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Go hard or go home + Terry

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Rafaela Alvarez
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MessageSujet: Go hard or go home + Terry Sam 11 Avr 2015 - 15:54

L’obscurité t’entoure une nouvelle fois d'ses bras et avec elle, s’immisce c’profond sentiment d’solitude qui berce tes nuits et t’empêchent de trouver l'sommeil. Les yeux perdus dans l’vague, la cigarette s’consume lentement entre tes doigts. T’y penses encore. T’y penses depuis des jours. T’ y penses en permanence, depuis qu’t’as choisis de n’pas retourner là bas. Le doute a d’ailleurs faillit t’faire repartir à plusieurs reprises. Une partie d’toi s’demandait si tout ça en valait vraiment la peine. Après tout, t’avais commencé à reconstruire une famille là-bas. T’avais su avancer. Sans jeter un regard en arrière, sans trop t’attarder sur les ruines fragiles du passé. T’avais su avancer pour t’consacrer tout entière à c’qui constituerait les fondations solides de ton avenir. Mais ça n’avait pas suffit, n’est-ce pas ? Ça n’avait pas suffit à garder la femme intrépide et bornée qu’tu es, en sécurité. Ça n’avait pas suffit à t’inciter à rester et à poursuivre dans la même direction. Et il n’y avait pas d’surprise là-dedans. Car tu avais beau n’plus savoir qui t’étais Rafe, le sang qui coulait dans tes veines, lui, restait l’même. Et ce sang, c’était celui d’une lionne féroce. D’une lionne sauvage. D’une lionne en chasse. D’une lionne affamée, dont les maigres carcasses n’suffisaient plus à faire taire la faim qui lui tiraillait l’ventre.  Certes, t’avais tenu l’coup jusque là. Tu t’étais contentée des quelques os à ronger qu’ton esprit abimé daignait t’donner. Mais la jungle californienne avait changé la donne. Elle avait réveillé l’appétit féroce qui sommeillait en toi et avec elle, la détermination ultime d’partir en quête d’un morceau d’chair fraiche à t'mettre sous la dent.

Comme une prédatrice, tu agissais avec ton instinct. Tu l’écoutais. Lui donnait ta confiance. L’instinct t’avait conduit jusqu’ici et poussé à rester. Et à présent, c’est c’même instinct qui t’poussait à croire qu’le morceau d’viande que tu cherchais tant, était forcément là, quelque part. Dans les rues de San Diego. Plus t'y pensais, et plus les pièces du puzzle que tu tentais désespérément d’assembler, s’emboitait avec une logique implacable.

D’un geste mécanique, la clope s’porte à  tes lèvres et tu aspires longuement la fumée. Immobile devant la fenêtre de ta minuscule chambre de motel, tu contemples cette ville qui t’es si familière et pourtant te cache encore tant d’secrets. Ton calme apparent n’sert qu’à dissimuler la tempête intérieure qui t’agites. Les images se superposent à ces voix qui tournent en boucle dans ta tête. Les images d’une pilote fonçant à pleine allure et slalomant entre les conducteurs prudents et ceux qui l'sont un peu moins. Evitant parfois l'véhicule d’en face de quelques millimètres à peine. Mais sans jamais l’percuter. Car tout est toujours calculé, mesuré. Parce qu’nos voitures n’perdent jamais l’contrôle.

Nos voitures ne perdent jamais le contrôle.
Vous avez raté un virage.
Tire-toi Rafe. Ils savent. Tire-toi.

Autant d’éléments qui semblent n’avoir aucun rapport entre eux. Autant d'éléments qu'ton cerveau semble pourtant déterminé à assembler. Comme si c’était une évidence. Comme si le lien était là, juste sous tes yeux. Mais l'voile de fumée qui étouffe ton esprit reste épais et confus, à l'image d'ce brouillard les matins d'hivers, qui met tant d'temps à s'lever. Malgré tout, tu continues. Car subsiste encore une fois cet instinct, cette force incontrôlable et inébranlable qui t'pousse à avancer toujours plus loin, dans cette purée dense et à l'apparence infranchissable. Tu avances, car ne peut s'arrêter d'clignoter au dessus d'ta tête, cette petite lumière qui t'empêche d'être totalement aveugle. Cette petite lumière qui au fond d'toi, t'persuades que l’accident n’est pas un hasard. Tout est lié.

Ça aurait dû être le signal au contraire, pour t'inciter à n'pas rester là. Peut être qu'ça valait mieux qu'tu retournes là-bas, au Mexique, en attentant la prochaine livraison. T'avais trouvé ça pas si mal, après tout. Mais fidèle à tes habitudes, t'abandonnais pas. T'avais jamais été du genre à lâcher l’affaire, et c’qu’on pouvait voir aujourd'hui montrait à quel point t’avais si peu changé. Sans Diego t’avait donné un nouvel os à ronger. Et comme la lionne, tu n'le lâcherais qu'une fois qu'la plus minuscule et dernière parcelle de viande qui s’y accrochait, soit digérée par ton estomac insatiable.

Sans prévenir, le vibreur de ton téléphone t'ramène à l’instant présent. Sur le message, une simple adresse, accompagné d’une heure. Deux jours avaient suffi à ton flair aiguisé pour t'faire quelques contacts ici et t'tenir au courant de la prochaine course. L’annonce de cette nouvelle suffit à raviver le feu qui t’anime et à dissiper l’brouillard quelques instants : le plaisir d’te défouler sur l’asphalte est toujours le plus fort. Et dans la clarté d’la nuit, tu t’précipites pour rejoindre cette faune déchaînée et assoiffée d’vitesse. Cette faune à laquelle t’appartiens et qui, n’importe où dans l'monde, représentera toujours c’qui s’rapproche le plus d’une famille pour toi.

Comme chaque soir de rodéo, tu mets d'côté tout le reste et t’contentes simplement de foncer. Tu n’ressens tout à coup plus l’besoin de trouver des réponses. Car  pendant ces quelques secondes où, lancée à pleine vitesse, tu n'fais plus qu'un avec ta caisse, tu n’te pose plus la moindre question : derrière un volant, t’as jamais oublié qui t'étais.

Inévitablement, les regards s'posent immédiatement sur toi au moment de faire ton entrée. On se retourne sur ton passage. Ou plutôt sur celui d'la Mustang que tu tiens entre les mains, puisque les vitres teintées empêchent encore de distinguer l’identité du pilote. Se trahit dans leurs yeux la curiosité, mêlée à un certain intérêt. Intérieurement, un minuscule sourire étire imperceptiblement tes lèvres : quelque soit l’endroit où tu ailles, ton arrivée produit inlassablement le même effet parmi ceux qui n'te connaissent pas encore. Et tu reconnais y prendre un certains plaisir. Ce plaisir d’avancer lentement entre l’ensemble de ces sportives à l’apparence ultra-soignée. Toutes plus différentes les unes que les autres et en même temps si semblables dans leurs originalité : couleurs flashy et détonantes, méconnaissables à force d’être trop tunné. De ton point d'vue, tu n’as jamais pu t’empêcher d'comparer l’utilisation excessive de ces artifices à la bimbo qui n'tient pas deux jours sans avoir recours au bistouri. La bimbo qui, dans sa quête d'la perfection la plus totale, finit par n'ressembler qu’à un vulgaire pot d'peinture à force de trop d'maquillage. Et ce, dans l’unique but de rentrer dans l'moule, d'coller à l’image illusoire et formatée d’une société devenue superficielle et matérialiste. Non, tu n’as jamais compris ces trucs de nanas, comme tu continueras à comprendre difficilement cet engouement pour le voyeurisme. L’extérieur t’importe peu. A l’apparence, tu préfères la puissance du caractère. Et c’est cette préférence qui alimente chez toi cette volonté inépuisable d'travailler exclusivement sur l’intérieur, sur tout c'qui constitue l’âme d’une voiture. C'qui constitue son cœur, ses muscles, et tous les organes indispensables et nécessaires pour la propulser en tête du troupeau.    

