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Confidence pour confidence

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Misha Invanov
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MessageSujet: Confidence pour confidence Sam 25 Juil 2015 - 20:07

/Confidences de Leonov Taskayev, 18 février 2062
Recueillies par sa petite fille Suzy Askinova/



J’ai bossé pour la Mafia, évidemment. L’argent facile, la vie aisée, la continuité familiale… je ne saurais te dire pourquoi, mais je n’ai jamais vraiment songé à faire quelque chose d’autre. Mon père avait une casse automobile qui importait des voitures vers les pays de l’Est, et je ne saurais te dire combien d’argent, d’armes et de drogue il est parvenu à convoyer ainsi. Et moi avec, puisque j’ai repris le business quand il a été trop vieux pour le faire. C’est grâce à cet argent que j’ai envoyé ta mère à l’Université. La Mafia, c’est une famille, et quand on lui donne tout, elle nous le rend. Elle n’exige qu’une loyauté absolue en échange.
J’ai rencontré le Parrain, aussi. Mon père et lui se connaissaient pas mal, apparemment, bien que je n’ai jamais trop osé demander pourquoi. J’ai même assisté aux premiers pas de son aîné. Qui aurait pu penser que je bosserais ensuite sous les ordres de ce gamin à la démarche mal assurée ? J’avais quinze ans, mon père et le sien avaient un deal à conclure auquel je n’avais pas été convié, et sa femme m’a très gentiment offert un jus d’orange sur la terrasse. Du coup j’ai joué un peu au ballon avec l’enfant, un petit blondinet souriant qui poussait de grands cris à chaque fois que la balle lui revenait dessus. C’est bête, même après tout ce temps, je m’en souviens.

Y’a une logique dans l’histoire : premiers cris, premiers pas, première rentrée scolaire… premier meurtre, première cuite, première petite amie. Quoiqu’apparemment pas toujours dans cet ordre, le petit m’a raconté que ses parents l’avaient surpris au lit avec sa prof d’espagnol, bien avant sa première cuite. Mais quoi qu’il en soit, c’est un peu l’histoire de la Mafia. Nous qui avons été élevé dedans, on a eu la même enfance, les mêmes codes à apprendre, et même si lui était plus privilégié que moi, on a eu la même histoire, dans les grandes lignes.
Un nom ? Non, jamais de nom. Même après tout ce temps, on ne sait jamais. La loyauté s’apprend dès le berceau, et si on ne veut pas d’ennuis, on ne l’oublie jamais. Jamais.

J’ai pris du galon, en attendant que mon père décide de me léguer les affaires. Coursier, dealeur, garde du corps. Et puis nounou. Etre le garde du corps de l’héritier de la Mafia, c’est pas si mal comme grade, non ? Le petit blondinet avait bien grandi, ce n’était plus un bébé, mais il restait un gamin. On s’entendait bien, tous les deux, bien que son mépris des règles m’aient collé quelques sueurs froides. Je crois bien que je lui ai plus hurlé dessus que sur tous mes gosses réunis, avec la bénédiction de ses parents. Mais tu parles, une fois qu’il avait décidé quelque chose, il s’y tenait, quitte à embêter tout le monde. Il avait de la chance d’être adorable, parce qu’on lui passait tout… et il en jouait bougrement bien.
C’est moi qui ai supervisé son premier meurtre. Un rite initiatique au sein de la Mafia, j’étais passé par le même. Quand je te disais qu’on était passé par les mêmes étapes, même si nous étions très différents. Et puis, si c’est possible, son statut lui imposait encore plus de pression, alors, il n’avait pas le droit à l’erreur.

J’étais passé le chercher à la sortie du lycée, un geste presque banal avant un autre qui l’était beaucoup moins. C’est son père qui avait décidé de la date, de la victime, et du lieu : nous n’avions qu’à suivre les ordres. C’était un hangar désaffecté, et les hommes de main du Parrain avaient déjà commencé le boulot. Le pauvre gars… c’était une victime désignée par la Mafia, donc pas de pitié à avoir, mais il était déjà salement amoché, quand nous sommes arrivés avec le petit. Lui tenait son flingue comme un pro, avec visiblement la ferme intention de s’en servir. Je crois… je pense que c’est la première fois que j’ai douté de ce que je faisais. De ce que nous faisions. Voir un gamin de son âge, 14, 15 ans peut-être, avec une telle détermination dans les yeux, le voir prendre ce flingue comme si je lui avais offert un billet pour s’acheter un jeu vidéo. Je te le dis, ça m’a fait froid dans le dos. Tout môme déjà, il avait un regard implacable, deux billes bleues qui ne semblaient pas savoir ce qu’était la pitié. Et en réalité, je ne pense pas qu’on lui avait appris. Il savait la colère, le défi, la violence, mais rien de ce qui ressemblait à de l’empathie.
Il a assisté sans peine à la fin de la bastonnade. Je te passe les détails, mais ce n’était pas beau à voir. Il n’a pas cillé, pas détourné les yeux une seule fois. Et quand ce fut à son tour d’entrer en scène, il n’a même pas hésité. Il s’est avancé vers ce pauvre type, et alors que nous attendions tous qu’il le descende, il a demandé qui c’était. Et ce qu’il avait fait.

