que ma vie basculait aujourd’hui, aujourd’hui plus que n’importe quel autre, pas même comparable à celui où Misha a découvert ma double vie…

Bien partie pour faire un peu d’ordre dans ma nouvelle vie d’agent déchu et de femme de mafieux, j’avais entrepris un grand rangement, du tri, beaucoup de tri, et un bazar monstre dans notre chambre, ainsi et surtout que dans notre dressing. Plus une cachette ne fut épargnée à la vigilance de Misha maintenant qu’il sait pour ma vie d’agent. J’ai préféré tout lui dire, tout lui avouer, et surtout tout lui montrer. Mes rapports, mes enquêtes, les infos que je détenais contre lui, tout comme les efforts que j’avais pu faire pour cacher tout ça au gouvernement. J’en ai toujours su beaucoup plus que les deux parties réunies, mais étant le maillon manquant entre le savoir du FBI et leur pouvoir d’exécution, il m’appartenait de détenir et user des infos recueillies par mes propres moyens. Je suis encore un élément à abattre pour le gouvernement, mes anciens employeurs, et je ne parierais pas sur le fait que notre vie avec Misha, notre futur mariage ne soit qu’un long fleuve tranquille. Je sais à présent à quoi j’ai fini par résumer ma vie… Tromperies, humiliations, solitude… Je déciderais peut-être de noyer mon chagrin dans l’alcool avant d’être trop mal conservée ou pour ne pas avoir à me voir dépérir, qui sait. Je n’imaginais pas notre vie comme ça, tout comme je ne nous imaginais pas parents non plus…

Un heureux évènement ? Paraît-il oui. En tout cas mon homme, ou ce qu’il en reste, tient à ce que je ne fournisse aucun effort excessif, quitte à employer quelqu’un pour le faire à ma place. Il ne me reste en somme pas grand-chose pour occuper mes journées, et tout bien réfléchi, c’est sans doute finalement l’ennui qui finira par me tuer, bien avant mes anciens collaborateurs.
Emportée par un élan d’indépendance, tout autant que par l’idée de dîner seule avec mon homme ce soir, il m’eut pris de grimper sur des escabeaux, de porter nombre de cartons pleins de fringues, de chaussures et de choses inutiles qui ne sont pourtant aux yeux d’une femme, que trésor et enchantement. Misha m’a toujours couverte de luxueux cadeaux, que j’ai tous gardés, sans exception, mais à défaut de pouvoir lui faire la demande d’un nouveau dressing, je stock en hauteur ce que je ne peux plus faire rentrer dans ma penderie mais dont je refuse de me séparer. C’est histoire de femme, purement psychologique…

C’est alors que de violents maux de ventre m’ont pris, le genre qu’on assimilerait sans grand mal à des contractions sans même jamais en avoir ressenti. C’est en moi, c’est un sentiment fort et pourtant si nouveau. C’est mon bébé, c’est lui qui a un problème. Tordue de douleur et venant tout juste de chuter de mon perchoir, je tends la main pour attraper mon téléphone et appeler une ambulance, prête à passer les 8 prochaines heures entre les quatre murs de l’hôpital de San Diego… J’aurais sans doute dû faire prévenir Misha, mais n’as-t-il pas déjà beaucoup trop de choses en tête ? Tout comme il met un point cordial en ce moment à se montrer distant et désagréable. Ce que je comprends, aux vues de la situation, mais je préfère être sûre avant de lui parler de quoi que ce soit, ne pas prendre le risque de le déranger en plein déjeuner d’affaires pour rien. Il se prépare depuis des jours pour le rendez-vous important qu’il affrontait aujourd’hui. En apparences confiant, comme toujours, mais je ne sais que trop bien le chaos qui règne à l’intérieur de sa tête…

Il est plus de 22 h quand je respire enfin un air plus sain, loin de ces odeurs d’hôpital qui pourtant me collent à la peau, aux vêtements et à tout ce que je suis. Je n’avais pas noté l’heure, mais lorsque j’en prends conscience, je fonds en larmes, m’écroulant sur le volant de ma voiture. Le stress accumulé tout au long de la journée, l’attente interminable, cette foutue solitude dans laquelle j’ai tenu à m’enfermer moi-même… Je n’aurais jamais imaginé tenir autant à cet enfant, pourtant c’est viscéral, c’est en moi, c’est une passion naissante, une fusion interne, avec ce petit être qui ne bouge même pas encore, mais qui est notre. A Misha et moi, tout autant que notre couple puisse battre de l’aile depuis la révélation, cet enfant est un enfant de l’amour.

Mes esprits repris, je prends le volant et rentre à bon port. Il pleut à verse, j’ai froid, je tremble, mais je me demande encore si c’est parce que j’ai peur de la colère de mon homme ou celle que j’ai contre moi de ne pas avoir suivi ses consignes visant à ce que je me repose. Si j’ai mis mon bébé en danger, c’est uniquement de ma faute, malgré ce que les médecins en disent. Grossesse difficile, repos conseillé. C’est en soit très impressionnant et très peu à la fois, malgré mes pertes sanguines ressemblant à s’y méprendre à une fausse couche. Il n’est rien de tout ça, mais comment le savoir en tant que maman novice, attristée et aussi tendue qu’une junkie en cure de désintox ?

Je pousse la porte, me défait de mon trench et le jette sur le canapé, posant le dossier de l’hôpital sur la console de l’entrée. Je m’efforce de masquer mes larmes. Il est à table, en costume, il avait même préparé une table. Comment lui expliquer ? Il a l’air hors de lui…

- Bonsoir… L’embrassant furtivement du bout des lèvres en me penchant sur lui. Je… J’aurais dû te prévenir de… peu importe. Comment s’est passé ton rendez-vous ?

Je me sers un verre de vin, l’approche de mes lèvres et réalise au dernier moment que je n’ai aucun droit d’y toucher.
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Misha Invanov
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MessageSujet: Re: A sa hauteur, il prend déjà autant de place que toi [Misha] Mer 20 Jan 2016 - 0:16

Jamais il n’aurait imaginé en arriver là un jour. Jamais il n’avait ne serait-ce que soupçonné quelque chose, et tout lui était tombé dessus, bien trop violemment pour qu’il puisse ne serait-ce que penser. Respirer. L’impression étrange qu’un tsunami venait de déferler sur sa vie, et que même garder la tête hors de l’eau demandait bien trop d’effort. Et pourtant. Il ne l’avait pas tué, alors que c’était ce qu’il aurait dû faire dès le début. Dès le plus petit doute. Dès la moindre parcelle d’information. S’il l’avait fait, rien de tout cela n’aurait eu lieu, rien. Des regrets ? Des doutes ? Il ne savait même pas, en réalité, ce qu’il éprouvait, si ce n’était cette colère qui couvait un lui comme un feu insatiable. Et même de ça, il n’en était pas sûr. Misha ne savait plus ce qu’il éprouvait, et il ne savait même pas ce qu’il aurait dû éprouver ? Comment envisager quoi que ce soit, alors qu’il ne savait même plus ce qu’il était censé ressentir ?
Il l’aimait. C’était au moins une chose dont il était sûr, malgré la haine, le sentiment de trahison, d’abandon. S’il ne l’aimait pas, il l’aurait déjà buté. Il les aimait, elle, et ce bébé auquel il refusait, pourtant, d’accorder la moindre pensée consciente. Ce bébé qui n’avait ni nom, ni sexe, qui n’était guère autre choses qu’un amas de cellules qui venait de chambouler sa vie. Et pourtant, à lui, il ne lui en voulait pas. Ou peut-être que si.

Embrouillé était un mot bien trop faible pour expliquer les états d’âmes de Misha. A ceux qui se doutaient que quelque chose clochait, ceux qui étaient bien trop proches de lui pour qu’il ne puisse complètement donner le change, il prétendait que c’était le mariage qui s’approchait, et que cela expliquait qu’il ait la tête ailleurs. Convaincu ou non, ils s’en contentaient. Un sourire, un claquement de main, et tout était de nouveau normal. Sauf que non. Rien ne redeviendrait normal, et il lui fallait faire le deuil de sa vie avant. Le deuil de ce qu’il avait été, de ce qu’elle avait été, et recommencer… ou continuer à essayer.
Il s’était fait distant, évidemment. Se lancer à corps perdu dans le boulot, cela avait toujours été la réponse du jeune russe à tous ses problèmes. Et entre la drogue sud-américaine, son association avec Sakura, ses obligations envers la Mafia et l’apprentissage d’Anya, clairement, il n’avait pas de quoi s’ennuyer. Il s’efforçait de rentrer le moins possible, et quand c’était le cas, il ne pouvait s’empêcher d’être sur les nerfs. Agressif, mesquin, et bien décidé à ne plus laisser Kathleen disposer de ses sentiments. Et pourtant, même là-dedans, il avait échoué. Si seulement il pouvait cesser de l’aimer, cela aurait été plus simple. Et sa vie ne partirait pas en lambeaux. Et il ne serait pas là à la contempler sans savoir que faire. Et si, et si, et si…

Alors il s’était fait hargneux et agressif, même s’il savait que ce n’était pas la solution. Distant et silencieux non plus. A court d’idées, il s’était finalement résolu à mettre ça au clair, dans sa tête du moins, car en parler avec Kathleen ne lui disait trop rien. Il avait donc prévu un dîner, à la maison. Aller au restaurant, même s’il brulait d’envie de ne pas se retrouver seul, en tête-à-tête avec la jeune femme, lui paraissait un rien trop dangereux. Il suffisait qu’il perde le contrôle de ses nerfs, et ce n’était pas très difficile en ce moment, pour qu’il laisse échapper quelque chose qui pourrait lui porter préjudice. Donc non. Repas à la maison, histoire de… il ne savait pas trop. Discuter ? Se rapprocher ? S’agresser encore plus ? Il n’avait aucun plan de défini.
Mais avant, il avait un rendez-vous. Avec Isabella Nicolosi. Il s’était bien gardé d’en parlait à quiconque, et même son père n’était, théoriquement, pas au courant. Misha doutait fortement de pouvoir lui cacher les faits très longtemps mais après tout, pour le moment, le Parrain n’avait pas besoin d’être au courant de ce que son fils trafiquait. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Misha était anxieux de ce rendez-vous. Sur les nerfs, inquiet, bien qu’il ne veuille pas se l’avouer. Autant dire que cela n’avait pas amélioré sa relation avec sa fiancée. Il risquait sa tête, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’était pas très chaud pour une nouvelle rencontre avec le meneur de la mafia Italienne. Il planifiait ce rendez-vous depuis des jours et des jours, et il avait totalement zappé que la date coïnciderait avec le repas qu’il avait prévu pour sa fiancée. Mais tant pis.
Et puis l’après-midi avait fini par s’avancer, son rendez-vous avait fini par passer, et Misha avait, comme c’était devenu son habitude ces dernières semaines, évité de rentrer à la maison. Il était 20h largement passé quand il s’était décidé à retourner à la villa, conscient que Kath allait lui passer un savon, ou se murer dans le silence pour lui faire comprendre ce qu’elle pensait.  

Mais rien de tout ça. Il avait trouvé la maison vide, la chambre sans-dessus-dessous, et à son questionnement inquiet, les gardes de la villa avaient fini par lui expliquer que sa fiancée était partie aux Urgences avec une ambulance. Dire qu’il était furieux était un euphémisme. Il lui avait fait confiance et elle s’était enfuie ! Il l’avait cru, presque cru, quand elle lui avait dévoilé tout ce qu’elle avait caché ces dernières années. Il avait cru qu’il pouvait lui faire confiance, et désormais, il avait la certitude qu’elle l’avait encore trahi. Qu’elle avait fini par baisser les bras et fuir loin, très loin… et curieusement, la pensée qu’elle l’avait quitté lui faisait lus de mal que l’idée qu’elle l’avait à nouveau trahi. Ou pas. Se pouvait-il qu’il se soit passé quelque chose ? Les cartons, le désordre… Il lui avait dit de se ménager, de ne rien faire de plus fatiguant qu’une longueur de piscine. Mais comme d’habitude, elle n’avait pas écouté. Quand écoutait-elle ?
Misha avait posé environ un millier de fois sa main sur son téléphone, prêt à lui envoyer un message, à l’appeler ; un millier de fois il avait laissé retomber sa main. Attendre. Il n’avait que ça à faire, et espérer qu’il ne s’était pas planté en lui redonnant un minimum de confiance. Espérer qu’il n’avait pas pris la mauvaise décision. L’espoir. Il n’avait jamais cru qu’un jour, il serait du genre à s’y raccrocher. Il avait dressé la table pour leur dîner, sans prendre la peine de se changer après son rendez-vous de la matinée ; Il s’était assis devant, un verre de whisky à la main, les yeux rivés sur la montre que Kathleen lui avait offerte, celle qu’il avait récupérée chez son père, quand il avait failli descendre Oksana. Il se sentait… stupide ? Blessé ? Complètement effrayé. Pourquoi une ambulance ? Pourquoi n’avait-elle pas appelé ? Et le bébé… ce bébé dont ni lui ni elle n’avait parlé, ou même voulu, et qui se trouvait néanmoins dans leur vie, prenant une place inversement proportionnelle à sa taille.