En même temps venant d'ta part, l'contraire aurait été étonnant. Toi, l’incarnation d’la femme dans son état l'plus brut, sans artifices ni fioritures. Celle qu'on admire et respecte pour sa force, sa fougue, et son caractère plus que déterminé. Et pas simplement pour son joli p'tit cul. Inutile de t’connaître. T’observer quelques secondes est amplement suffisant. Suffisant pour deviner qu'tu n’appartiens pas à c'genre de personne qui s'préoccupe des apparences. Qui cherche à fausser la donne pour plaire à un plus grand nombre. Non, c'genre de personne n'te ressemble pas et la louve sauvage qui t’habite continuera de défendre farouchement ces valeurs bien à toi. Ces valeurs qui t'préserve de cette uniformité. On t’apprécie pour c'que tu es. Ou on n't’apprécie pas. Qu’importe. Le regard des autres t’indiffère.

Alors en toute logique, qui d’autre que toi pouvait débarquer ici, dans c'modèle ayant préservé tout son caractère d’origine, drapé dans son costume noir d'sobriété, aussi mat qu’le cuir que tu portes sur le dos. Tu souris une seconde fois, tandis qu'la Shelby s'glisse entre une Skyline et une Supra, toutes aussi étincelantes l’une que l’autre. Tu souris, car avec toi, c'n’est pas l'design qu’on admire. C’est l'bruit qu’on écoute. Le ronronnement grave et puissant d'un moteur qui annonce directement la couleur. Impose immédiatement le style. Un V8. Parce que t'as toujours aimé c'qui est musclé.

Après quelques secondes, tu t'décides enfin à mettre fin au supplice des quelques curieux qui continue d'regarder dans ta direction. Ton visage se révèle enfin au grand jour.

Fidèle à toi-même, tu n'prête aucune attention aux réactions. Au choc que provoque ton entrée. A la surprise et à la confusion qui se lit sur plusieurs visages. Parce que tu connais ces réactions. Elles étaient semblables là-bas, de l’autre côté d'la frontière, et tu en as pris l’habitude. Alors sans t’poser d'questions, tu les mets directement sur l'compte de tes cheveux longs et d'tes courbes féminines, généralement si rare dans ce milieu, derrière un volant. Plus rare encore, derrière l'genre de bolide que tu t'trimballes. Sans aucune hésitation, tu les associes à ton apparence de femme. Sans même penser qu'ça puisse venir d’autre chose.

Fidèle à toi-même, tu fends la foules pour aller trouver la seule personne qui t’intéresses et lui tend avec cette assurance des longues années d'fréquentation d’un milieu qui n’a désormais plus aucun secret pour toi, la mise de départ sous forme d’une grosse liasse de billets. Sa réaction est immédiate. Il arque un sourcil et tu lèves les yeux au ciel, exaspérée en pensant qu’il ne t'croit pas capable de t'mesurer aux hommes. C'que tu ignores en revanche, c’est que c'n’est pas tant l'fait qu'tu sois une femme qui le surprend. Mais la femme. La femme particulière qu’il a connu par l'passé, cette femme qui s'était volatilisée et qu’il pensait n'plus revoir sur l'circuit. Cette femme qui ressurgit du passé sans crier gare, et s'comporte de la façon la plus naturelle possible. Comme si ça n'remontait qu’à hier, la dernière fois qu’elle avait fait irruption ici.

Alors, un éclat traverse ses yeux. « Circuit ouvert. Toi contre le meilleur de ce soir » sont ses seules paroles. La surprise peut s'voir un cour instant sur ton visage, car c'est comme si cet homme avait pu lire dans tes pensées. Les circuits ouverts ont toujours été ta préférence et les concurrents à la hauteur, ton choix premier. Sans même lui dire un mot, cet homme venait d't'offrir la course parfaite. La course idéale.

L'hésitation n'traverse même pas ton esprit et tu lui réponds d'un air entendu avant d'regagner ta caisse aussi sec.  

Puis vient l'moment tant attendu. Celui où, tu t'ranges sur la ligne de départ, vitre ouverte, afin d'permettre à ton mystérieux adversaire de t'voir un instant. Un court instant. Avant d'le saluer poliment, et d'disparaitre au loin, sans même lui laisser une chance.

Tu connais l'refrain.

" Vas-y à fond, ou rentre chez toi. "

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Terrence Lewis
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MessageSujet: Re: Go hard or go home + Terry Sam 2 Mai 2015 - 15:18

Il n’y a pas de meilleur endroit pour réfléchir qu’au volant. Et j’y avais fréquemment recours. Quand les parties du puzzle d’une de mes enquêtes n’arrivent à s’emboiter ou lorsqu’elles s’emboitent trop vite que l’on ne peut se réjouir de notre efficacité. De ces mêmes instants où ma fille me manque et où je ne peux la serrer dans mes bras pour lui dire combien son père l’aime. Et d’autres, comme celui de ce soir, où je n’arrive pas à me sortir de la tête le regard glacial et fanatique de ce malade mental qui a écopé de la prison à vie. Et s’il avait juré se faire tous les flics de la ville lorsqu’on s’est rendu compte de qui il était et qu’on l’a attrapé, je n’en étais pas plus inquiet. Quand tous les taulards sauraient le pourquoi il se trouve ici, je ne parierais pas cher de sa peau et ça serait, on ne peut plus mérité. Bien que l’envie furieuse m’avait pris de vouloir le finir moi-même et qu’il n’attendait que ça, c’était bien tout le destin que je lui souhaite. Bien que le procès ne lui ait laissé aucune porte de sortie, et qu’il ne sortirait pas de prison autrement qu’entre quatre planches, je n’arrêtais pas de voir son sourire machiavélique et la lueur de son regard qu’il braquait sur moi lorsque j’avais fini par comprendre qu’il s’était trouvé sous notre nez durant tout ce temps. C’était comme s’il avait attendu ce moment ... Et je lui avais donné entière satisfaction ...

Je savais bien que je perdais mon temps à chercher de la cohérence où il ne peut y en avoir, me pousser à penser semblable pour déjouer leurs plans ... A comprendre leur mode de fonctionnement pour ne surtout pas agir comme ils pourraient l’attendre... Mais il restera toujours ce petit quelque chose qui fera toute la différence et qu’ils ne sauront m’enlever. Mon humanité. Qu’importe ce qu’il pense, qu’importe de m’être trouvé là au centre de son théâtre d’atrocités. La seule chose qui compte est que justice soit faite. A présent, il me fallait enterrer cette enquête, et résidait là, la chose la plus difficile. Me dire que le maximum a été fait bien qu’il me pansera jamais le mal infligé, pas plus qu’il effacera la culpabilité d’années passées sans avoir rien vu. Parce qu’il en viendrait une autre à laquelle il me faudrait me consacrer tout entier. La seule chose dont j’avais besoin en cette heure tardive de la nuit n’était autre qu’un petit run pour m’aérer l’esprit. Après être passé récupérer ma Nissan GTR, bleue à présent, depuis ma petite escapade à la fourrière de la police avec Sakura, je pris la direction du centre-ville pour retrouver le point de ralliement. La course promettait d’être furieuse. Et j’étais ça dont j’avais besoin. De me concentrer uniquement sur la route et de ne penser à rien d’autre qu’à ce coup d’adrénaline qui s’infiltre dans chacune de mes veines et me fait décoller. Je ne voulais plus voir ce visage, plus voir le nombre incalculable de photographies que l’on avait retrouvé, plus sentir l’odeur de mort qui hantait cette baraque, qu’on avait encore rien vu qu’on le savait déjà. J’avais besoin de me détacher de tout ça. Pour retrouver ma sérénité.