Ca paraît bête, mais nous ne posions pas de questions. Et en réalité, il n’aurait pas été qui il était, sans doute que personne ne lui aurait répondu. Il n’avait pas à savoir, aucun de nous d’ailleurs n’avait à savoir quoi que ce soit, si ce n’est qu’il fallait butter ce type. Je ne sais plus qui lui a répondu, mais quand il a appris qu’il s’agissait d’un traître, il a eu une réaction qui m’a fait froid dans le dos. Un sourire. Un putain de sourire qui illuminait son visage d’ange, alors que ce gosse n’avait rien à envier à certains criminels. Si son père n’aurait pas eu le statut qu’il avait, il aurait déjà eu de sérieux ennuis avec les responsables de sa glorieuse école privée. Et sans doute avec quelques flics.
Mais non. Il se tenait là, devant ce type qui avait reçu déjà bien assez de coups, et il souriait. Je crois que tous les gars présents ont eu la même pensée : ce gamin, il avait ça dans le sang. Il adorait ça. Et c’était flippant, bien plus que je ne l’aurais imaginé.

Il a pris son temps pour le descendre. Trois balles qu’il lui a fallu. D’un autre, j’aurais mis ça sur le coup de l’émotion, qu’il ne savait pas où tirer, ou comment tuer. Mais lui… il savait pertinemment bien ce qu’il faisait.

Et quand il en a eu fini, je l’ai ramené chez lui. Je pensais qu’il allait flancher, ou quelque chose du genre, mais il m’a juste souhaité une bonne journée avant de prendre son sac à dos et de courir prendre son goûter.
J’ai démissionné quelques semaines après. J’étais payé pour être garde du corps, pour m’occuper d’un môme, pas pour assister à des scènes de ce genre. Je n’étais pas un homme de main, et tu peux trouver ça hypocrite, mais je n’aimais pas ce genre de déchainement de violence. Butter un mec ne m’a jamais posé problème ; le torturer pour le plaisir, si.
Personne n’a posé de question, de toute façon. Je suis retourné bosser avec mon père, et je n’ai revu le petit que bien des années après, quand il est venu s’occuper d’un contrat. Il avait bien grandi, mais dans ses yeux, il n’y avait toujours rien que de la colère. Et pourtant, qu’il savait être adorable, charmant et même amusant. Tant que personne ne se mettait en travers de son chemin, c’était un jeune homme aussi agréable que l’exigeait son éducation, et sa place dans la société.
Je lui ai dit, bien des années après, que son père m’avait donné comme ordre de le buter s’il n’avait pas rempli le contrat, et tué sa cible. Il m’a répondu qu’il le savait. Qu’après tout, il n’était pas le fils du Parrain pour rien. Et que la loyauté, c’était ça : obéir aux ordres.

Je ne te raconte pas ça pour soulager ma conscience, Suzy. Je sais qu’elle est entachée, irrémédiablement. Je ne suis pas un enfant de cœur, et si un quelconque Dieu existe, ce n’est pas lui qui va m’accueillir. Je veux juste que tu comprennes. La Bratsva, ce ne sont pas de gentils criminels en col blanc. Y’a des monstres dans leurs rangs, des gens qui ne respectent rien, si ce n’est la violence et le sang. Qui ne cherchent qu’à assouvir leurs pulsions, malgré leurs grands sourires et leur apparence respectable. J’ai succombé, mais je sais que toi tu ne feras pas cette erreur, parce que je peux te mettre en garde. J’aurais aimé qu’on me mette en garde.
Tu veux bien appeler l’infirmière ? Je commence à être fatigué.

/fin de la transcription/

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