C’est le bruit de la porte d’entrée qui le tira de ses pensées. Ces bruits si familiers auxquels on ne prête plus attention, les clés déposées dans leur boîte, le manteau sur la patère, la porte qui se referme. L’arrivée de l’être aimée. En théorie. Il n’en savait plus rien, désormais. Même tout ce temps à attendre, à réfléchir, n’avait pu lui apporter la réponse.
Les yeux rouges. Elle a pleuré, Misha le savait : autant ne pas le nier, il la connaissait bien trop. Ils se connaissaient bien trop pour pouvoir se cacher quoi que ce soit… du moins l’avait-il cru. Comment savoir à présent ? Le russe n’esquissa pas un mouvement, pas même une parole, alors que la jeune femme l’embrassait rapidement avant de se pencher pour prendre un verre, avant de se figer dans le mouvement. Pas d’alcool. Pour le bébé. Toujours assis, Misha leva les yeux sur la jeune femme, déchiffrant sans trop de peine son appréhension. Elle s’attendait à sa fureur, à ses demandes d’explications. Sa peine, sa colère, son impression d’avoir été à nouveau trahi. Avait-elle peur de lui ? Cette pensée l’effleura, et en éprouva une curieuse sensation. De la satisfaction.

Le ton de Kathleen était bien trop indifférent pour qu’elle ne s’attende pas à un quelconque éclat de sa part. Et pourtant. Usant de toute la volonté dont il disposait, celle-là même qui le forçait à ne pas répliquer quand le Parrain lui donnait un ordre qu’il n’appréciait pas, Misha s’efforça de contenir sa fureur. Sans doute la jeune femme n’ignora pas le feu glacé de ses prunelles, le ton un rien trop convenu, tous ces petits signes qui indiquaient qu’il était en colère. Non. Il s’en tiendrait à une conversation polie, ce soir. Il était capable de le faire… après tout, il le faisait chaque semaine ou presque avec sa belle-mère. « Oui, t’aurais dû me prévenir » Okay, peut-être pas aussi indifférent et dénué de colère qu’il ne l’avait souhaité, mais ce n’était pas faute de faire des efforts. Il ignora la question de son rendez-vous, reprenant pourtant la parole. Mais quel sujet aborder pour qu’il puisse contenir le feu qui brulait en lui, cette envie de déverser sa colère, sa haine, cette peur qu’il avait qu’elle finisse par le trahir pour de bon ? « Mais comme tu dis, peu importe. Puisque tu t’es décidée à rentrer, autant manger, non ? Je reviens. » Indiqua-t-il en lui faisait signe de s’assoir, tandis qu’il partait à la cuisine. Le traiteur avait laissé des instructions, il n’avait qu’à les suivre. S’occuper les mains, pour tenir occupé son esprit. Mais il ne résista pas longtemps pourtant. Faisant demi-tour, à peine arrivé dans l’encadrement délimitant la cuisine, il se tourna vers la jeune femme. « Qu’est-ce qu’il s’est passé ? »
Simple. Concis. Mais Kathleen devinerait sans peine la colère et le stress sous les mots d’apparence ordinaire. Il était furieux. Blessé. Et si Misha prenait sur lui pour que cette soirée ne ressemble pas à toutes celles passées ensemble depuis qu’elle lui avait révélé la vérité, Kathleen devinait sans peine qu’elle avait tout à gagner à lui répondre.

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Kathleen Evans
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MessageSujet: Re: A sa hauteur, il prend déjà autant de place que toi [Misha] Jeu 21 Jan 2016 - 18:05


Il est difficile de vivre avec un homme dont la colère est si froide qu’elle vient à en devenir silencieuse, parfois hypocrite, parfois même fantôme. Fut un temps, j’arrivais à déterminer son état d’humeur rien qu’à son comportement, un geste insignifiant, placé comme tel plutôt qu’autrement, mais son comportement actuel ne laisse rien envisager. Je ne sais comment l’interpréter et c’est bien là le souci. Comment se dire qu’il peut vous pardonner quand celui-là même pour qui vous êtes prête à vous renier toute entière n’est plus lui-même ? J’y suis pour quelque-chose, je suis même responsable de tout, même si chacun l’ignore encore, sauf lui. Quoi que… J’imagine qu’il n’y a personne de plus perdu que lui à ce moment précis. Le fait qu’il ne m’ait pas quitté est un signe de ses doutes, tout autant qu’un signe de son amour. Je connais assez ct homme pour me dire qu’il lui aurait été plus facile de faire de ma vie un enfer en ramenant ses conquêtes à la maison, en passant ses nerfs sur moi jusqu’à provoquer une fausse couche. C’est un homme que le pouvoir à éduquer, alors la morale…

Parfois distant, parfois simplement le meilleur dans le fait de m’ignorer, une autre fois blessant, il a toujours eu tout ce qu’il fallait pour me faire sentir en faute, et je dois avouer que son emprise est bien plus étendue que je ne le pensais. Ma mère m’avait pourtant un jour prévenue… « Ne laisse jamais un homme décider de ce que tu es, soit qui tu veux, fait en sorte de lui plaire mais fait surtout en sorte qu’il aime qui tu es. » Ma mère parle beaucoup, et il faut parfois faire le tri, en bonne philanthrope, elle a appris l’art de la parole, malgré ses origines modestes. Elle a eu le don de plaire à mon père, n’a pas souhaité changer pour lui, du moins pas dans le fond, même si les apparences ont fait leur effet. Il a fait de cette gamine des rues, une vraie princesse, la faisant au fil des années, passer du taudis de ses parents à la luxueuse maison avec vue sur la mer dans laquelle j’ai grandis. J’admire l’histoire de mes parents, tout comme je sais qu’elle n’est pas toute rose, ni linéaire, mais ma relation avec Misha ne ressemble à aucune autre. A croire que nous avons besoin de souffrir pour nous aimer, et que nous avons besoin de ça au même titre qu’une drogue dont décrocher nous ferait encore plus mal que de bien. Il lui aurait suffis d’un claquement de doigts pour me foutre à la porte, en dehors de cette histoire de fierté, il lui aurait été facile de me faire disparaître, il connaît un tas de monde. Maquiller mon assassinat en suicide ou même en accident, rien n’est trop difficile pour lui.

Au fond de moi, je rêve de présenter Misha à mes parents, de le présenter de façon officielle, pour l’heure, ils savent que je fréquente quelqu’un, ils connaissent son prénom, son métier, à quoi il ressemble aussi mais ignorent son nom. Je préfère les préserver de tout ça, mais je ne peux pas les laisser derrière moi, tout comme Misha est incapable de se passer de son père. Il peut comprendre à quel point un deuil parental est douloureux. J’imagine qu’il me faudra du temps pour leur avouer qui sont réellement les Invanov. Je vais les épouser, tous autant qu’ils sont, et mes parents seront au mariage, je sais que je ne fais pas les choses comme je les aurais rêvés, mais j’ai toujours voulu protéger mes parents de tout ça. Dans l’idée générale, je devais l’épouser, sans amour, et en divorcer quand il aurait été enfermé, mais il en est tout autre. Je ne suis plus en mission, ce n’est plus ma double vie, c’est ma vie tout court. Et mes parents doivent en faire partie. Comment leur annoncer que je vais me marier avec un homme dont ils ne connaissent que le bonheur que je leur vante par téléphone ? Mais avant tout ça, je voudrais surtout m’assurer qu’il ne risque pas de leur faire de mal. Après tout, ils vont être grands parents eux aussi. L’arrivée d’un enfant a, selon moi, le pouvoir de souder une famille, autour de lui si ce n’est pas autour des liens qui nous unissent déjà. Et je compte beaucoup sur ce petit bout qui me cause déjà autant de soucis que son père !

J’ai eu le temps de penser à tout ça pendant mes années de captivités, mais plus encore depuis que je me sais sur la sellette. Comment savoir ce que Misha fera de moi ? Se marier par conventions, d’accord, mais le supporterais-je longtemps ? Moi qui suis amoureuse de cet homme au point de… d’accepter la situation et de porter un enfant qu’il passe son temps à menacer. Dans un autre contexte, je le saurais assez aimant pour ne pas lui faire de mal, mais la seule chose que je lis en lui en ce moment est la haine, la haine qu’il a à mon égard, et ce petit être fait partie de moi, il est en moi, il est moi, il est lui, il est nous. Mais que reste-t-il de nous ?

Quand je rentre, j’imagine bien ne pas être accueillie comme le petit ami aimant et jeune amant que j’avais connu autre fois. Son regard exprime tout autant haine que colère, tout autant les reproches que les questions sous-jacentes que l’on pose à sa femme infidèle. Je l’aurais trompé qu’il l’aurait surement mieux pris. Pour toute réponse, il aurait sans doute fait tuer mon amant et nous serions repartie comme en l’an 40, mais il s’agit de tout autre chose, il ne s’agit pas d’une histoire de cul, encore moins d’une histoire de sentiments, mais bel et bien d’une histoire plus profonde, que l’on appelle, trahison.

- Je suis désolée…

A l’instar d’une bonne femme d’habitude si organisée que son mari n’aurait jamais eu un repas froid en 40 ans de mariage, mes réponses sont automatiques, je ne suis pas encore tout à fait moi-même, il me faut du temps pour comprendre et réaliser. La grande inspiration que je prends n’est pour autant pas salvatrice, alors j’inspire à nouveau et suis tellement surprise de le voir préparer le dîner… Rien que la table est un cadeau.
Je m’installe, revoyant avec bonheur une lueur de ce qu’avait pu être notre quotidien avant ce cataclysme. Mais il revient à la charge, questions comprises. Quand je croise son regard, je comprends qu’il m’offre là, une occasion de renouer le dialogue, lui qui pouvait se trouver hermétique à tout ce que je lui racontais jusqu’à présent…

- Un… Un problème avec le bébé.

Pliant ma serviette en mettant une énergie folle à regarder mes genoux, avant de fondre en larmes, ajoutez le débordement hormonal à la fatigue, et vous obtiendrez un dixième de ce que je ressens.

- Je reviens de l’hôpital. J’ai failli le perdre Misha… J’ai failli perdre le bébé…

Je n’y tiens plus, mon visage entre mes mains, je m’autorise à craquer, peu importe les conséquences, je ne veux plus rien lui cacher, encore moins lui mentir, et même s’il doit me rappeler que c’est ma faute et que je n’ai que ce que je mérite, j’avais besoin de le partager, de l’exprimer, après tout, il est aussi son père. Misha n’était pas prêt à avoir un enfant, pour autant, j’aurais juré avoir noté une lueur de satisfaction dans son regard, de fierté peut-être aussi, à l’annonce de sa future paternité.

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Misha Invanov
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MessageSujet: Re: A sa hauteur, il prend déjà autant de place que toi [Misha] Dim 31 Jan 2016 - 22:20

La vie si parfaite qu’il s’était évertué à monter avait éclaté comme un ballon de baudruche trop bien gonflé, et ce, en si peu de temps, que Misha avait encore du mal à réaliser ce qu’il avait bien pu se passer. Parfois, il se prenait à penser que tout cela n’était qu’un cauchemar, un film d’horreur dont il ne serait que le spectateur, celui qui rallume la lumière et ricane et repensant à la stupidité du héros. Sauf que dans ce cas-ci, le héros c’était lui, et sa propre stupidité lui crevait les yeux.
Et s’il était en colère, il savait que ce n’était pas que de la faute de Kathleen. C’était contre lui aussi, contre ce bébé, contre le monde entier… mais surtout contre lui. Il s’en voulait de ne rien avoir vu, et au final, chaque fois que la jeune femme espérait apaiser sa colère en lui révélant quelque chose sur cette double-vie qu’elle menait, cela ne faisait que raviver le feu de sa propre honte. De sa propre culpabilité. De sa propre cécité. Alors il l’avait tenu à distance, comme il savait si bien le faire : humiliant, agressif, vindicatif même, Misha s’était évertué à tenir sa fiancée loin de lui, sans pour autant qu’elle ne soit jamais très loin non plus. Par peur d’une autre trahison ? Ou simplement parce qu’il ne pouvait se résoudre à la laisser totalement hors de sa vie ?