Arrivé sur le lieu du rendez-vous, certains pilotes sont déjà là, fin prêts à se lancer. Une superbe Supra tient la ligne prête à en découdre. Je sors de ma Niss’ et me dirige vers l’organisateur de la course qui m’accueille bras ouverts comme si on se connaissait depuis toujours. Certes, il m’a vu à l’œuvre de nombreuses reprises, et sait bien ce que je vaux, quand bien même je n’étais qu’un gosse qui adorait voler quelques bagnoles pour aller courir. Et certainement ne me croirait-il pas si je lui disais qu’aujourd’hui, je suis flic, mais pas ce soir ... pour tous ici, je suis seulement Terry, et c’est très bien ainsi. Après lui avoir remis la mise et échangé çà et là sur les pilotes de ce soir, je regagne ma Niss’, attendant que tous les concurrents soient là. Certainement Sakura aurait-elle appréciée être de la partie cette nuit.
C’est alors que se fait entendre le bruit lourd d’un V8 qui foule le sol et vient s’arrêter entre la Supra et moi. Tous les regards sont braqués sur le nouveau venu, dont la Mustang de 67 ne laisse que peu indifférent. Un look tout en sobriété qui contraste sans mal avec la puissance de son moteur. La course promettait d’être particulièrement séduisante.

C’est alors qu’une femme sort du véhicule, rameutée par la foule qui l’acclame déjà. Veste en cuir, les cheveux plus noirs que le charbon, et cette attitude qu’elle trimballe avec elle qui en dit long sur qui elle est ... Rafe ... La seule chose que je sais d’elle. Mon cœur rate un battement mais je ne sors pas de la voiture, profitant de la noirceur des vitres pour dissimuler le trouble qui m’envahit.

Ressurgit à ma mémoire ce run qu’on a partagé, à jouer au chat et à la souris alors que je me trouvais du mauvais côté de la ligne ou était-ce elle qui se trouvait de ce côté-là ... Puis il y avait eu la fusillade en centre-ville, dont les conclusions avaient incriminé la mafia italienne, sans que l’on ne puisse rien prouver puisque la fille Nicolosi avait été enlevée pendant l’offensive. Un groupuscule indépendant qui en aurait voulu à sa famille avait prétexté Nicolosi senior. Du vrai, du faux dans tout ça ... Sauf qu’ils étaient bien trop organisés pour agir sans formation. Or, elle s’était trouvée là. Et je l’avais couverte ... sans connaitre la hauteur de ses actes ... Je lui avais évité la traque et les poursuites judiciaires. Mais depuis ce jour, plus de nouvelles d’elle alors que tout prétextait à ce qu’on se recroise. Elle m’avait sauvé la vie ce jour-là. Et j’ignore encore ce qui l’a poussé à agir de la sorte ... J’aurais pu la penser morte. Si elle bossait pour la mafia italienne, tel était l’avenir qui lui était réservé. Mais j’ignore pourquoi je ne pouvais m’empêcher d’espérer. C’était comme si je savais. Ça avait été ces derniers mots ... Je savais que je la reverrais.
Si sa meilleure option avait été de se faire oublier quelque temps et de fuir la Californie, il était évident que son retour sur le circuit ne pouvait annoncer qu’une tempête à l’horizon. Pourquoi revenait-elle ? Avait-elle une vengeance à accomplir ? Dans quel merdier s’était-elle fourrée cette fois ?

Certaines femmes croisent votre route et ne la quitte jamais vraiment ... Cette connexion qu’il y avait eu entre nous, cette indéfinition que je ne m’explique toujours pas et me fait culpabiliser à l’égard de Sakura ... Cette même femme pour qui j’aurais été prêt à retrouver le chemin de l’illégalité ... J’avais corrompu une enquête pour elle... et l’avais fait en mon âme et conscience. Une faute qui aurait pu me valoir ma plaque si l’affaire avait pris de l’ampleur. Mais on s’en était tiré ... et voilà qu’elle se repointe. Mon regard rivé sur elle ... Rafe restait fidèle à elle-même. Elle avait changé de bagnole mais en avait conservé une à son image. L’organisateur ne met pas plus de temps que moi pour la reconnaitre et engage un duel entre nous deux et la rue. Circuit ouvert. J’avais vraiment bien fait de venir. Rafe regagne sa caisse, et on vient s’aligner pour le départ. Vitres ouvertes, elle me lance un de ses regards, et je ne lis que du défi dans ses yeux. Comme si elle ne souhaitait pas me reconnaitre ... Une intention de sa part de remettre le compteur à zéro entre nous ? Qu’avait-il bien pu lui arriver durant ces longs mois d’absence ?

J’ai pas le temps de plus cogiter que le départ est donné et qu’elle fonce en tête. Ma seule possibilité qu’on puisse s’expliquer est que je termine devant elle. On s’élance alors à travers la circulation, évitant follement chacune des voitures qui nous barre la route tels deux damnés qui n’aurait plus rien à perdre, prêts à vivre cet instant à fond. On zigzague l’un l’autre, nous volant la tête à chaque coup de volant. Je retrouve la pilote effrénée que j’ai rencontré lors de cette course poursuite qui fonce sans regarder derrière elle, qui anticipe plus vite que les conducteurs qui n’ont à peine le temps de prendre conscience de notre présence que l’on est déjà loin. La course est endiablée, et la difficulté croissante alors qu’on arrive en direction d’un carrefour où les bagnoles sont arrêtées au feu rouge. Alors qu’on se tient parallèle l’un à l’autre, moi à sa droite, elle à ma gauche, je lui jette un regard qui traduit l’excitation que l’on ressent et passe entre deux voitures à l’arrêt, frottant les rétroviseurs, pour virer sec à gauche, barrant la route aux deux voitures qui progressaient perpendiculairement à moi et pillent par réflexe alors que je suis déjà passé, retrouvant le flot de la circulation adjacente pour venir me placer juste derrière elle. Je double la bagnole devant moi et viens me réaligner à elle, constatant les effluves de nos actions se ressentir sur chacun des conducteurs qui nous entourent et cherchent à comprendre ce qui se passe. On peut entendre klaxonner au loin. La pression monte d’un cran mais je la lâche pas. Ce run est le nôtre. Qu’importe comment il se termine ...

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Rafaela Alvarez
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MessageSujet: Re: Go hard or go home + Terry Jeu 2 Juil 2015 - 18:27

Ton pied vient provoquer nerveusement la pédale, tandis qu’ s’écoulent, plus lentes que jamais, ces quelques secondes d’attente avant l’départ. Cet instant fatidique où tu fais l’vide, pour n’penser désormais qu’à rien d’autre, à part foncer. Pendant une fraction d’secondes, tu t’demandes, en dehors du fait qu’il soit bon pilote, qui est cet homme, installé sur la ligne tout près d’toi. Ton mystérieux adversaire… T’as croisé un instant son regard sans vraiment t’en soucier, avant de reporter l'tien droit devant, sur cette étendue qui constituera très bientôt votre ring. Puis tes mains se sont fermement agrippées au volant, et d’une façon aussi brusque qu’inattendue, une sensation troublante de déjà vue s’est immiscée en toi. Comme si c’regard, tu l’avais déjà croisé, avant. Probablement dans un autre endroit. Dans un contexte tout aussi différent. Pourtant, il n’te disait rien. Mais l’moment était mal choisi pour s’laisser distraire, et d’un bref mouvement de tête, t’avais chassé ces prunelles bleues restées ancrées en toi, aussi loin qu’possible. L’instant d’après, tu n’y pensais plus.

Un rugissement grave, lourd, puissant. A l’instant où l’signal est donné, la lionne sauvage qui sommeille en toi s’éveille et s’élance, pleine de fougue et sans aucune pitié, au milieu d'la jungle urbaine. Bientôt suivi de près par c'que tu devines être un prédateur de la même envergure, et qui n’va rendre cette partie d’chasse que plus palpitante.

En quelques secondes à peine, les vitesses sont passées et l’aiguille du compteur est propulsé de l’autre côté du cadrant. Tes mains tenant fermement l'volant, tu t’engouffres dans cette forêt dense de conducteurs surpris par votre assaut, tu fonces à travers la circulation en évitant chaque obstacle avec une agilité déconcertante. Toutes tes interrogations s’envolent. Ton esprit n'pense plus à rien, si c'n’est anticiper plus vite qu’eux, la réaction des automobilistes surpris par votre rodéo sauvage, et filer comme le vent à travers les rues d'San Diego. Et comme tout l'reste, comme toutes ces questions qui en temps normal te hantent et n’te laisse aucun répit, le mystérieux regard bleu n’est plus qu’un détail lointain, laissé dans un coin d’ta tête. Car la seule chose qui t'importe désormais en cet instant, est d'être devant, et d'y rester jusqu’au bout.

Le sang pulse dans des veines à un rythme effréné tandis qu’l’adrénaline prend peu à peu possession d’toi. Alors non, en cet instant, t'as plus besoin d'savoir qui t'es. L’instinct a de nouveau pris l'dessus, et comme toujours pendant un run, tu t'sens plus toi même que jamais, et retrouves celle qu'tu devines toujours avoir été : une nana libre et qui fonce sans que personne n'puisse l'arrêter.

Quelques centaines de mètres s'écoulent ainsi, avant d'le voir réapparaitre enfin à ta hauteur. Et à l'instant où vous filez côte à côte sur l'avenue, tu lui jettes ce p'tit sourire en coin, ce p'tit sourire d'amusement où s'mêle quand même une pointe de défi. Un de ceux qui veulent dire « je t'attendais », parce que fidèle à toi même, tu aimes aussi jouer avec l'adversaire.

Il parvient à t'passer devant, tu parviens à reprendre la tête. Et vous vous cherchez ainsi pendant plusieurs minutes, à jouer au chat et à la souris, à livrer un duel où personne n'lâchera, jusqu'à la fin, jusqu'à savoir qui d'vous deux aura raison d'l'autre. Un run aussi impitoyable qu’endiablé, à ton image, probablement à la sienne. Le genre d’affrontement où rien n’est gagné d’avance, où tu dois tout donner, jusqu’au bout, pour espérer remporter la course. Le genre que tu n’as pas eu depuis longtemps. Ce type n’a pas encore gagné, et n'gagnera surement pas - t'avais une réputation après tout, et ta fierté - mais il avait au moins déjà remporté une chose : ton attention, et peut être même ton respect.

Même si t'en avais pas vraiment conscience en cet instant, quelque chose en toi t'disait qu'il s'agissait pas qu'd'un simple rodéo, un parmi tant d'autre. Non, ce run, il avait quelque chose d'spécial. Comme s'il n'y avait pas qu'la course, mais qu'l'affrontement auquel vous étiez en train d'vous livrer, cachait autre chose. T'en avais pas vraiment conscience, mais c'que tu savais en revanche, c'est qu'il aimait jouer, tout autant qu'toi. Et ô combien t'aimais ça...

Arrive alors un carrefour où les voitures attendent patiemment qu'le feu passe au vert. Un demi-sourire taquin aux lèvres et un bref regard en direction du blond. Nul besoin de parole en cet instant pour deviner quelle sera l'intention d'l'autre : c'est comme si vous étiez connecté, et c'est sans surprise, qu'il t'suit d'près quand tu passes de justesse entre deux caisses arrêtées. Forçant celles qui arrivent en face à piler, pour virer sur la gauche et continuer à foncer. Vous épousez la même courbe, et portée par l'excitation et l'adrénaline, tu lâches un léger cris d'admiration avant d'te concentrer à nouveau sur la route.

C'type est un grand malade, et pour la première fois depuis longtemps, t'as enfin un adversaire à ta taille. Loin de craindre la défaite, tu prends ton pied dans votre affrontement et la victoire n'en sera que plus gratifiante.

C’est comme si tu retrouvais un peu d'toi, chez lui. Ce p'tit grain d'folie, qu’on retrouve certes chez la plupart des runners, mais pas avec autant d’intensité. T'avais l'impression d'voir en lui la même fougue que celle qui t'animait et qui vous plaçait ainsi parmi les meilleurs.

Sans surprise, tu l'retrouves à nouveau à ta hauteur, quelques mètres plus loin. Il ne t'lâche pas. Ça  tombe bien, parce que toi non plus, tu vas pas l'lâcher. Et tandis que vous continuez d’évoluer l’un à côté d'l’autre, ton regard croise à nouveau l'sien, et tu peux y lire toute l’excitation du moment que vous partagez. Ce moment, qui est l'votre. Ce moment, qu't'avais souvent espéré, mais jamais pu concrétiser. Cet espoir, qu'derrière l'uniforme, s'cachait une âme de pilote. Et qu'un jour, ta route croiserait à nouveau la sienne, mais dans un autre contexte. Et le voilà qui refaisait surface dans ta vie, même si tu n'avais pas souvenir qu'il y soit déjà apparu un jour. Quoi qu'il en soit, c'moment, tu l'vivais à fond, et rien n'pourrait le gâcher.

Nouveau croisement au loin. Et tandis que vous foncez côte à côte à la vitesse de la lumière, tu choisis le dernier instant, pour lui faire une queue de poisson et prendre l’avenue d'droite - le forçant par la même occasion à ralentir. Un nouveau sourire étire tes lèvres, ravie de ton p'tit effet d'surprise. Imprévisible, comme toujours. L’arrière de la Mustang chasse légèrement, mais tu maintiens l'contrôle et met le plus de distance possible entre lui et toi.

L’avenue est désormais déserte, et au bout, tu peux déjà voir la ligne d’arrivée où s'entassent des dizaines de groupies. Quelques centaines de mètres à peine. La dernière ligne droite. La pression monte encore d'un cran. Un coup d’œil dans ton rétroviseur t’indique qu’il a réduit la distance, il est à quelques mètres à peine derrière, mais c’est déjà trop. A ce stade de la course, il est trop tard et tu t'dis qu'la victoire est pour toi. C’est l'moment d'tout donner et d'lâcher les gaz. « Bye Bye, gueule d'ange» tu t'murmures à toi même. Et sans attendre plus longtemps, tu soulèves un p'tit cache sur ton tableau d'bord, et enfonce le p'tit bouton censé libérer l'Nos.

La Mustang est aussitôt propulsée en avant, et toi, plaquée au siège par la vitesse. La distance qui vous sépare s’agrandit toujours plus, et tu souris en voyant la ligne d'arrivée. Là, à quelques mètres à peine, devant toi...

Juste devant toi...