Il l’aimait. Il le savait déjà, bien évidemment, mais toute cette histoire lui avait fait voir cet amour sous un autre jour. Il avait besoin de Kathleen, de sa voix, de sa peau, de son odeur. De leurs conversations, de leurs disputes, tout autant que de leurs nuits d’amour. Et l’ampleur de cet amour l’effrayait plus qu’il ne saurait le dire. Pour elle, il avait bravé tout ce qu’il connaissait, tout ce en quoi il croyait, toutes les règles qu’on lui avait inculqué. Que son père lui avait inculqué. Pour elle, il avait bravé la Mafia russe dans son entièreté, ignorant la plus élémentaire de leurs règles. Pour elle. Et pas pour ce bébé.
Evidemment, il avait dit à Kathleen que c’était pour l’enfant. Comment lui avouer que c’était bien plus pour elle que pour ce futur héritier des Invanov, sans qu’elle se sente en sécurité ? Il ne voulait pas de cette sécurité qu’elle pouvait ressentir. Elle lui avait fait plus de mal qu’il ne pouvait l’admettre, et c’était bien pour ça qu’il aspirait à la faire souffrir, la laissant dans l’expectative de son prochain mouvement. Laissant délibérément planer les doutes quant à sa survie, quant à celle de leur futur enfant. Parce que c’était bien son seul moyen de lui faire du mal, à ce stade. Le seul. La descendre était exclue… de ça au moins il était sûr. Alors il lui avait menti, à elle comme aux autres. Misha savait mentir, il avait toujours excellé dans cet état d’esprit. Toujours excellé dans ce qu’il faisait, de toute façon. Ce n’était pas pour rien qu’il était le petit prodige de la Bratva, après tout. Le futur héritier.
Kathleen ne savait rien, il en était sûr. Elle ne savait pas que derrière sa colère se cachait sa haine envers lui-même, et qu’il n’avait nullement l’intention de supprimer cet enfant, ou elle. Que leur mariage tenait toujours, et que ce n’était pas uniquement pour les conventions, mais bien parce que même à ce stade, vivre sans elle ne lui paraissait pas envisageable. Le jeune russe s’évertuait à ne pas le lui montrer, la laissant dans l’attente, projetant sa colère et sa haine de façon à ce qu’elle ne puisse pas voir au-delà. Voir sa souffrance, ses doutes, ses incertitudes. Voir combien elle avait réussi, avec cette trahison, à faire vaciller le génial Misha Invanov.

Et le bébé… il ne savait pas. Réellement. Il aurait dû être heureux, fier, comblé… mais il ne l’était pas. Ou si peu. Evidemment, l’idée d’un enfant restait une proposition séduisante, mais il n’était pas prêt. Aujourd’hui encore moins qu’il y a quelques mois. Et pourtant cet enfant était là, cristallisant leurs doutes, cette vie qui venait au monde, chamboulant les leurs au passage. Ce petit être qui était fait de lui et d’elle. Leur enfant... là aussi, Misha doutait. D’être à la hauteur. D’être un bon père. Son modèle paternel semblait tellement exigeant qu’il ne parvenait pas à se projeter lui, en tant que père. Son père avait toujours été une idole, un modèle, et le jeune russe avait bien du mal à s’imaginer devoir, lui aussi, se glisser dans la peau de l’idole de quelqu’un. Des doutes, encore des doutes…
Mais quand elle lui avait annoncé, il avait été heureux. Peut-être. Savoir que tout n’était pas du flan, que Kath l’aimait assez pour vouloir un enfant, leur enfant, malgré sa trahison, malgré tout. Malgré ce qu’il lui avait dit, et lui disait encore…
Et le dîner de ce soir devait, du moins l’espérait-il, lui permettre d’y voir un peu plus clair. Du moins, c’est ce que Misha pensait avant de constater l’absence de sa fiancée. Car elle n’était pas là, et il avait eu le temps de se mettre en colère. De se sentir trahi, à nouveau. De s’imaginer que toute la situation lui échappait, encore, et c’était bien ce qu’il détestait le plus. Et si le russe avait résolu, en son for intérieur, de garder son calme et d’essayer d’avoir une discussion convenable, son caractère emporté, lui, n’était pas de cet avis. Misha avait eu le temps d’apercevoir la lueur de surprise dans les yeux de la jeune femme, devant la table dressé et son fiancé qui s’éclipsait en cuisine. Ce n’était… tellement pas Misha. Un effort de réconciliation ? Ou un nouveau test pour la mettre à l’épreuve ? Mais si pour le jeune homme c’était une tentative pour garder le contrôle de lui-même, ce fut un échec lamentable.

Bien sûr, son ton s’était fait accusateur. Froid. Elle avait pu deviner sans peine qu’il était furieux, même si elle ne fit rien pour le montrer, semblant marcher sur des œufs avec lui. Garder profil bas ? Misha se demandait même s’il n’en venait pas à regretter l’ancienne Kath et leurs mémorables disputes, face à la jeune femme qui faisait son possible pour ne pas le mettre en rogne plus que nécessaire. Quoi qu’il s’efforçait de lui faciliter la tâche, étant donné que depuis qu’il savait la vérité, Misha restait dehors le plus clair de son temps.
Kathleen était perturbée. Apeurée, même. Misha n’avait pas besoin de mots pour le comprendre, et même de dos, il sentait qu’elle était bouleversée. Au bord des larmes… larmes qui finirent par couler quand elle lui avoua ce qu’elle avait fait de sa soirée. Le jeune russe resta quelques secondes à la contempler, appuyé contre le mur de la cuisine, avant de finalement s’avancer.

Il n’était pas un monstre insensible, même s’il se plaisait à le faire croire. Parler de ce qu’il ressentait n’avait beau pas être son truc, il n’était pour autant pas stupide. Et si son rôle de futur parrain de la Mafia russe interdisait ce genre de scène larmoyante, là, il n’était que Misha. Tout en colère qu’il soit, laisser sa fiancée fondre en larmes devant la peur de perdre leur futur enfant ne le laissait pas indifférent. Il s’avança doucement, la contournant pour s’accroupir en face d’elle, à côté de cette table dressée qui, décidément, aller attendre encore un petit moment. « Hey, Kath. Tout va bien » Non, bien sûr que non, tout n’allait pas bien. Tout était très, très loin d’aller bien. Il savait ce qu’il s’était passé, guère difficile de ne pas comprendre quand on voyait les cartons éparpillés dans le dressing et la chambre à coucher. Elle avait pris des risques inutiles, elle avait joué avec la vie de leur enfant. Mais le lui reprocher, là, à cet instant, équivalait à rouvrir la guerre entre eux, et il n’était pas sûr de le vouloir. Même si cela lui faisait du bien de la voir souffrir, autant qu’il souffrait à cause d’elle.
Le russe tergiversa quelques secondes, hésitant sur la conduite à tenir. Il avait la possibilité de la blesser encore plus qu’il ne l’avait fait jusqu’à présent, appuyant sur sa culpabilité, son irresponsabilité. Sur la peur qu’elle avait de perdre cet enfant, de perdre la vie, une peur qui ne se terminerait même pas à la naissance. Misha avait le pouvoir de l’enfoncer encore davantage, et l’utiliser ou non était un vrai débat. Un choix qui ne laissait rien à la morale : s’il l’enfonçait ce soir, le russe savait que cela scellerait entre eux un fossé qu’il serait difficile de combler. Voulait-il encore donner une chance à ce couple qu’ils avaient formé ? Ou sa colère devait-elle prendre le pas, dans une relation qui serait à jamais placée sous la peur pour elle, et la domination pour lui ?

Une seconde. Deux. Puis une dizaine. Une route, deux embranchements, qui détermineraient le reste de sa vie. De leur vie.

Attirant la jeune femme à lui, toujours à terre, devant cette table mise, le russe reprit la parole. « Le bébé est toujours là. Tu es là. Je suis là. Tout va bien. » Répéta-t-il, à coup sûr maladroit. Il s’efforça de faire abstraction de leur posture bizarre, serré l’un contre l’autre par terre, de ce mensonge qui entourait toute la situation, de ces non-dits, de cette colère qui couvait toujours, bien sous contrôle pour le moment. Tout va bien. Encore un mensonge, mais pour le moment, c’était sans doute ce qu’elle voulait entendre. Etre rassurée.
Serrant sa fiancée contre lui, dans une étreinte puissante et pleine de tendresse, le russe s’efforça d’apaiser les larmes de la jeune femme, lui murmurant quelques mots d’apaisement. Ces mêmes mots que sa mère utilisait pour guérir ses chagrins d’enfants, les mêmes qu’il avait utilisé pour calmer les pleurs de sa petite sœur à l’enterrement de sa mère. Tout va bien se passer. Je suis là. Tout va bien. Ces mots d’apaisement, dans une langue différente, qui n’étaient pourtant que des mensonges universellement admis.

Non, tout n’allait pas bien. Rien n’allait bien. La seule chose que l’on pouvait faire, c’était serrer les dents et relever la tête. Espérer que demain serait meilleur qu’aujourd’hui. Et s’en donner les moyens.

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Kathleen Evans
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MessageSujet: Re: A sa hauteur, il prend déjà autant de place que toi [Misha] Sam 6 Fév 2016 - 16:36


Notre relation ressemblait pourtant à un conte de fées, un conte de fées mélangé à un bon roman d’espionnage, tout ça pour finir comme un thriller psychologique. Combien de temps encore devrais-je vivre dans la crainte perpétuelle qu’il ne me mette à la porte, forçant l’avortement ou encore me dénonçant en me ramenant lui-même devant les services fédéraux, pour qui, à présent, je ne représente rien de plus qu’une cible à abattre ? Je suis officiellement de leur côté, du côté des méchants, du côté des truands, de ceux contre lesquels j’engageais ma vie auparavant. Me voilà paria, tout autant que mafieuse, pourtant, je ne ressens ni le pouvoir, ni la satisfaction de vivre au-dessus des lois. Je ne vis au-dessus de rien du tout, je vis sous Misha, sous ses sautes d’humeur, sous ses envies de me diriger comme un pantin, de me regarder souffrir de ses ignorances, de ses coups de gueule ou encore de sa déception, dont je suis à l’origine…

Je regretterais éternellement de n’avoir pas prévu cette alternative au scénario, pour moi les choses ont toujours été tellement claires, carrées, concises, en bonne cartésienne que je suis. Mes parents se sont toujours demandés de qui je pouvais tenir cette rationalité si importante, surtout petite. Je ne suis au final que la fille de mon père, lui-même agent fédéral, pour qui je dois être la risée de la famille. En tant que fille unique, j’eut été leur fierté, et j’espère pouvoir à nouveau leur prouver que je peux être quelqu’un, même si c’est dans un tout autre domaine.
Quitte à être bannie du système fédéral, autant essayer de mettre à profit mon temps libre pour être une épouse correcte et une mère digne de ce nom… quoi que ces derniers temps, Misha et moi…

Je me demande encore si le mariage est de mise. Je ne serais pas si surprise d’apprendre au dernier moment que les festivités sont annulées, ou bien qu’il puisse encore dire oui à l’autel et sauter la première venue dans le vestiaire. Pas que je n’ai pas confiance en Misha, pas que j’en ai non plus cette image d’homme facile qui ne sait pas se tenir, mais c’est un homme qui souffre, et personne ne peux soupçonner le pouvoir que donne la souffrance, le pouvoir de tout détruire, conscient ou pas, mais pour la simple raison de chercher à la soulager. La douleur rend fou et irrationnel, plein d’espoir parfois aussi, comme quand on fout tout en l’air en gardant en tête qu’une toute petite partie, même infime, de l’autre être, pourra nous pardonner, et que tout rentre dans l’ordre une fois qu’on aura fermé les yeux. Mais une fois rouverts, rien ne bouge, on reprend là où tout s’est arrêté. Comme un cauchemar que l’on poursuit en se rendormant, tandis qu’il est impossible de connaître la fin de son rêve lorsque l’on tente en vain de se rendormir.

Seulement la donne a changé. Je ne suis plus le petit agent aux dents longues qui entre dans le grand bain pour prouver à tout le monde que je ne suis pas une série de notes sur un dossier. Que je peux aussi entrer dans l’action et changer le monde, à ma façon, même une toute petite partie. Je ne suis plus convaincue de pouvoir jouer double jeu, enrôler Misha dans mes charmes et le mener tout droit en prison. Je suis tout sauf ça. Je ne suis plus que son jouet, une femme amoureuse, un peu abrutie aussi sans doute, mais tellement aveuglée par l’admiration et l’amour que je porte à ce truand que je me cache derrière ses silences, en espérant qu’ils ne cessent, de peur de me retrouver hors de son monde, bannie à jamais. Le genre de situation où la mort semble même être une alternative en apparences moins douloureuse que le fait de vivre en le sachant si loin de ce que nous étions avant tout ça. J’attends un enfant, son enfant, et ça n’était pas prévu dans l’opération, et encore moins maintenant. Un mariage, j’aurais pu l’accepter, dans l’idée de pouvoir annuler l’union au moment où les fédéraux auraient embarqué cet homme dans leur camion. Mais il en est tout autre. Aujourd’hui je tremble à l’idée de son refus, de son rejet, de tout ce qui me sépare de lui de près ou de loin, tout comme je tremble pour l’avenir de cet enfant. Un représentant du cartel ? Un futur repreneur ? Un héritier tombant à point nommé ? Et sa vie à lui ? Qu’adviendra-t-il de son libre arbitre, de ses envies, de ses rêves ? Je refuse d’en faire une cible, mais ais-je le choix ? Dois-je lui imposer une vie sans père ou une vie sans liberté ? J’ignore encore comment la nouvelle sera prise. J’ignore encore même à cet instant s’il vivra ou pas.

Je ne suis plus qu’une ombre, je ne suis plus rien de la femme qu’il a connue, celle qu’il a aimé, celle dont il se dit être tombé amoureux, en tout cas suffisamment pour me garder à ses côtés. Que m’aurait dit sa propre mère ? Une relation belle-fille/belle-mère se passe rarement bien, pour autant, je crois que dans ces familles, elles ont tendance à se serrer les coudes face aux absences de leurs maris. J’aurais aimé avoir un guide. Oskana et moi n’avons pas assez de différence d’âge pour se servir d’exemple l’une à l’autre, nous sommes amies, et c’est déjà beaucoup. C’est un soutien important dans la vie que nos hommes mènent.