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Terrence Lewis
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MessageSujet: Re: Go hard or go home + Terry Mer 29 Juil 2015 - 15:26

Je sais que cette adrénaline que je ressens et qui pulse dans mes veines, elle le ressent aussi. Et il n’y a pas de plus belle connexion que celle qui nous anime en cet instant. Je ne suis plus flic, et elle n’est plus suspect recherché. On est seulement deux pilotes qui s’affrontent pour le plaisir, pour s’enivrer de vitesse et d’occasions rares. Pour vivre l’instant à fond et ne penser à rien d’autre. Pour connaître ce frisson, lorsqu’on risque nos vies, ne portant intérêt qu’à la course. Seule la course compte, et la finir en tête. Et croiser une pilote comme elle n’arrive pas à tous les rodéos auxquels on participe, non. Il ne s’agit pas juste de se ramener pour faire d’une course une course d’exception. Il faut des pilotes d’exception. Des pilotes qui en veulent autant que toi et sont prêts à tout. Qui apprécient la difficulté et le danger qu’elle dissimule. Qui ne se limitent pas qu’à faire péter le compteur mais à épouser la route toute entière, tel un prolongement de notre corps dont on peut encaisser la moindre rugosité, le moindre défaut et en ressentir les vibrations. Au point même qui nous fait croire qu’en cette nuit, elle nous appartient. Elle est faite pour nous.

A chaque fois que l’on se retrouve alignés, ces regards que l’on échange, avec toute la férocité et l’excitation qu’invoque l’instant qui nous lie, je ne peux ignorer la beauté des traits de son visage, et son sourire qui l’illumine. Une femme comme l’on en voit peu. Il m’était impossible de chasser une telle pensée de ma tête. Quand bien même elle avait disparu de la circulation, je n’étais pas arrivé à voir clair dans tout ça. M’en tenir aux faits ne m’était d’aucun secours. Mais la seule chose dont j’étais sûr est que ce run était le nôtre et que personne ne pourrait nous le voler. Peut-être avais-je attendu cet instant, longtemps ... trop longtemps. Quoi qu’il en soit, on se démenait comme des fous et donnait le meilleur de nous-même. Je le percevais dans son regard. C’était comme si on avait balayé tout le reste l’instant d’une course. On en devenait imprenable. Le temps semblait s’être suspendu. Et on filait à la vitesse de l’éclair, prendre cette victoire.
On venait de dépasser l’intersection, qu’on fonçait déjà vers l’avant sans nous retourner. Rien ne pouvait nous arrêter. Animés par une folle diablerie qui empêcherait toute conscience et pourtant, nous évaluons le moindre risque, paramétrons le moindre mètre. Telle une danse synchronisée et chorégraphiée avec une telle perfection qu’il embellit toute l’illégalité de son contexte. On la vivait tel des passionnés. Aux mêmes pensées immédiates, au même but.

Se profile à l’horizon le dernier virage avant la ligne d’arrivée. Mais on se lâche pas du regard jusqu’au dernier instant. Lancés à fond, sûrs de nous et de nos bagnoles. Le croisement se rapproche à grande vitesse. Tout se joue en un quart de secondes. Et à la dernière seconde, Rafe oblique et me coupe la route pour le négocier la première, m’obligeant à piler. Je rétrograde et fonce à sa suite, dans un crissement de pneus que ma Nissan effectue sans la moindre difficulté. Néanmoins, un laps de temps suffisant pour qu’elle prenne la tête et qu’elle fonce droit devant elle, où nous attend déjà la foule en délire.
A la vitesse à laquelle elle trace, je ne doute plus qu’elle a fait usage du Nos pour prendre l’avantage. Je pousse ma GT-R au max et déclenche ma poussée d’azote, me projetant contre mon siège, me faisant serrer mes mains autour du volant. Il ne m’est plus possible de distinguer ce qui se joue autour de moi, mais concentre mon regard sur le pare-brise. L’instant fugace, je ne pense plus qu’à elle et à cette course, alors que je comble les mètres qu’elle a mis entre nous deux. Tout comme elle l’a fait dans le passé en y mettant des mois. Comme si elle sentait ça aussi .... Qu’il soit préférable que jamais nos routes se recroisent, le destin semble d’un avis différent, se faisant un plaisir malsain à nous mettre toujours l’un en face de l’autre, l’un contre l’autre. Qu’importe la voie que l’on emprunte, elle se retrouve toujours devant moi et je suis toujours sur ses talons, à tempérer, frénétique, pour la rejoindre. Etions-nous faits pour nous courir après ? Elle se matérialisait tel un but que je poursuis sans trop savoir pourquoi je le fais, ni même si mes intentions sont des plus saines et des plus justifiées. Parce qu’en cette soirée, je ne le fais pas pour la police, je ne le fais que pour moi. Alors que tout pousse à laisser tomber, à me détourner de cette piste, je lui cours après et ne lâche rien, m’accrochant ferme. À elle. Ce que j’attends au juste ? Je ne le sais pas moi-même. Ce que j’espère ... Je préfère laisser loin de moi cette réflexion. Ce que j’y trouverais ... On aime se dire qu’on ne le sait avant de le voir véritablement.

À présent alignés l’un à l’autre, on échange un dernier regard, ultime, celui qui déterminera tout le reste. Et à une centaine de mètres de l’arrivée, je lève le pied avant la ligne, Rafe la franchit, triomphante. Tel je lui laisse une longueur d’avance. Parce qu’il en est toujours ainsi entre nous. S’appliquer à suivre un code dont on ne possède plus les règles, ni elle ni moi. Mais se refuser, irrémédiablement, à les enfreindre. Dans un dérapage contrôlé, enflammant la foule surexcitée, on stoppe nos caisses, haletantes. On ne put à peine ouvrir nos portières que le monde se précipitait déjà sur nous. Un run d’exception. C’était la seule chose qu’il y avait à retenir. La seule chose. A travers tout ce brouillard de corps, de cris, d’enthousiasme et d’ivresse, je cherchais son regard parce qu’il était le seul qui m’importait en cet instant. Le seul dont j’avais besoin. Le seul à me donner confirmation.


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MessageSujet: Re: Go hard or go home + Terry Jeu 30 Juil 2015 - 8:54

C’est l’genre de détail dont personne n’prêtait attention. C’est l’genre de détail qui aurait pu passer d’façon totalement inaperçue, s’il n’était pas entré dans la ligne de mire de ton œil aguerri.

A cet instant de la course, la plupart des runners n’auraient même plus jeté un regard en arrière, trop absorbé par la ligne qui s’offrait à eux droit devant. A cet instant de la course, ils auraient déjà crié victoire, sans se soucier du laissé pour compte, qui s’trainait derrière leur pare-choc arrière. Mais parce que c'run était l’exception qui avait su réunir deux leaders d’exception, parce que vous courriez lui comme toi, pas seulement pour l'but, la finalité à atteindre, mais aussi pour tout l’plaisir et la violence du combat qu’il fallait livrer pour y arriver, parce qu’avec deux être aussi imprévisibles que vous, rien n’était joué, tout pouvait changer tant que c’n’était pas terminé, il fallait continuer d’surveiller l’adversaire, anticiper chacun d'ses gestes, jusqu'au bout du bout. Et c’est c’que t’avais fait.

T’as franchi la barre des deux cents derniers mètres. T’as jeté un œil au rétro. Il s’est retrouvé brusquement beaucoup plus prêt, te faisant aisément deviner, qu’il avait à son tour dopé son bolide à l’azote. Tout allait se jouer là, dans les mètres restant. Tout allait s’jouer là, en un dixième de seconde, avant qu’l’un des deux n’rende enfin son dernier soupir. T’as franchi la barre des cents mètres. T’as jeté un œil au rétro. Et brusquement, il avait reculé.

Ton cœur rate un battement à l’instant où ce spectacle s’offre à toi, t’laissant dans la même position que celui qui aurait raté une marche : sur l’cul. Cette scène n’est en rien cohérente avec le reste de la bataille qu’il a pu livrer, et sans l’ombre d’un doute, ne s’impose qu’une seule conclusion possible à tes yeux : le visage d’ange a ralenti avant l’heure, faussant outrageusement ta victoire.

Et comme l’impact de cette balle qui a jadis frappé ton bras, pour l’empêcher de passer à travers son corps, cette ultime constatation t’assommes, t’assassines et te mets à terre. Un simple runner assoiffé de victoire et d’argent ne s’en serait peut être pas formalisé. Pour une pilote effréné de ton envergure, où le but ultime était aussi important qu’le chemin parcouru pour y arriver, cet état d’fait représentait l’affront ultime à pas faire. L’insulte de la pire espèce, qui pouvait exister dans l’univers de la course. Le blond ne venait pas de te faire un cadeau. Il t’avait trahi. Humilié.

Par ce simple geste, il venait d’ruiner toute la beauté du moment qu’vous veniez d’partager. Il venait brusquement d’éteindre cette flamme qu’il avait su pourtant allumé, quand votre danse embrasait l’asphalte, il y a encore quelques minutes à peine. Le respect qu’il avait su acquérir ? TON RESPECT ? Envolé. Parti en fumé, avec le seau d’eau glacée qu’il venait de t’balancer, en pleine figure.

Pour autant, tu n’as pas l’occasion de sentir l’arrière goût amer, que cette victoire faussée a laissé au fond de ta bouche. Encore trop dans l’instant. Encore trop sous cet effet euphorisant et puissant, que provoque l’adrénaline. Et la foule qui se jette sur toi au moment même où tu surgis d’l’habitacle protecteur d’ta Mustang, ne t’en laisse pas non plus l’occasion. Tu n’peux rien faire d’autre que t’laisser porter par cette vague humaine, ce courant de folie qui t’entoure, comme un naufragé au milieu de la mer. Sans destination précise. Le sourire malgré tout rayonnant, puisqu’il n’y a qu’toi que cette subtile manœuvre ne semble avoir désolé. Tu frappes les mains qu’on te tend, remercie ceux qui te félicitent, tout en gardant cette distance humble et farouche qui te colle à la peau.

Surgit alors cet homme, qui te prend brusquement dans ses bras, sans toutefois se montrer bien violent. Celui là même, qui t’as poussé à courir contre le blond, quelques minutes avant. Ses mains cognent ton dos de manière un peu brutale, mais à sa manière, bienveillante. Et il te souffle cette phrase, qui te laisse un instant dépourvu. « Comme au bon vieux temps beauté, ça fait plaisir de t’voir à nouveau parmi nous ». Un sourire timide est la seule réponse que tu as l’temps d’apporter, avant d’le voir s’écarter pour laisser la place à d’autre. Mais ses mots ont cependant réussi à t’frapper, comme le vent se lève pour agiter la houle et faire tanguer dangereusement ton radeau de fortune. Et comme lui, comme c’naufragé en perdition au milieu de nulle part, tu t’mets tout à coup à prier, pour ne pas faire naufrage. Qui était-il ? Pourquoi tous ces gens semblaient-ils te connaitre ? Comment tout cela était-il possible, quand, comment, pourquoi ?

Comme la foudre, s’est abattu une nouvelle fois sur toi, cet instant de lucidité. Le même qui t’avais quelques mois plus tôt, empêché d’prendre le départ, à même la ligne. Cette image floue d’une autre course, dans une autre ville. Cette ville. Et alors tout prenais sens. Cette sensation familière de déjà vue. Ces sensations troublantes, qu’les murs de San Diego t’évoquaient. Sans pour autant t’apporter plus de réponses. Continuant de t’laisser, comme ce naufragé, à la dérive.

Trop brutal. Trop soudain. Trop imprévu. Le tumulte ambiant t’avalait dans ses flots, t’empêchant d’pouvoir correctement respirer. De l’air. Il te fallait de l’air. T’avais besoin d’air. Alors d’un simple mouvement, tu t’es écarté de cette foule qui n’voulait plus te lâcher. Pour respirer. Pour faire lentement redescendre l’adrénaline qui t’animait. Et prendre conscience de tout ce qui était en train d’arriver.

Alors comme ce banc d’sable sorti tout droit des eaux, a surgi son regard. Et tu t’y es ancrée, sans plus pouvoir le lâcher. Comme un cap à suivre, comme le naufragé se précipitant, au fruit de ses dernières forces, vers ce bout de terre, qui sera son salut. Combien de temps les profondeurs insondables de ton regard, se sont noyées dans l’océan du sien ? Combien de temps t’es-tu perdu à le contempler comme lui le faisait ? Quelques dixièmes de secondes ? Des secondes entières ? Tu n’aurais su l’dire, tant l’temps semblait s’être arrêté.

Et puis tout à coup, parce que l’excitation retombait pour laisser place au calme, est revenu vers toi cet affront, dont il était l’unique coupable. Cet affront qui avait marqué ton égo, comme la trace que laisse la gifle d’une main sur une pauvre joue.

Dans un autre contexte, t’aurais probablement foncé avec cet air menaçant qui l’aurait fait reculer. Dans un autre contexte, t’aurais montré les crocs, avant d’le percuter de tes mots. Tu lui en voulais. Oh ça oui, tu lui en voulais… Pourtant ta réaction n’reflétait en rien la colère qu’il avait provoquée. Pourquoi ? Comment…

Un trop plein d’sensations ? Il fallait dire qu’vous aviez servi c’qu’il faut à l’autre pour qu’il ait son compte, sur ce plateau en bitume. Un manque de force ? Qu’avait peut être usé ce si long voyage d’errance… Les deux à la fois, peu être... Ou simplement cet instinct qui guidait tes pas depuis une année entière, et à défaut d’le savoir, depuis toute une vie. Cet instinct qui, sans l’savoir, te demandait à l’instant d’ne pas frapper l’homme, que t’avais autrefois sauvé.

Qu’importe…

Tu t’es contenté de fendre la foule qui vous séparait, et de réduire enfin cette distance, que jusque là vous vous étiez imposés. Et tu lui as lancé ce regard, aussi fier et farouche qu’il pouvait être accusateur. Suffisamment dur pour qu’il comprenne ce qu’il signifiait. Mais à voir la façon dont vos deux esprits pouvaient être connectés, tu n’avais pas d’inquiétude à ce qu’il le comprenne.

Ensuite… Tu as posé les yeux sur son précieux bijou à quatre roues, appréciant longuement tout l’travail qu’il avait fait dessus. Ton doigt a effleuré le métal encore chaud de l’avant du capot. Puis tout à coup, là, au milieu de c’silence lourd de sens que tu lui avais imposé, fait subir, tes yeux se sont à nouveau levé vers les siens pour lui demander simplement « Pourquoi ? ». Un rire aussi agacé qu’amusé. Curieux, fâché, intrigué. « De quel droit ?! Comment t’as pu faire ça ?! Sérieusement… n’me dit pas que t’es ce genre d’homme trop poli qui laisse toujours une femme l'précéder... ?! » Au point de lui laisser la victoire ? Sur une course comme celle là ? Non, ça n’avait aucun sens. Pas après tout c’qu’il avait montré là bas, quand vous étiez encore seulement tout les deux, à partager ce run aussi loyale que furieux. « J’arrive pas à le croire… Mais qu’est ce qui t’as pris bon sang !? Qu’est ce qui t’es passé par la tête !? ». Le ton a finit par légèrement monter, indéniablement. Et le feu qui s’était un instant dissipé dans tes veines, recommençait à envahir ton être de sa douce chaleur. T’as froncé les sourcils, en le foudroyant du regard. Dansé sur tes deux pieds, nerveuse et impatiente. Attendant sa réponse. Son explication.