Misha m’observe fondre en larmes, je ne suis plus celle que je lui ai donné à voir auparavant, au moment de notre rencontre, mais il doit s’en douter, ce n’est sans doute que passager, c’est à lui que ça tient, de son comportement, de ses envies, de ses mots, je ne suis plus que dépendante de lui, je ne suis plus rien sans lui. Le bébé comme moi, avons besoin de lui, mais d’un homme ayant envie d’une famille, même si ça lui fait peur. Je ne lui demande pas de s’enchaîner à nous, de renoncer à ses devoirs et obligations envers son père, juste de nous compter dans sa vie, de nous guider, de me guider surtout, pour être l’épouse qu’il attend, tout en gardant une partie de moi-même. Tout ce qu’il me reste à faire est me construire, et je n’ai plus le choix, je dois le faire dans l’illégalité la plus totale, alors autant les aider à se protéger. Je serais de toute façon incapable de suivre leurs traces, d’encourager leurs actes, mais au moins les aider à préserver l’unité qu’ils forment, la famille Invanov. En prison, Misha ne tiendrait pas le coup, il est bien trop habitué à son train de vie, à son confort, c’est un prince, pas un soldat. Son intelligence lui sert d’arme, mais pour le reste… Ce n’est pas un gros dur, il s’en donne juste l’apparence, et c’est bien ça qui me rend si dingue de lui. La sensibilité qu’il s’évertue à cacher mais que j’ai vu en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Je l’ai vite cerné, trop vite peut-être et notre histoire ne ressemble à aucune autre, notre peine ne ressemble à aucune autre, nous ne sommes pas les autres, nous sommes nous, et c’est bien là le problème.

- Le bébé est toujours là…

Répétais-je dans un souffle, passant mes bras autour de son cou en sentant un poids immense quitter ma poitrine, celui-là même m’empêchant de respirer correctement depuis des jours. Je ne cesse de me serrer contre lui, comme pour rattraper tous ces silences, cette distance, tout ce qu’il a pu mettre entre nous. J’ai bien conscience que tout ne rentrera pas dans l’ordre si facilement, mais je pourrais tout faire, tout tenter, tout accomplir pour lui, et c’est bien ce qui me fait peur. Il aurait toutes les raisons de me faire payer ma négligence, le fait d’avoir mis son enfant en danger, mais il n’en n’est rien. Je ne suis pour autant pas encore à l’abri de prendre le retour du bâton mais pour l’heure, il n’en n’est rien.

Je caresse doucement sa nuque, en silence, écoutant patiemment ses mots à mon oreille et le laissant me calmer de sa simple voix. Par terre, juste à côté de la table, nous sommes atypiques, jusque dans notre façon de faire front, de nous consoler, de nous retrouver. J’embrasse délicatement son cou, le réchauffant de mon souffle secoué de spasmes.
Je tente de faire le tour de son corps de mes bras, c’est presque peine perdue, mais je ne perds rien de cette étreinte. Il s’installe un peu plus confortablement, adossé au mur, tandis que je me love contre lui, caressant sa chemise du bout de mes doigts en priant pour que cette étreinte ne prenne jamais fin.

- C’est un garçon Misha…

Je viens d’en avoir la confirmation, tout du moins les médecins se sont prononcé en ce sens, rien d’établi à 100% mais de fortes présomptions. Serait-il fier d’avoir un garçon ? Un aîné ? Ou préfèrerait-il une princesse ? Une petite princesse amoureuse de son père ? Il peut aussi avoir un admirateur, tout comme il l’est de son propre père.

- Je suis désolée…

Je lui présente une fois de plus mes excuses, pour la dix millième fois, au moins, mais je veux être sûre qu’il comprenne que je le pense, que je le subis et que je m’atèle à le lui faire savoir. Que je vis dans la rédemption, dans le regret d’avoir tout foutu en l’air.

- Tu attends quoi pour me quitter Misha ? Le bon moment ? Ou le mariage qui n’aura pas lieu ?

Mon regard empli de larmes croise le sien, et je le supplie presque de me donner une réponse imminente, une réponse rationnelle, quelque-chose de plus tangible que l’espoir à quoi se raccrocher. Sans doute prêche-je aussi le faux pour savoir le vrai…
J’ai besoin de savoir comment on élèvera ce bébé, ensemble, ou séparément.
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Misha Invanov
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MessageSujet: Re: A sa hauteur, il prend déjà autant de place que toi [Misha] Jeu 11 Fév 2016 - 15:38

Elle le craignait, et c’était, pour chacun des deux, un sentiment nouveau. Kathleen ne l’avait jamais craint auparavant : évidemment, elle détestait ses sautes d’humeur et ses emportements, mais elle n’avait pas peur de lui. Elle n’hésitait pas à lui faire face, à exprimer son mécontentement, bref, à s’opposer. Sans peur de ce qui pourrait lui arriver. Mais la jeune femme de ce soir, assise en pleurs sur cette chaise, n’avait plus rien de la jeune femme combative qu’il connaissait. Peut-être parce qu’elle n’avait plus rien d’autre que lui. Elle dépendait entièrement de lui, et le bon vouloir de Misha était le seul garant de leur relation, désormais. Et pour le jeune russe, c’était aussi déstabilisant que plein de promesses. Il était habitué à avoir du pouvoir, à instiller la peur et l’anxiété… mais détenir autant de pouvoir sur Kathleen, c’était tout nouveau. Intense. Et il en était encore à se demander si cela lui plaisait ou pas.
Il la possédait tout entière, en cet instant. Acharné à lui faire autant de mal qu’elle avait pu lui en faire, bouillant de rage contre elle, contre lui-même, et contre le monde entier. Contre son père. Contre la Mafia. Perdu, perdu, perdu.
Et pourtant, Misha continuait à garder la tête froide, autant qu’il le pouvait. Il continuait son deal avec Sakura, il intégrait Anya dans le fonctionnement du Volia, il continuait à comploter, vendre, acheter, et défier la loi. Obéissant à son père comme il l’avait toujours fait. Personne ne devait se douter de ce qu’il ressentait, de la tempête émotionnelle qui l’envahissait à chaque fois qu’il se trouvait en présence de la jeune femme. Il était un Invanov, pur jus, élevé dans le mépris des faibles, initié à la dure loi de la Mafia depuis son plus jeune âge. Il supporterait cela. Et il retrouverait son chemin.

Il n’avait pas le choix : la moindre faille, la moindre faiblesse serait exploitée par quelqu’un. Par ceux qui voulaient la peau des Invanov, par les flics, par leurs partenaires d’affaires. C’est pour ça qu’il n’avait pas avoué à Kathleen qu’il se sentait perdu, et que le mépris et la colère qu’il avait pour lui-même teintaient chacun de ses échanges avec la jeune femme. C’était aussi pour ça qu’il était satisfait de lire la crainte dans ses yeux, car elle n’irait pas chercher au-delà. Misha ne voulait plus dévoiler ses sentiments, à personne : il avait été trahi, beaucoup trop pour pouvoir faire confiance à nouveau. Même à sa mère il ne s’était pas ouvert : agenouillé devant sa tombe, ses doigts traçant dans la terre un motif quelconque, il était resté longtemps dans le cimetière. Assez longtemps pour calmer la rage qui l’habitait, mais pas assez longtemps pour se pencher vraiment sur ce qu’il ressentait. Faire face à ses sentiments profonds lui semblait, encore maintenant, insurmontables. Alors s’en ouvrir à la jeune femme…
Mais ce n’était pas de lui dont il était question, ce soir, mais bien de Kathleen. En larmes, bouleversée, apeurée par l’idée de perdre ce petit être qu’elle portait en elle. Celui qui avait tout changé entre eux… non. Tout avait changé entre eux, indépendamment de cet enfant, en réalité. Parce qu’elle avait fait des choix, comme lui d’ailleurs. Parce qu’elle avait trahi sa confiance. Ce qu’il était. Misha soupira, laissant sa tête heurter le montant de la porte de la cuisine avant de prendre une décision et de se diriger vers la jeune femme en pleurs. Pourquoi continuer à penser à ça ? Rien ne changerait : elle l’avait trahi, et il devait en faire son deuil. Tourner là-dessus, en boucle, n’aiderait personne, ni elle, ni son cerveau tourmenté. Passer outre, et continuer, ou ne pas passer outre, et la buter. Le choix d’action était limité, en réalité. Et Misha avait déjà choisi sa voie.

Le russe avait fini par s’avancer, l’enveloppant de ses bras, l’attirant contre lui, comme une promesse d’excuse et de réconciliation. Elle répéta ses mots, s’agrippant à lui comme un naufragé à sa bouée, se laissant bercer par ses paroles réconfortantes, auxquelles Misha ne croyait qu’à moitié. Tout ira bien. Il aurait pu pousser son avantage et l’accuser, la crucifiant de ses mots, mais dans quel but ? Elle était déjà sienne, entièrement, plus qu’il n’aurait osé l’espérer. Peut-être dans le seul but d’être pardonnée, Kathleen se vouait entièrement à lui, remettait sa vie entre ses mains, et il n’en attendait, en vérité, pas moins d’elle. Elle s’était excusée des milliers, peut-être des milliards de fois, mais les mots importaient peu. C’était contre lui qu’il était en colère, pas contre elle. Plus contre elle. Et à lui-même, il ne pouvait pas pardonner aussi facilement. Son arrogance. Sa cécité. Sa… stupidité. Cet amour fou et dévastateur qu’il éprouvait pour la jeune femme, la passion qui le rongeait, le doute quand elle était loin… non, tout était de sa faute à lui. Ne pas l’avoir tué était une erreur. L’aimer était une erreur. Lui pardonner en était une autre.
Mais réparer ces erreurs, il n’en était pas capable. Et cela ne faisait qu’ajouter à sa culpabilité.

Assis dans le salon, le dos contre le mur désormais, la main de Kathleen caressant gentiment sa poitrine, ils devaient former un tableau des plus ridicules. Mais aucun des deux n’en avait cure, visiblement. Kathleen reprit la parole, lui annonçant le sexe du bébé. De son enfant. Un petit garçon… qui devenait plus tangible de minutes en minutes. Un fils aîné. Un héritier.

Misha soupira, laissant sa tête heurter doucement le mur tout en fermant les yeux. Dans quoi l’avait-elle embarqué ? Il n’était pas certain de vouloir être père, et encore moins certain d’être un bon père. Lui qui se dévouait corps et âme à son propre père, comment pourrait-il supporter les attentes d’un enfant ? Comment pourrait-il se montrer à la hauteur de la tâche. Le doute, à nouveau. La culpabilité. L’attente, l’espoir. Encore un fardeau placé sur ses épaules, un fardeau que chacun s’attendait à le voir porter. Peu importe les doutes, peu importe ce dont il avait envie.
Mais Kathleen attendait une réponse, un signe. Le russe savait qu’il devait lui donner quelque chose. Etait-il heureux ? Non. Mais pas malheureux non plus. Un enfant… il saurait s’en accommoder. Lui qui était toujours en recherche de quelque chose, peut-être qu’un fils lui apporterait de nouveaux défis à relever ou, au contraire, un peu de sérénité. Un fils, ou une fille. En vérité, il n’avait pensé à ce bébé que comme un bébé, sans même penser qu’il aurait un sexe un jour. Qu’il deviendrait réel, tangible. Et cette annonce qu’il s’agissait d’un garçon le faisait devenir plus tangible encore. D’un bébé quelconque, il devenait son fils. Et au fond, ce n’était pas si mal. « Ce sera un garçon alors. Un fils. Un Invanov. » Ses doigts jouant sur le ventre de la jeune femme, il finit par lui adresser un pâle sourire. « Мальчик мой» Souffla-t-il. Mon petit garçon.

Kathleen reprit la parole, et il balaya d’un geste ses excuses. Clairement, ce n’était pas un sujet qu’il avait envie d’aborder… ni maintenant, ni jamais. Et même s’il devrait bien le faire un jour, le plus tard possible lui conviendrait. A nouveau, la jeune femme parla, et il la regarda d’un air interloqué, surpris par ses paroles. Son ton se fit plus dur qu’il ne l’avait voulu, presque cassant, quand il lui répondit. « Si j’avais voulu te quitter, je t’aurais descendu. » Pas une seule trace d’émotion, si ce n’était la tension dans sa voix. Les faits, seulement les faits. Car s’il ne l’aimait pas autant, s’il n’avait pas voulu la garder près de lui, Misha n’aurait pas éprouvé autant de difficulté à mettre un terme à sa vie. « On va se marier, Kath. En ce qui concerne tout le monde, rien, absolument rien n’a changé. Personne ne doit savoir ce qui s’est passé. » Car si quelqu’un l’apprenait, ou avait le moindre soupçon, l’héritier des Invanov ne se faisait aucune illusion sur le sort qui l’attendait. Lui-même n’aurait pas hésité, si tant est que ça ne lui était pas arrivé à lui. Comme quoi… « Personne n’a besoin de savoir » acheva-t-il. Sa voix ne laissait planer aucun doute : ils allaient se marier, qu’elle le veuille ou non. En vérité, en lui avouant qui elle était, elle avait perdu tout pouvoir de décision à ce sujet. C’était un secret qu’il leur fallait protéger, ne serait-ce que pour l’enfant en elle.
Il aurait pu la rassurer, lui dire qu’il l’aimait toujours, qu’il avait envie d’elle à ses côtés, malgré la trahison, malgré la douleur. C’était vrai, après tout. Mais la blessure était encore bien trop à vif pour qu’il ait envie de la réconforter au sujet de ce qu’il éprouvait.