Et Dieu seul sait à quel point, elle avait intérêt d’être valable…

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MessageSujet: Re: Go hard or go home + Terry Mer 26 Aoû 2015 - 21:50

Pris dans la ruée, on me pouvait qu’apprécier l’instant qui se présentait à nous et nous glorifiait tel des dieux. La foule, hystérique, se jetait sur nous, aussi intensive qu’on l’était, ayant vécu ce run autant que nous. Mais nous seuls savions précisément ce qu’il avait rendu, de quoi il était fait, et ce qu’il représentait. Personne ici, ne semblait avoir saisi ma manœuvre cruelle emplie de traitrise, à la bassesse d’aucun coureur présent en ces lieux. Mais je savais pertinemment qu’elle avait saisi mon acte. Loin de moi l’envie de lui gâcher son plaisir, de ruiner sa victoire et de marcher sur son respect, piétinant d’arrogance et de suffisance. Ça n’avait rien à voir avec sa façon de conduire, ma façon de conduire, nos deux bolides, ou encore un excès de galanterie. Et je ne m’attendais pas à ce qu’elle comprenne. A moins qu’elle puisse percevoir les choses à ma façon. Selon le code qui s’est établi entre nous. Mais en cette soirée, elle semblait vouloir faire table rase du passé. Mais le pouvions-nous véritablement ? Oublier tout le reste et par où il nous a conduit ? Gommer l’intarissable opposition qui nous anime de convictions bien trop opposées et qui pourtant, nous attire l’un à l’autre aussi viruleusement que deux aimants qui, quoi qu’il se passe, finisse toujours par se retrouver. Deux aimants irrémédiablement antagonistes tout en étant inexorablement magnétisés.
Devions-nous faire fi des conséquences et n’agir que comme les pilotes que nous sommes en cette soirée ? Je ne suis pas sûr de le pouvoir. Elle avait disparu pendant des mois, me prouvant la fin de son innocence, à laquelle, je m’étais pris à croire durant un temps. Certainement, pour ne pas alourdir ma conscience qui déjà, me mettait en garde d’emprunter cette route-là avec elle. Et la voilà de retour, prête à fendre la vie à tout carrefour, fidèle à la casse-cou qu’elle a toujours été.

La différence en cette nuit était que nous avions un public. Un public attentif et demandeur de cette rivalité qui nous incombe. Et au centre de tout cela, il y avait ce que je savais d’elle et ce qu’elle savait de moi. Lourdes encres à la potentialité de faire chavirer le navire sur lequel on se trouve tous les deux. Nous seuls détenions les clefs de notre enfermement. Devais-je les lui céder, devait-elle me les rendre ? Pour rendre le jeu plus équitable ... pour abaisser l’épée que nous nous sommes volontairement dressés sur la tête l’un de l’autre. En un geste pragmatique de survie. Et à présent, incapables de lâcher, nous nous retrouvions à nous affronter, une fois de plus, sur le bitume, pour nous prouver mutuellement ce que l’autre a dans le ventre, jusqu’où il est prêt à aller. Et pour cela, nous étions d’un talent incommensurable. Aussi fou l’un que l’autre. A ne renoncer devant rien ni personne, prêts à tout engager quitte à tout perdre. Bien que j’espérais vainement que mes limites s’auraient m’arrêter à temps. Je n’arrivais à comprendre ce qui m’animait tant lorsque je me trouvais près d’elle, et ce qui me motivait tant à persévérer de la sorte. Il n’y avait là, rien de rationnel. Est-ce parce qu’elle détenait les armes pour me faire tomber ou en était-il plus que ça ? Avais-je eu seulement, une seule fois, l’intention de l’arrêter ? Ou même l’envie ?
Elle s’était profilée pour moi telle la pilote que j’attendais, en mesure de m’égaler. Et les choses avaient basculé. De ce statut presque insubmersible, elle s’est transformée en un suspect à mettre hors état de nuire. Et j’en avais été incapable. Incapable de faire mon job, submergé par une impression étrange, diffuse, incontrôlable. Est-ce que tout cela est dû à mon besoin de croire en la seconde chance ? A croire que ces mois d’absence lui ont permis de prendre conscience de ses mauvais choix et d’aujourd’hui, chercher à rectifier le tir ? J’aimais le penser.

Mon regard croisait le sien pour ne plus le lâcher, et je n’avais plus que cette idée en tête. Nous étions partis du mauvais pied et le sort s’est acharné. Qu’en est-il aujourd’hui? La foule a beau faire son possible pour se montrer aussi vivante que jamais, je ne vois qu’elle. Son regard est fixe et je peux ressentir toute la hargne qui la possède alors qu’elle se rapproche de moi. Mais il n’y a pas de regret dans son regard face à nos actions passées. Seulement ce sentiment de défi que je viens de bafouer qu’elle ne saurait comprendre. Je comprends sa colère, si nos rôles avaient été inversés, je serais empli du même ressentiment. Elle pénètre sur mon territoire, et décroche de mon regard pour venir caresser le capot encore chaud de ma GT-R. La foule nous encercle mais je ne perçois plus aucun bruit, comme si chacun d’entre eux retenait son souffle, alors que je sais ma concentration sur elle à son paroxysme, et tout ce qui m’entoure comme envolé. Elle se rapproche encore et je me dis qu’une telle proximité entre nous provoque toujours des ravages, bien que la mer semble calme, et la houle qu’elle déverse sauvageonne. Retrouvant son regard, les paroles qu’elle me lance sont légitimes, et à mesure qu’elle cherche à déceler la vérité, ses mots se teintent de rage, inévitablement. Je la regarde sans faillir, ne parvenant à blâmer mon acte qu’avec tout autre je n’aurais jamais commis.

« Non Rafe … c’est l’occasion de remettre le compteur à zéro entre nous », lui dis-je simplement, pensant vraiment qu’elle puisse prendre un nouveau départ en cette ville. Quelle autre raison aurait-il bien pu la pousser à revenir à San Diego sinon … Elle avait réussi à sauver sa peau, et rien que ça valait la peine de pas se frotter aux emmerdes à nouveau. « C’est comme ça qu’on roule, c’est toi qui est devant maintenant », ajoutais-je, conscient que seuls elle et moi pouvions en comprendre la portée. Personne d’autre ici présent ne saurait en mesure de saisir le message que l’on se passe, et qui ne concerne que nous. Mon regard ne quittait pas le sien et j’espérais qu’elle comprendrait qu’enfin j’étais prêt à lâcher la bride si elle le souhaitait. Mais ce ne pourrait être sans condition …

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MessageSujet: Re: Go hard or go home + Terry Dim 20 Sep 2015 - 18:48

Tu n’savais pas c’qui te troublait le plus. Si c’était l’fait de l’entendre là devant toi, prononcer brusquement ton nom à voix haute, ou le reste. A vrai dire, tu n’savais même pas si tu devais t’sentir troublée, en colère, ou simplement forcée d’en rire. Comme c’radeau fragile sur lequel tu t’étais embarquée, tu tanguais dangereusement dans les flots tumultueux de cette ville, et le blond n’en était qu’une vague supplémentaire. Tes émotions n’avaient d’cesse de passer d’un état à un autre face à lui, et t’en bouillais d’l’intérieur. Parce qu’il venait d’réussir à clouer ta langue trop bien pendue. Parce que son attitude étrangement calme était la douche froide qui s’oppose à ton tempérament incendiaire. Parce qu’il était l’premier à t’appeler ainsi, confirmant officiellement quelque part, ce dont t’étais certaine depuis quelques temps. Parce que, par conséquent, t’avais envie d’lui poser un milliard de questions, et en même temps n’y parvenait pas. Parce que quelque chose n’collait pas entre c’qu’il te disait, et c’que vous aviez pu vivre, quelques minutes avant. Parce que le ton n’y était pas, et que lorsque tu croisais son regard, tu n’pouvais parvenir à y lire les reproches dont il te faisait pourtant part à voix haute. Parce que tu n’pouvais t’empêcher d’entendre derrière ses paroles, la mélodie du double sens. Parce que ça t’énervais de n’pas pouvoir comprendre lequel.