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Kathleen Evans
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MessageSujet: Re: A sa hauteur, il prend déjà autant de place que toi [Misha] Jeu 11 Fév 2016 - 22:10


Depuis la révélation, ma vie est en sursis. Elle ne tient qu’à un fil, un fil aussi mince qu’il est presque impossible à voir. Mon fil s’appelle le bon vouloir. Le bon vouloir de mon homme. Misha est libre de faire de moi ce qu’il veut, il ne rencontre plus aucune difficulté à exiger de moi, aucune entrave à faire de moi ce qu’il entend, pour le simple plaisir de me voir lui obéir ou tout simplement celui de voir à quel point sans lui, il ne me reste plus rien.
Encore une fois j’aurais pu avertir mes parents, et je le ferais sans aucun doute, mais pas pour les prévenir être tenue en joue, pour les prévenir de leur future vie de grands parents. Je voudrais qu’ils s’impliquent comme les parents de Misha ne pourront pas le faire, tout du moins sa mère. Je sais que Nicolaï sera ravi au fond. Un futur héritier, un petit garçon, un petit Misha. Pour un homme, avoir un fils est une fierté, pour une femme… C’est avoir un enfant.

Contrairement à mon homme, je me suis toujours posé la question de savoir si ce serait une fille ou un garçon. Selon le résultat, leur vie ne serait pas la même. Une fille sera couverte d’attention et de cadeaux, jusqu’à ce qu’elle soit en âge de se marier, sans doute à une grande famille et aura le pouvoir de faire fusionner deux empires. Tandis qu’un homme… devra reprendre les affaires de la famille, entrera à coup sûr dans une vie de cartel aussi peu légale que celle de son père ou de son grand-père avant lui, et devra prouver tout un tas de choses au reste du monde, à commencer par ses pairs, histoire d’asseoir et de mériter la position qui lui revient malgré lui de droit.

Je sais que la vie de mon homme n’est en rien celle que je désire pour mon fils. Trop de pression, trop de faux semblants, trop peu de choix qui lui sont laissés. Misha n’a pas choisi la vie qu’il mène. Il en tire une certaine fierté, parce que c’est tout ce qu’il trouve dans le regard de son père quand il accomplie une part de son devoir, mais j’imagine qu’il aurait sans doute préféré être libre d’une autre façon. Je n’en discute que très rarement avec lui, voir jamais, j’ai bien trop peur de le froisser, et avant ça, de griller ma couverture. Alors je l’encourageais, malgré moi, à continuer dans cette voie. Je suis fière de lui, pas de ruiner le monde au profit du cartel, mais de tenir et de rester fidèle à ses engagements.

Je trouve en ces révélations un peu de répit, comment pourrais-je me regarder en face après tout ça, comment pourrais-je me pardonner d’avoir mise en danger la vie de mon bébé, et pourtant, jamais il ne m’aurait été permis de me rapprocher autant de Misha sans cette mésaventure. Je crois bien qu’il est en train de prendre conscience de ce que nous sommes. Un couple, aux multiples secrets, qui nous emprisonnent chaque jour un peu plus. Je ne le regrette pas, mais le poids des sacrifices pourrait un jour nous faire imploser, à moins de nous pardonner, mutuellement. Je ne le sais sans doute pas encore mais je pourrais bien finir par le détester de me faire sentir aussi minable, aussi inutile et aussi faible.

Quand ses doigts courent sur mon ventre, ma main se pose sur la sienne et un baiser se perd dans son cou. Chaste, j’imagine qu’il n’a pas envie de plus. Il ne me touche plus depuis tout ça… Sa façon de me punir, une façon de me dire que je le dégoûte au plus haut point, et je ne pourrais même pas lui en tenir rigueur. Une fois de plus je suis consciente de ce qu’il me reste à payer, et je suis loin d’avoir remboursé ma dette.

Je le supplie presque de me donner une raison de ma vie ainsi, pourquoi ne pas me quitter, pourquoi attendre et me faire espérer. Retirer l’espoir à quelqu’un n’est-ce-pas le tuer d’une certaine manière ? L’espoir fait vivre, avancer, et l’espoir est tout ce qui me semble me rester. Mais son ton est froid, sans âme, comme son regard à ce moment-là, insondable.

- Personne n’en saura rien, mais si tu m’épouses pour une question d’image, que reste-t-il de nous ?

C’est une façon détournée de lui demander s’il ne reste en effet que des apparences. Avec un peu de recul, j’aurais sans doute pu mettre à profit mes talents de profileuse, mais il n’en n’est plus rien une fois impliquée. D’où l’importance de garder la tête froide, chose que je n’ai plus depuis bien longtemps, mes supérieurs ne s’y étaient pas trompés.

- Le choix, tu l’as toujours eu Misha, malgré ce que tu penses. Si tu voulais te marier à une image, pourquoi moi ? Pourquoi une fille si difficile à faire entrer dans le moule. Une passion, je peux le comprendre, mais lui demander sa main ?

Il aurait pu se contenter de faire trainer les choses, non ? Mais Misha est pétri de conventions qu’il se vante de ne pas avoir à suivre, pourtant, elles lui bouffent tous les jours la vie.
Je crois qu’il est grand temps que j’agisse, pour nous deux, pour notre bonheur à tous les deux. Ensemble, ou séparément. Je me lève, renonçant à prolonger son étreinte, moi qui en mourrait pourtant d’envie…

- On va se marier, pour le meilleur et pour le pire. Je servirais les apparences, ferait bonne figure aux repas de famille et devant tes associés. Je serais ta femme, mais quant au fait d’être ta partenaire, je veux que ce soit un choix de notre part, je veux qu’on garde encore cette liberté. Celle de choisir qui on décide d’aimer. Décide-toi Misha, on n’a que trop vécu à moitié ces derniers temps…

Je plante une dernière fois mon regard dans celui de mon homme, un regard plein de larmes, mais qui se veut déterminé. Puis je tourne les talons, montant dans la chambre. Un refuge, une fuite ? Rien de tout ça, j’imagine qu’il a compris qu’en fonction de son choix, il me rejoindrait ou non, afin de recommencer à vivre, en couple, ou pas. Avancer, pas à pas, mais arrêter de tourner autour du pot et de faire trois pas en arrière quand on vient d’en faire un en avant.
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Misha Invanov
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MessageSujet: Re: A sa hauteur, il prend déjà autant de place que toi [Misha] Jeu 10 Mar 2016 - 22:44

Misha avait la désagréable impression de marcher sur un fil, tiraillé entre ce qu'il devait dire, ne pas dire, penser ou ne pas penser. Le moindre faux-pas, et le semblant d'équilibre dans sa vie basculerait, sans possibilité de le rattraper. Accabler Kathleen faisait dangereusement pencher cette relative trève entre eux, aussi avait-il choisit de ne pas le faire. Continuer comme jusqu'à présent, agressif et vindicatif, ne leur avait pas franchement réussi jusqu'à présent. Si Misha espérait que cette attitude l’aiderait, en réalité, il s'était retrouvé encore plus perdu. Encore plus seul. Donc, autant tenter une approche un peu moins directe. Le compromis, c'était bien ce qu'on lui répétait sans cesse d'envisager, non ? Si tant est qu'il devait reprendre un jour les rênes de la Mafia, il devait apprendre à faire quelques concessions, même si cela ne l'enchantait pas.
Et visiblement, le changement de tactique, et d'attitude, avait du bon. Depuis les révélations de la jeune femme, ils s'étaient éloignés, physiquement tout du moins. Misha en était conscient, mais la colère qui grondait en lui lui déconseillait toute approche. Il l'avait évité du mieux qu'il pouvait, se jetant à corps perdu dans le boulot, dans ses nouveaux projets, tout plutôt que de rentrer. La villa était grande, et même lorsqu'il était  la maison, éviter sa fiancée n'était pas bien difficile. A ceux qui l'avaient remarqué, il avait prétexté le mariage à venir, sa préoccupation concernant ses projets en cours, et personne n'avait été chercher très loin. L'avantage de s'appeler Misha Invanov, et de traîner une certaine réputation lorsqu'on perdait le contrôle de ses nerfs. Il n'allait pas s'en plaindre.

La caresse des lèvres de la jeune femme dans son cou fit naître un long frisson, un geste tendre qu'il avait banni de sa mémoire, étouffé par le feu de la colère. Il n'esquissa pas le moindre geste pour lui répondre cependant, laissant le baiser sans réaction notable de sa part. Il était toujours en colère, contre elle, mais surtout contre lui-même. Et si la serrer contre lui était un geste d'apaisement, il ne se pensait guère capable de plus pour l'instant. Faire face à sa colère impliquait de choisir de pardonner ou non, et il n'avait pas envie de pardonner. Pas davantage envie de lui en vouloir, en réalité. Le flou,l'incertitude de l'entre-deux lui convenait parfaitement, l'empêchant de se pencher sur ses propres sentiments. Mais évidemment, Kathleen n'en resterait pas là, il le savait. Et c'était compréhensive, d'un côté : sa vie, celle de cet enfant, de leur enfant, était suspendue à son bon vouloir, et être dans le flou devait être invivable. Une cruelle façon de la punir, il en était conscient, mais ne s'en sentait pas coupable pour autant.
C'était sa façon à lui de la faire souffrir, autant qu'il souffrait. Il ne ferait aucun mal à cet enfant, c'était une certitude : c'était le sien, qu'il le veuille ou non, et jamais Misha ne toucherait à un seul de ses cheveux. Qu'il soit déjà né ou non importait peu en la matière. Mais le menacer était son plus grand moyen de pression, la seule et unique chose qu'il savait capable de faire souffrir la jeune femme, lui faire mal jusqu'à ce qu'elle en suffoque de douleur. Se servir de cet enfant pouvait paraître égoïste, et en réalité, Misha avait-il jamais été autre chose ? Et, inconsciemment, le jeune russe espérait peut-être qu'en menaçant leur enfant, Kathleen finirait par le détester, rendant sa décision beaucoup plus simple. Lâche... sans aucun doute.

Comme le jeune homme le pensait, Kathleen ne resta pas muette bien longtemps. Elle avait toujours été ainsi, combative, déterminée, et c'était ça qu'il aimait chez elle. Même si pour le moment, il avait plutôt envie qu'elle se taise. A sa question, il ne répondit rien : après tout, « pourquoi elle », il l'avait retourné des milliers de fois dans sa tête. Et franchement, il n'avait pas la réponse. Parce qu'il était désespérément accro ? Parce qu'elle était tombé pile au moment où il avait eu besoin d'elle, et que du coup, s'en détacher était au dessus de ses forces ? Parce qu'elle était la future mère de son enfant ? Ou parce qu'il avait envie de la posséder, pour lui, aux yeux du monde entier ? Autant de propositions qu'il n'avait pas envie de lui révéler et, dans ce cas, le silence était encore l'option la plus sage.
Mais évidemment, la jeune femme n'était pas décidé à s'arrêter là. Le plaisir de retrouver une Kathleen combative se mêlait à sa colère toujours présente, et le russe resta immobile, assis contre le mur, levant ses yeux clairs sur la jeune femme qui le dominait de toute sa hauteur. Les yeux pleins de larmes, elle finit par tourner les talons pour emprunter l'escalier qui conduisait aux chambres. Misha soupira longuement, entourant ses jambes de ses bras avant de laisser sa tête heurter ses genoux. Super. Autant pour le dîner, la réconciliation et la conversation légère. Génial, vraiment grandiose.
Frustré et énervé, il ne resta pas longtemps replié sur lui-même. Il avait un choix à faire, et aucune des deux alternatives ne l'enchantait, en vérité. De rage, il shoota dans la pauvre chaise innocente qui se tenait en travers de son chemin. Mais qu'est-ce qu'elle croyait ? Qu'il lui pardonnerait aussi facilement ? Qu'il comprendrait, sous prétexte qu'elle s'était excusée et avait jurée de le protéger ? Il n'était sur de rien, et encore moins de ce qu'il avait envie vis-à-vis d'elle. Il l'aimait encore, mais cet amour était tellement teinté de colère qu'il avait du mal à le considérer comme telle. La passion dévorante s'était muée en une rage qu'il avait du mal à contenir mais pour autant, il la voulait. A lui. Rien qu'à lui. Et il n'était pas résolu à la laisser partir.

Elle l'attendait, il le savait. Cela lui ressemblait tellement de le forcer ainsi à faire face à ses sentiments, à prendre des décisions quand il n'en avait pas la moindre envie, qu'en fermant les yeux, Misha aurait pu croire que tout était redevenu normal. Presque.
Le russe monta les escaliers, ses pas guidés par une longue habitude, avant de pousser la porte de leur chambre à coucher. Elle était là, attendant sa décision... mais il n'était pas sûr de vouloir la prendre maintenant, et encore moins de la partager avec elle. « C'est toi que je veux » lâcha-t-il sans le moindre préambule. « C'est avec toi que j'ai envie de m'envoyer en l'air, toi que j'ai envie de retrouver dans mon lit le soir. C'est pour ça que je veux me marier » Expliqua-t-il, un peu maladroitement. Bon, ce n'était peut-être pas tout à fait exact, mais la liste de ses raisons était bien trop longue pour qu'il ait envie de la dévoiler. « Mais ce que tu as fait... ce que moi j'ai fait... Il me faut un peu de temps pour le digérer Kath. J'ai besoin de temps ». Poussant un soupir, Misha se laissa tomber sur le lit, la tête dans ses mains, ses yeux clairs fixés sur le dessin du parquet. Il se fichait bien, à cet instant, d'avoir l'air fragile ou hésitant. De toute façon, au fond, c'était ce qu'il ressentait depuis ce fameux soir où il l'avait confronté à la vérité. Un besoin de faire le point. Mais ses sentiments étaient tellement contradictoires qu'il s'y perdait lui-même.

A cet instant, sans même s'en rendre compte, le jeune russe avait replongé dans ses habitudes. Kath était bien la seule de son entourage à tout savoir de ses moments de doute et de faiblesse, à le voir se mettre à nu, littéralement parlant ce soir. Et si Misha s'était farouchement promis de ne plus s'exposer autant face à sa fiancée, perdu dans ses pensées, il ne s'en rendait même pas compte. Il ne voulait pas d'un robot qui exécute ses ordres : la Kathleen de ses derniers jours lui avait au moins fait comprendre cela.

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Kathleen Evans
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MessageSujet: Re: A sa hauteur, il prend déjà autant de place que toi [Misha] Dim 27 Mar 2016 - 0:21


Misha est l’homme dont toutes les femmes rêvent, sur papier glacé. Il n’est en rien celui qu’il laisse paraître. Encore moins dans ses mauvais jours. Mais je reste à ses côtés, sans rechigner, sans même me plaindre à tout bout de champs. Peut-il dire la même chose de moi ? Il me supporte, je ne suis pas facile à vivre et même si j’accepte beaucoup de choses, j’en demande aussi en retour. Je veux un homme, un futur mari, pas un courant d’air ou un gamin immature qui veut une couverture pour que papa lui foute la paix. Il ne peut plus agir comme un célibataire, il va être papa, il finira par devenir ce qu’est son père, le boss de toutes les affaires louches dans lesquels ils trament. Le cartel lui appartiendra, il est temps qu’il garde la tête sur les épaules et j’accepte tout ça pour lui, par amour, parce qu’il est l’homme de ma vie et que pour lui, j’ai renoncé à tout ce que j’étais, et tout ce en quoi je croyais. La justice.

Aujourd’hui, je suis une femme enceinte apeurée, dont il peut faire ce qu’il veut, du moment que ça lui chante, parce que je suis encore trop naïve et anesthésiée par les remords pour lui en vouloir. Alors je me plie à ses quatre volontés avec encore plus d’ardeur qu’auparavant. Misha pourrait me demander n’importe quoi, j’ai déjà tout renié, sauf mon bébé, mais il n’a pas plus envie que moi de le mettre en danger, il est simplement dans une phase de questionnement profond, et mit face à ses responsabilités.
Il n’aime pas être mis au pied du mur, ce n’est pas dans ses habitudes, il a toujours eu le choix et surtout celui d’esquiver ce qu’il ne voulait pas confronter, seulement cette fois-ci, c’est un héritier que je lui offre et son père deviendrait fou de savoir qu’il me tourne le dos dans cet état. Pourtant, je ne veux pas me servir de ça pour le récupérer, je veux un homme, pas un otage.

Je sais que pour l’instant il a encore besoin de me faire souffrir, pour apaiser sa propre peine. C’est Misha, c’est un étranger de ses propres sentiments, et lui-même a tendance à se foutre la trouille en se regardant de façon introspective. Il refuse de répondre à mes questions, encore une fois il mène la danse selon ses propres volontés, en faisant fi de celle des autres, mais on en prend l’habitude, ça fait presque partie de nos habitudes. Le bon vouloir de Mr Invanov.
Je préfère monter et le laisser seul, se dépatouiller de ce qu’il peut ressentir, le mettre face à ses propres émotions et ses propres démons. On aurait dû dîner tous les deux et Dieu sait ce que j’aurais pu donner pour un instant comme celui-ci, mais nous avons autre chose à régler tous les deux, et nous avons surtout un sujet sur lequel nous mettre d’accord. J’ai besoin de savoir où je vais pour pouvoir le faire pleinement.

Là-haut, pensive, je me laisse tomber sur le lit après avoir retiré mon haut en le jetant dans le bac à linge sale. Je soupire, j’ignore où nous allons lui et moi, mais sans doute pas dans la bonne direction. Et puis nous avons un petit bout à élever, lui voudrait un garçon, sans aucun doute, moi aussi pour tout avouer, j’ai comme l’impression d’être incapable de gérer la psychologie féminine vu comme la mienne est défaillante.
Il monte et me rejoint, affichant clairement son choix et les raisons qui suivent. Cet homme est tellement plein de tact…

- Alors c’est juste une histoire de sexe pour toi ?

Et moi je suis la reine des casses couilles, je m’en rendrais compte un jour, quand j’aurais pris une beigne méritée sans doute.
Ses aveux me déchirent le cœur, et quand il vient s’asseoir sur le lit, tout près de moi, j’hésite à passer mes bras autour de lui comme j’en meurs d’envie. Je décide de prendre le risque et glisse mes bras autour de son cou, ma poitrine dans son dos, et dépose un baiser dans sa nuque.

- Tu as le temps que tu veux Misha. Je suis là moi… Je te lâcherais pas si tu ne m’y oblige pas. Je me serre contre lui, étouffant mon souffle contre sa peau. Tu as le droit d’être vulnérable de temps en temps, ça ne changera pas qui tu es.

Contrairement à ce qu’il pense, il peut faillir, ce n’est pas un surhomme, c’est juste un homme qui tente péniblement de rassembler les morceaux de sa vie. Je sais à quel point c’est difficile, je recolle encore ceux de la mienne et tente de faire le deuil de ceux que je ne retrouverais jamais.

- Et si j’allais chercher le dîner en bas ? Et qu’on laissait les choses venir d’elle-même ?

Je change de position pour venir m’asseoir à califourchon sur lui, embrassant le creux de son cou, puis je passe mes bras autour de son cou pour lui voler un baiser, à lui de le refuser ou pas, mais ce soir, j’ai besoin de me sentir téméraire.
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Misha Invanov
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MessageSujet: Re: A sa hauteur, il prend déjà autant de place que toi [Misha] Mer 6 Avr 2016 - 17:50

Le temps... Tout n’était qu’une question de temps, après tout. Le temps de digérer. Le temps de lui pardonner, même si pardonner était, à ce moment précis loin des choses qu’il avait envie de faire. Le temps de se retrouver, de grandir encore un peu ensemble. Un bébé... 9 mois. Moins maintenant. Ce fameux temps, ils ne l’avaient plus en réalité. Leur couple était en vrac, sa famille était loin, très loin d’être la famille idéale qu’ils s’efforçaient tous de présenter... Où un bébé allait-il bien pouvoir s’ajuster là-dedans? Misha aurait donné beaucoup pour attendre encore un peu. Attendre leur mariage, au moins. Mais la décision n’était plus sienne, et cela ne faisait en réalité que l’énerver davantage. Lui qui aimait tout contrôler, savoir exactement où il allait. Inutile d’être devin pour comprendre à quel point il détestait n’avoir aucune prise sur son avenir.
Kathleen avait quitté la pièce, le laissant seul avec son ultimatum. Que n’aurait-il donné pour partir, claquer la porte, s’éloigner, réfléchir. Prendre du temps. On en revenait toujours au même, après tout. Chacun attendait de lui qu’il décide, qu’il agisse, mais lui avait l’impression de ne pas pouvoir le faire. Trop de pression? Pas assez de temps pour réfléchir, plutôt. Pas qu’il soit vraiment du genre à réfléchir avant d’agir, mais ces derniers temps, tout était compliqué. Et plus ça se compliquait, plus il prenait des décisions irréfléchies. Et plus il prenait des décisions irréfléchies... Le serpent qui se mord la queue. Ridicule.

Il avait fini par monter, évidemment. Parfois, malgré sa place dans la hiérarchie, malgré son égo démesuré et sa certitude d’être le seul aux commandes de sa vie, Misha avait l’impression de n’être qu’un bon petit soldat que chacun se faisait un plaisir de manipuler. Les siens savaient exactement quoi attendre de lui, et il ne pouvait les décevoir, donc s’exécutait. Même plus besoin de lui donner des ordres. Son père excellait en la matière, songea le russe en grimpant les escaliers. Il savait exactement quels mots prononcer pour que son fils aîné s’exécute, et Misha savait très exactement ce que le parrain attendait de lui, et se faisait un devoir de le satisfaire. En vérité, et bien qu’il s’escrime à crier le contraire, l’honneur et le devoir le tenaient enchaîné bien plus que n’importe quel ordre. Et c’est bien pour ça qu’il ne pouvait pas tourner le dos à Kathleen et son ultimatum.
Sa future femme s’était installée sur le lit, et à son attitude, il pouvait voir que sa réponse n’était sans doute pas celle qu’elle espérait. Ouais, décidément en ce moment, il ne faisait rien comme il le fallait. Mais jouer les gamins indociles et l’Homme dans toute sa splendeur était bien plus facile que de faire face à des sentiments qu’il avait du mal à comprendre, même s’ils étaient les siens. C’était un rôle qu’il savait jouer : celui de lieutenant de la Mafia Russe, dur, froid, imperméable à tous sentiments. Bien plus facile que de jouer le futur père de cet enfant qu’il n’avait pas désiré. Ou le futur mari d’une traîtresse, tant qu’à faire.

La réponse de la jeune femme lui fit serrer les poings, ses yeux bleus étincelants d’une fureur renouvelée. Qu’est-ce qu’elle attendait de lui, bon sang? Qu’est-ce qu’elle voulait? Étouffant sa colère, il préféra éviter la question. Une option plutôt prudente, s’il ne voulait pas, à nouveau, déclencher une dispute. Il était fatigué, en réalité, de tout ça. De ne pas savoir, d’être totalement paumé. Cela ne lui ressemblait tellement pas de se sentir à ce point perdu qu’il ne se reconnaissait presque plus. Pas étonnant qu’il lui soit difficile de faire le point : comment gérer le fait qu’il se sente si étranger à lui-même? S’asseyant sur le lit d’un air défait, il sentit la jeune femme se couler contre lu. Aimante. Rassurante. Presque... Comme d’habitude. Sauf que rien n’était comme d’habitude. Même s’ils essayaient de toutes leurs forces de le prétendre.
Misha lâcha un léger rire quand elle lui dit qu’il avait le temps. Un rire moqueur qui n’avait rien d’amusé. «Le temps? Avec ce mariage prévu dans moins d’un mois et ce bébé prévu... Pour quand? Huit mois, moins que cela encore?» Désabusé, il secoua la tête «Non Kath, on a pas le temps.»
Misha soupira à nouveau, la tête dans les mains. Il ne voulait pas être vulnérable, faillible. Son père avait-il jamais douté? Sans doute... Mais jamais devant lui. Et lui, Misha, ne savait tout simplement pas comment faire. «On doit... Je sais pas. Mais on doit parvenir à se sortir de là» Reprit-il doucement, glissant ses mains sur les bras nus de la jeune femme. «Je vais trouver. On va parvenir à passer au-dessus de tout cela, je ne sais juste pas encore comment.» Et cela dépendait de lui, il le savait. Kathleen avait joué sa part, la balle était dans son camp maintenant. Figurer les choses, monter des plans, il savait faire. Pourquoi pas maintenant?

Quand elle lui annonça qu’elle pouvait aller chercher le dîner en bas, avant de s’installer sur ses genoux, il releva la tête pour lui offrir un sourire. Un vrai sourire, cette fois. Elle avait raison, ils devaient laisser les choses se faire. Si seulement le temps ne les pressaient pas autant! «J’imagine que boire toute la nuit ne résoudra pas le problème.» Essaya-t-il d’un ton léger, avant de secouer la tête «surtout que j’imagine que tu n’as pas le droit de boire.» Et avaler assez de vin pour eux deux ne résoudrait pas le problème, il était assez lucide pour le savoir. Même s’il avait le droit de l’espérer.
Le russe considéra un instant la jeune femme près de lui. Remarquant seulement maintenant qu’elle avait enlevé son haut, il glissa ses mains sur les bras de la jeune femme, avant de les poser délicatement sur sa peau claire, s’arrêtant sur ses hanches. Dire que bientôt... Il chassa la pensée à peine formulée, avant de poser son front contre celui de sa future épouse. «Je t’aime Kath. C’est... C’est pour ça que je veux t’épouser, toi et pas une autre.» Il avait pris son temps pour répondre à sa question, mais l’essentiel était bien qu’il le fasse non? Car non, ce n’était pas une question de sexe, ou de propriété. C’était parce qu’elle était tout ce qu’il voulait, tout ce dont il avait besoin. «Et je suis désolé, mais je meurs de faim» Confessa-t-il d’un air contrit. Il n’avait pas franchement eu le coeur à manger avec son rendez-vous de la journée, et il avait une faim de loup.

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Kathleen Evans
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MessageSujet: Re: A sa hauteur, il prend déjà autant de place que toi [Misha] Ven 8 Avr 2016 - 19:06


Je vois à son regard qu’il lutte de toutes ses forces pour garder le contrôle, l’illusion parfaite de pouvoir détenir le dernier mot et choisir le moment où il en aura fini de me faire payer, de m’en vouloir, de dominer ce sentiment de trahison, légitime, certes, mais qui nous bouffe la vie sur le long terme. C’est une façon pour lui de tenir les rennes, de pouvoir avoir le dernier mot, de décider de quand et de comment il veut souffrir. Si tant est que ça puisse fonctionner. C’est un homme qui a toujours eu le dessus sur tout, déjà petit garçon, je l’imagine très bien en chef de bande. Un leader toujours prêt à donner l’exemple et à faire l’exemple du premier qui irait contre ses ordres. C’est dans sa nature de tout vouloir diriger, c’est un Invanov, il est fait pour leader, pour donner les ordres et les voir appliquer. C’est la tête pensante de chaque groupe dans lequel il se trouve dans le cas où son père serait absent, et je sais qu’il sera malheureusement parfait en chef de meute.

Mais je sais faire la différence entre l’homme qu’il est et celui qu’il donne à voir, forte heureusement. Aux autres, il offre cette part d’ombre, et de dureté, de décisionnaire qui tranche dans le vif, sans remords, jamais. Mais à moi il a donné à voir l’homme parfois vulnérable, sensible, romantique, parfois même intransigeant, souvent en fait, c’est même son principal trait de caractère mais je sais que pour moi, il est en train d’envisager de faire un effort digne de ce nom. Je le sais capable de le faire, pour moi, il peut, non pas renier tout ce qu’il est, mais envisager de changer, ce qui est déjà un effort sans nom pour tout vous avouer. Je pense qu’il est surtout grand temps que nous fassions chacun amende honorable. Je me plie en quatre pour lui, mais visiblement, ce n’est pas ce qu’il attend de moi, il commence à se lasser de me voir dire amen à tout, moi qui pensait pourtant qu’il n’attendait rien de plus d’une femme. D’une femme oui, mais pas de la sienne apparemment.

Alors on force les apparences, pour le public, pour nous, pour que tout ce que nous avons commencé à construire ne parte pas en fumée, c’est très troublant, autant que c’est rassurant d’avoir à se dire que nous avons au moins ça comme filet.

- On a le temps Misha, tout ça, ce ne sont que des apparences. Les mariages arrangés sont légions chez toi, et tu sais comme moi qu’on s’y méprendrait, un joli sourire sur la photo et tout le monde est content. Le reste, ça nous regarde.

Prenant son menton entre mes doigts fins. Rien ne nous empêche de nous marier sans pour autant être au summum de notre histoire. Je rêvais d’un mariage d’amour, je récolte un mariage précipité, dans la tourmente et c’est tout ce que je mérite. Bien sûr que j’aurais préférée être regardée comme une princesse, mais à quoi bon forcer les choses ? Je mérite ce que je suis en train de vivre. Non seulement j’ai perdu mon job, mais si je devais perdre Misha définitivement, je ne m’en remettrais pas.

- J’ai besoin de te laisser le temps de m’aimer à nouveau…

Glissais-je à son oreille en caressant sa nuque. Mon front posé contre le sien, la proximité de nos lèvres menaçant de céder à la tentation, tout du moins la mienne, c’est un plaisir amer dont j’ai besoin semble-t-il, une façon de me faire payer. Mais ça m’incombe, c’est moi que ça regarde. Je veux récupérer mon homme, celui qui, quand il me faisait l’amour, son regard me disait je t’aime. Quand il me serrait dans ses bras, ça voulait dire : merci d’être là. Ce genre de petites choses que je savais sincères dans le comportement de mon homme et que je ne retrouve plus aujourd’hui.

- Il nous reste 6 mois Misha, mais on sera de bons parents. J’ai envie de le croire. On se retrouvera petit à petit. On doit le faire pour lui, pour nous… tu me manques.

Je glisse mes bras autour de son cou et embrasse tendrement l’arête de sa mâchoire.
Il a cependant l’air de vouloir prendre les choses du bon côté et me propose même de boire toute la nuit, ce face à quoi il se ravise, ayant visiblement compris que ce n’était pas la solution de l’année…

- Non, pas vraiment, mais je peux trinquer, tu boiras pour moi.

Je caresse sa lèvre du bout de mon pouce, il a toujours fait beaucoup de choses pour moi. Boire pour moi n’en sera qu’une de plus. Comme une façon de se fondre l’un en l’autre encore un peu, à nouveau, une façon de se retrouver… je l’espère.
A ma plus grande surprise, il entreprit un geste plus tendre, un geste d’homme, comme celui qu’il était avant. Ses mains glissent sur mes hanches, il regarde à nouveau ma poitrine comme un objet de convoitise et répond à ma question, provoquant chez moi une décharge lacrymale propice à la situation. Je ravale cette foutue larme qui menace de tomber et l’embrasse en douceur.

- Ne bouge pas, je reviens.

Je descends dans cette tenue, chargeant un plateau de quelques mets que Misha avait pu commander, je me contente de présenter joliment le tout et l’agrémente d’une bouteille de champagne, de notre cave personnelle. Misha aime collectionner les plus belles bouteilles.

Dans la chambre, je dépose le plateau sur le lit et m’installe entre ses bras, il saura me tenir à l’écart s’il en a envie, je prends ce qu’il me donne, mais je dois forcer les choses pour passer outre sa fierté.

- On va devoir annoncer ma grossesse, ton père est loin d’être idiot et finira par s’en rendre compte. S’il le fait de lui-même, il t’en voudra. Et par la même, on va devoir un choisir un prénom.

Je mêle mes doigts dans les siens, récupérant avec bonheur ce contact qu’on avait tous les deux dès que nous étions dans la même pièce. Si Misha était un homme très occupé, c’était en tout cas néanmoins un homme ayant besoin de contact, qui ne le demandait pas forcément, mais qui ne le refusait jamais.

- A-t-on encore le luxe de choisir nous-même son prénom ?

Relevant la tête pour essayer de capter son regard, faisant passer une main douce sur sa joue mal rasée, que j’aime tant à regarder.
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Misha Invanov
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MessageSujet: Re: A sa hauteur, il prend déjà autant de place que toi [Misha] Ven 15 Avr 2016 - 22:55

Qu’est-ce qu’il attendait d’elle? Tout. Rien. Beaucoup trop, sans doute. Misha ne savait plus où il en était, alors comment pouvait-il espérer, l’espace d’une seule seconde, savoir ce qu’il attendait de sa fiancée? Il ne savait même plus ce qu’il attendait de lui-même. Une chose était sûre, pourtant : il l’aimait, et c’était tout autant le début des problèmes que le début de la solution. Parce que s’il lavait aimé un tout petit peu moins, il ne serait probablement pas là où ils en étaient ce soir. Mais à quoi bon se torturer l’esprit, de toute façon? Sa colère et ses doutes ne passeraient pas de sitôt, et la seule chose à faire, désormais, c’était d’avancer. Sans remords. Sans regrets. En croisant les doigts pour que personne, jamais, ne découvre ce qu’elle avait fait. Ce qu’il avait fait. Ils étaient dans le même bateau, après tout.
De toute façon, Misha le savait, il n’avait plus le temps de s’en faire. Leur mariage était prévu, ce bébé était en route, et faire machine arrière, désormais, ne serait qu’un risque de plus à prendre. Pour lui, pour Kath, pour le bébé. Une fois mariée, Kathleen serait protégée par son nom, et ce n’était pas rien... Elle en avait besoin, autant que lui avait besoin d’elle à proximité. Ils allaient régler ça. Avaient-ils seulement le choix?

Il la sentait contre lui, toute proche, enivrant de son odeur. Cette proximité, autant ne pas le nier, lui avait manqué, il s’en rendait compte maintenant. Ses mains sur sa peau, son souffle contre ses lèvres. Il esquissa un pâle sourire quand elle affirma qu’ils n’avaient pas besoin de faire totalement la paix pour faire bonne figure sur les photos. Encore un mensonge... Après tout, ils n’en étaient pas à un près. Faire semblant, donner le change, ils en seraient parfaitement capable, et de toute façon, encore une fois, ils n’avaient guère le choix. C’était leur monde, celui des faux-semblants et des mensonges, du paraître, et des paillettes. Lui le pratiquait depuis longtemps, et il n’avait aucun doute quand au fait que Kathleen saurait très bien donner le change. Après tout, elle l’avait mené en bateau durant toutes ces années, elle maîtrisait parfaitement.
Misha ne pût s’en empêcher de se tendre à cette pensée, esquivant le baiser que semblait quémander la jeune femme. Il en ressentit une pointe de culpabilité, qu’il balaya rapidement. Il ne lui avait pas menti : il avait besoin de temps, de sortir tout ça, et la blessure était encore bien trop à vif pour qu’il songe à commencer sa guérison. «Excuse moi» Souffla-t-il, sans pour autant chercher à échapper aux bras de la jeune femme. Il n’ajouta rien d’autre, et Kathleen devait le savoir : elle avait raison, il avait besoin de temps pour réapprendre à l’aimer, et à lui faire confiance. Mais ils s’en sortiraient.

La jeune femme enchaîna, avec ce petit ultimatum qu’elle portait en elle. Six mois... Ils se mariaient dans quelques semaines, du coup, six mois, c’était presque une éternité, non? «Bien sûr qu’on sera de bons parents» affirma-t-il à mi-voix, sentant ses muscles se détendre sous les baisers de sa fiancée. Il n’y avait aucune logique à cette affirmation, mais pourquoi penser le contraire? Lui qui n’avait aucune envie d’être père, avait eu le temps d’y réfléchir. Pourquoi pas? Un petit être, au milieu de tout ça, c’était un nouveau défi. Une partie de lui, une partie d’elle... Le meilleur des deux sans doute. Ce ne serait pas difficile. «On y arrivera» Ajouta-t-il encore plus doucement, sans que la jeune femme ne puisse deviner s’il parlait de leurs qualités de parents ou de leur capacité à se retrouver. Misha lui-même n’était pas sur de le savoir.
A sa proposition de se soûler pour régler les problèmes, elle ne mit pas le holà, ce qui lui attira un regard curieux du russe. Il le savait, il avait bien trop tendance à compter sur l’alcool pour reléguer ses problèmes aux oubliettes. Pas assez pour que cela soit un réel problème, du moins il ne lui semblait pas, mais bien trop pour que cela soit très sain. Lever le coude, il savait le faire depuis longtemps, mais jusqu’à présent, il avait assez de lucidité pour ne pas se soûler systématiquement. Son boulot l’obligeait à garder la tête froide, et il y parvenait. Jusqu’à présent. Parce que parfois, vu les responsabilités, les ennuis et les impasses, Misha se disait qu’il serait facile de lâcher prise et de se noyer dans l’alcool. Si facile. «C’est beaucoup moins plaisant d’être saoul tout seul» Grogna-t-il, sans pour autant en être réellement frustré. Ils trouveraient bien un autre moyen d’apaiser la tension et, s’il devait en croire les doigts de sa fiancée sur ses lèvres, elle avait déjà une vague idée de comment s’y prendre. Il la serra davantage contre lui, caressant ses courbes si familières, avant d’avouer qu’il mourrait de faim. Cédant à sa demande, Kathleen éclipsa, et il laissa son dos heurter le matelas en soupirant. Décidément, les choses n’allaient pas forcément dans le sens où il les avait planifié, mais au moins, ils avançaient. Petits pas par petits pas.

En attendant le retour de la jeune femme, il se débarrassa de sa chemise, sans pour autant se relever. La tension qui l’habitait depuis plusieurs jours commençait à se faire ressentir, et le russe s’étira longuement, guettant les pas de la jeune femme dans l’escalier. Elle ne mit guère de temps à revenir, portant un plateau garni et une bouteille de champagne. Qu’est-ce qu’ils pouvaient bien fêter? Leurs retrouvailles? Misha garda sa réflexion pour lui, entourant sans rien dire sa future femme de ses bras, où elle s’était installé. Il n’éprouva pas l’envie de la repousser, et sans mot dire, allongea la main pour attraper un petit four sur le plateau, laissant sa main libre à Kathleen. Oui, leurs retrouvailles : il avait beau être toujours en colère, toujours indécis sur sa façon de faire, mais il était heureux d’être ici, près d’elle. Du moins, il en avait l’impression.
Le bébé. Un prénom. Évidemment. Ils n’allaient pas l’appeler «le bébé» jusqu’à la fin de ses jours, ni même cacher son existence bien longtemps. Le russe attrapa un autre en-cas sur le plateau, lui faisait subir le même sort que le précédent avant d’embrasser les doigts de la jeune femme, posés sur sa joue. « Je m’appelle Misha parce que c’est comme ça que ses parents surnommaient mon grand père, quand il était enfant. Ma mère s’était toujours promis d’appeler son fils aîné ainsi» expliqua-t-il d’une voix détachée, comme toujours lorsqu’il parlait de sa mère. « Mais pour autant, je ne crois pas que ce soit une tradition familiale, alors, oui, on peut l’appeler comme on veut ce bébé» Confirma-t-il avec amusement.

Il avait laissé délibérément en suspens cette histoire de révélation. Quelque part, ne pas le dire équivalait à garder ce bébé pour eux deux, encore un petit peu. Leur bébé. Mais Kathleen avait raison, les siens ne le prendraient pas très bien d’être mis au courant par des rumeurs et des on-dit. «Je me demande même si Oksana ne suspecte pas quelque chose, en réalité» Soupira-t-il, sans parvenir à cacher toute son amertume à l’évocation de sa belle-mère. «On le dira à mon père, avant le mariage. Quelques jours avant. Mais pour le reste, on l’annoncera le soir du mariage.» Il marqua une pause, à peine perceptible, capturant les doigts de la jeune femme dans les siens. «Qu’est-ce que tu en penses?»
Cela faisant longtemps qu’il ne lui avait plus demandé son avis, gérant tout, la tenant délibérément loin de ses affaires. Pour la punir, ou pour ne pas lui accorder plus de confiance que nécessaire. Mais le sujet la concernait elle aussi, après tout. Il devait s’efforcer d’enterrer la hache de guerre.

Attrapant un nouveau petit four, il le dévora avant de se pencher pour attraper le champagne et deux coupes, qu’il confia à la jeune femme avant de les remplir. Juste pour trinquer, dans le cas de la jeune femme. « Alors... À nous?» Demanda-t-il, interrogateur, plongeant ses yeux clairs dans ceux de sa fiancée.

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Kathleen Evans
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MessageSujet: Re: A sa hauteur, il prend déjà autant de place que toi [Misha] Sam 16 Avr 2016 - 1:14


Il hésite encore, il cherche le bon moyen de revenir en douceur, de ne pas m’accorder trop de place d’un coup, comme pour me prévenir une nouvelle fois qu’il a les cartes en main et qu’il peut les distribuer à sa façon, et quand bon lui semble. Je pense que les choses sont assez claires, je n’ai de toute façon aucunement l’intention de lui voler cette place. Je sais ce que ça représente pour lui, dans sa famille, il doit mener le couple pour se sentir homme, encore plus qu’il ne l’est déjà. C’est une fierté et un besoin pour lui, un honneur dont on ne peut pas le priver sous peine de lui ôter toute crédibilité face à son père. Celle qui a compris ça et sait faire preuve d’un peu d’abnégation, saura toujours faire face à toutes les situations possibles chez les Invanov.
Son esquive me fait mal, mais je sais que ce n’est pas volontaire de sa part, c’est un relent de fierté, tout russe qu’il puisse être, c’est encore une façon de redevenir homme entre mes bras, avoir ce pouvoir de choisir ou non le moment où il se cèderait à moi, ou où je me cèderais à lui.

- As-tu vraiment besoin de l’être ? L’ivresse peut prendre tellement de formes…

Je l’allume clairement. Mais il paraît que la libido chez les femmes enceinte est une vraie bénédiction pour ces hommes durant le premier trimestre, et on ne peut pas franchement dire qu’on ait pu en profiter. Je ne comprends même pas comment il a pu résister si longtemps. Suis-je cocue à ce point ? Je l’ignore, mais y penser me fait mal, je ne suis la femme que d’un seul homme, contrairement à lui qui se fourvoie avec bonheur avec tout un tas de filles selon sa réputation, bien qu’il y en ait à prendre et à laisser.

Quand je remonte, les mains pleine d’un plateau garni, je le retrouve torse nu, et ne peut m’empêcher de le retrouver toujours aussi beau. Ses tatouages m’ont toujours fait leur effet, à croire que j’aimais les badboys depuis toujours. Moi qui n’évoluait que dans le milieu du droit, des hommes carrés et droits dans leurs bottes, aujourd’hui je suis enceinte d’un des plus grands trafiquants du pays.

- On aurait pu l’appeler Misha Junior, mais tu crois pas que grandir dans l’ombre de son père est déjà un défi en soit sans pour autant avoir à porter jusqu’à son prénom ?

Je sais à quel point la mission que confie son père à Misha est difficile à supporter pour lui. La pression, le besoin de faire mieux, pour honorer une part de leur filiation, se justifier et valoriser le fait d’être fils de, sans doute pour le mériter et avoir à conquérir et obtenir le respect de ses pairs, une mission à remplir dont il n’aurait rien choisi.

- Oksana rêve d’un bébé avec ton père. Ça ne se passe pas exactement comme ils le voudraient, tu sais…

On a de la chance quelque-part, même si Misha ne voulait pas du bébé tout de suite, je pense qu’il sera heureux sur le long terme. Je pense que pour lui, se rendre compte qu’il ne pourra pas avoir d’enfants aurait encore creusé un peu plus le manque de confiance en soi qu’il peut avoir.
Je suis surprise de l’entendre me demander mon avis mais mon regard s’illumine, je pense qu’il est en train de comprendre que c’est une mission à mener à deux. Je souris quand il embrasse mes doigts et me laisse aller contre lui, profitant de ces quelques instants de répit.

- Ce serait parfait. Est-ce-que tu crois que je pourrais inviter mes parents à notre mariage ?...

J’ai peur de les mêler à tout ça, mais j’ai aussi peur de me marier sans eux, je suis leur fille unique, ils me le pardonneraient sûrement, mais moi, sans doute pas. Je ne peux pas leur faire ça, mon père serait si fier ! Même si c’est un Invanov, je finirais par lui faire accepter, et je lui exposerais mon point de vue. L’amour… après tout, lui aussi s’est marié avec une fille de nulle part, ma mère n’avait rien si ce n’est la ferme de ses parents et les corvées qui en découlaient, et lui, enfant de famille fortunée, n’avait aucun intérêt premier à se marier avec une femme comme elle, et pourtant…

- A notre fils, à notre mariage, et à nous. Au fait qu’on puisse y arriver.

Je trinque, et, joueuse, renverse un peu de ma coupe dans mon décolleté. Lui a le droit de boire, moi pas, autant que ce soit ludique, non ?

- On peut sans doute aussi trinquer à ma maladresse… Qu’est-ce-que tu en penses ?

Je tente de retrouver nos bonnes vieilles habitudes, Misha et moi n’avons jamais eu froid aux yeux. C’est sans doute ce qui faisait de nous ce couple si atypique.
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Misha Invanov
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MessageSujet: Re: A sa hauteur, il prend déjà autant de place que toi [Misha] Sam 28 Mai 2016 - 23:42

Bien sûr qu’il l’esquivait. Il n’aurait pas cru dire ça un jour, mais il la détestait autant qu’il l’aimait. Misha ne savait plus vraiment où il en était, et une chose était sûre, la présence de Kathleen n’aidait pas à mettre de l’ordre dans son esprit. Parfois, il se prenait à penser qu’il pourrait lui pardonner, avant qu’un geste, un mot, viennent à nouveau tout faire basculer. Alors, lorsqu’elle sous-entendit qu’il n’était pas obligé d’être ivre, il haussa les épaules et se résolut à avaler son verre. Par défiance, sans doute. Défier le monde, c’était inscrit dans ses gènes, et il était devenu si doué à ce jeu auquel il s’exerçait depuis l’enfance que c’était presque devenu une seconde nature. Un sourire hautain, presque ironique, et il se resservit, ses yeux clairs posés sur le corps de sa fiancée, curieux de savoir si elle allait protester ou, comme ses dernières semaines, choisir ses batailles et ignorer ce geste de rébellion presque enfantin. Parce qu’elle avait peur de le blesser, ou de s’attirer ses foudres, elle avait pris l’habitude de le laisser faire, et il n’était pas sûr que cette attitude lui convienne. Mais en même temps, se disputer n’avait rien arrangé jusqu’à présent.
C’est bien pour ça que quand Kathleen remonta avec le plateau de leur dîner, il s’était résolu à se montrer un peu moins sur la défensive. Aucun d’entre eux n’était dupe, et chacun s’efforçait de garder un ton léger pour cette discussion, mais au moins, cela donnait l’illusion que tout était comme avant. Misha doutait fortement que cela soit possible un jour, mais il n’avait rien contre tenter de se l’imaginer pendant quelques heures. La proposition de la jeune femme lui arracha un franc sourire, et il porta ses doigts à ses lèvres avant de pencher la tête, malicieux. «Un peu prétentieux de ma part, non? Ce n’est pourtant pas mon genre.» Evidemment, il était quelques fois prétentieux, mais pas au point de gâcher l’avenir de son futur enfant. Déjà que le pauvre débarquait à un moment particulièrement tendu, il n’allait pas faire empirer les choses. «Et puis, on a encore le temps. Un petit peu.» Il haussa les épaules, refusant de s’avouer qu’en réalité, ne pas nommer ce bébé aidait au fait qu’il ne soit pas encore vraiment concret. Misha avait du mal à se projeter avec un enfant, alors, s’il pouvait s’accrocher encore quelques semaines à cette illusion, avant de plonger tête la première dans les responsabilités familiales, il ne demandait pas mieux.

Misha attrapa un nouveau mets sur le plateau. Ils étaient délicieux, et il ne regrettait pas d’avoir fait appel à un traiteur. Dommage que ce dîner soit un échec cuisant, en réalité. Mais, aussi bon que pouvait l’être le petit four, le jeune russe esquissa une grimace de dégoût aux paroles de sa fiancée. «Kathleen, je t’en prie, je ne veux pas savoir. Ne parlons pas de ça, d’accord?» Ce n’était pas dit sur un ton particulièrement agacé, pourtant. C’est juste qu’il n’avait pas envie d’avoir cette image dans la tête : s’il avait pu, il aurait rayé de son esprit, et de celui de son père par la même occasion, la moindre pensée qu’Oksana ait pu un jour existé. Elle faisait du bien à son père, il ne le niait pas, mais pour lui, c’était juste... Trop.
En tout cas, c’était bon de renouer avec un passé qui était bien moins compliqué. Ils en avaient passé des heures, sur un lit, nus et serrés l’un contre l’autre, à refaire le monde. A échanger leurs doutes et leurs fou-rires. Misha était tombé fou amoureux de la jilie Kathleen, jusqu’à ne plus savoir respirer sans elle, et il n’avait jamais hésité à se confier à elle sur des sujets plus que personnels. Désormais... Mais la question soudaine de la jeune femme l’empêcha de se plonger plus avant dans ces sombres pensées. Ses parents?

Pensif, Misha se mordit la lèvre. Il hocha la tête, sans vraiment lui répondre, parce qu’il ne savait pas quoi répondre. «Oui, tu peux» finit-il par acquiescer, avant de chercher à détourner le sujet en lançant un toast. A eux. Au bébé. Mais quand Kathleen, sans grande subtilité, l’invita à se rapprocher, c’est la colère qui prit le dessus. Ses parents? «Quels parents, Kathleen?» Gronda-t-il, revenant sur le sujet. «Tes vrais parents? Ou ceux que tu t’es inventé? Savent-il seulement qui tu es? Qui tu prétends être?» Il n’avait pas pensé être aussi amer sur un sujet comme celui-là. Après tout, ils n’avaient jamais évoqué véritablement les parents de la jeune femme... Et à présent, il savait pourquoi. Parce qu’elle lui avait menti. Parce qu’elle l’avait trahi, et qu’elle avait cherché, avant tout, à protéger sa couverture et sa vraie vie. Elle avait beau clamer son innocence, il ne la croyait pas, Il n’avait même pas envie d’essayer.
«Tu sais quoi? Fais ce que tu veux.» Oublié, ce moment de grâce, oublié le fait qu’il voulait essayer de se réconcilier avec la jeune femme. Rageur, Misha se releva, bousculant le plateau de victuailles, avant de se diriger vers la porte de leur chambre. «J’ai du boulot demain, je dois me lever tôt. Je serais en bas.»

Il était furieux. Contre elle, contre lui-même, contre le monde entier aussi. Mais surtout contre elle et, dans des cas comme ça, il savait qu’il valait mieux qu’il évacue sa rage ailleurs. Il ne voulait pas la frapper, cela au moins, c’était clair dans sa tête. Il ne voulait pas passer ses nerfs sur elle, car il se connaissait, et doutait de pouvoir s’arrêter. C’était son bébé qu’elle portait, et lui n’avait pas demander à ce que sa mère ne soit rien d’autre qu’une menteuse. La salle de sport, aménagé en sous-sol, ferait parfaitement l’affaire pour calmer sa rage. Bien moins dangereux pour Kathleen, car quand il était dans cet état, le russe savait qu’elle était bien trop en danger auprès de lui.

Spoiler:
 

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