Parce que tu t’sentais tout à coup vulnérable, et qu’tu voulais en aucun cas qu’il le voit. « Vraiment ?! C’est ça ta façon d’remettre les compteurs à zéro ?! ». Le regard n’était plus accusateur, seulement fuyant. Le ton n’était pas vraiment agressif, simplement relevé d’une pointe d’amertume, agrémenté d’un voile de déception. Parce que c’était comme planter un couteau dans le dos d’une personne, et lui demander juste après d’être son ami. Autant dire qu’la suite pouvait être relativement incertaine. « Non, surement pas. C’est pas comme ça que, moi, je roule. Et après c’que j’ai vu là-bas, je pensais qu’toi non plus, t’étais pas ce genre de pilote. ». Non, il ne l’était pas. Mais tu n’avais pas non plus toutes les cartes en main pour le comprendre. Il te manquait encore bien trop d’éléments. Tu n’avais rien pour te justifier, comme tu n’savais même pas ce que t’étais censée justifier. Par conséquent, que pouvais-tu répondre à part ça ?  

Alors fidèle à toi-même, t’as continué d’laisser parler la fierté. T’as levé à nouveau ces yeux vers lui. Ces yeux où brillaient cette lueur sauvagement farouche, douloureusement lancinante, mais qu’tu t’obstinais à vouloir impétueux et impénétrables. « Tu sais quoi ? Si j’suis devant c’est qu’une partie de toi n’peux pas totalement s’résoudre à me rattraper… ». Parce que, comme l’naufragé face à l’orage, l’affrontement restait la seule issue pour survivre. Parce que tu n’pouvais pas baisser les bras et te laisser engloutir. Parce qu’il était le nuage noir à l’horizon, celui qui approchait, prêt à briser ton radeau de fortune. Sombre mais magnifique. Fascinant mais dangereux. Evident. Mais inévitable… « Même si j’ignore pourquoi… ». Parce qu’après tout ce temps, il fallait qu'ce soit lui, l'premier qui croisait à nouveau ton chemin. Une coïncidence ? Peut être… Ou peut être, qu'au-delà d’une certaine limite, c'n’était plus le hasard qui nous tenait dans ses mains, mais simplement l'destin, qui devenait inéluctable.

Inéluctable, comme l’était cette pique que tu venais de lancer. Cette pique qui, sans qu’t’en ais pleinement conscience, était aiguisée de justesse et de perspicacité. Un mauvais tour de ton capricieux inconscient ? Un caprice des mauvais tours de ton naturel impulsif ? Car à l’instant où les mots sont sortis de ta bouche, t’as senti qu't’avais vu juste.  Et c’était probablement le plus frustrant dans tout ça. N’pas avoir le contrôle. Avoir des certitudes sans pouvoir totalement les prouver. Connaitre les conséquences sans se rappeler des causes. Se sentir chez soit et avoir l’impression d’être une étrangère. Vouloir être libre et s’sentir piégée dans son propre corps. Vouloir jouer la forte et voir que tout ça nous rend vulnérable…

Comme un tourbillon emportant tout sur son passage, une pensée en balayait une autre, une émotion en entrainait une autre, et tu sentais qu’ça montait. Ça montait sans qu’tu puisses le refouler. Ça montait même si t’avais beau lutter. Et tu voulais qu’ça s’arrête. Tu voulais qu’on arrête d’vous regarder, tu voulais qu'on arrête d'hurler ton nom, tu voulais qu'on t'laisse respirer, tu voulais ravaler c’flot sur le point d'te submerger. Tu voulais qu'il arrête de t'accuser alors que toi, t'en connaissais pas les raisons.   « Et puis merde… » T’as levé les yeux au ciel un instant, pris une longue inspiration...

Mais les mots restaient bloqués dans ta bouche. Par où commencer, quoi lui dire, comment lui dire. Est-ce que ça aurait fait une différence, de toute façon ? Est-ce que ça aurait permis d’excuser tes actes passés, d’effacer ces vieilles salissures de ta nouvelle page ?

T’as regardé  ailleurs quelques secondes, avec ce sourire amer et lourd de regret, en réalisant tout à coup, qu'il s’était donné beaucoup d'mal pour rien, au final. T’as mordu ta lèvre, en sachant pertinemment qu't'allais regretter c'qui allait suivre . Mais ta voix a quand même fini par briser le silence. « … Je n’sais pas c’que j’ai pu faire avec toi qu’il faille effacer, mais ton petit manège était vraiment pas utile. C’est marrant, « on » était dans l’même cas que toi, et « on » s’est déjà chargé d’me donner une nouvelle copie blanche… « On » a une longueur d’avance sur toi beau gosse. ». Marrant ? non, ça n'l’était pas. C'était triste, douloureux, insupportable, de perdre la chose la plus importante qu'on avait. Nous même. Et par répercutions, tout c'qui gravitait autour. Le reste, les autres... C'était triste, douloureux, insupportable, mais tu n'étais pas non plus l'genre de nana qui expose au grand jour ses souffrances. Alors t’as tourné la tête et tes yeux sont revenus à la rencontre des siens.  « Mais j’sais une chose… C’est que j’m’en prends pas à quelqu’un si j’ai pas une bonne raison de le faire... ». Un paradoxe. Car malgré tout, une partie d'toi n'pouvait s'empêcher de douter. Après ce run qu'vous aviez partagé, après cette troublante proximité que t'avais inspiré sa présence, tu n'pouvais t'empêcher de douter, et d'te demander si, réellement, tu lui avais fais quelque chose. Vous apparteniez à cette même grande famille lui et toi, et on n'touche pas à la famille, pas plus qu'on lui tourne le dos...  Et plus tu l’regardais, plus tu t’sentais perdu. Ça n’avait aucun sens… « J’ai besoin d’une Corona. ».

Et avant qu’il ait pu dire quoi qu'ce soit, t’as allumé une clope et t’es parti en direction de l’un des pick-up pour te prendre une bouteille. Ensuite… T'as juste fait quelques pas pour t'éloigner d'la foule et de la folie ambiante et tu t’es posée en retrait, une dizaine de mètres plus loin, sur une caisse laissée sans surveillance. Suffisamment loin pour être au calme, mais suffisamment proche pour assister au reste des runs. Suffisamment loin pour l'garder à distance, mais suffisamment proche pour qu’il puisse te retrouver.

Car si lui n'voulait pas vraiment t’rattraper, toi, cherchais-tu vraiment à le fuir ?

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MessageSujet: Re: Go hard or go home + Terry Jeu 8 Oct 2015 - 22:26

Je pouvais percevoir son trouble à travers ses yeux perçants et l’incompréhension qui la gagnait à chacune de mes paroles. Et si je le ressentais si bien c’est parce qu’en ce même instant, je vivais la même chose. D’être pris entre deux feux, à devoir expliquer l’inexplicable, l’immaitrisable. A devoir poser des mots sur des choses aussi intangibles que celles qui m’unissaient à cette femme, qui pourtant palpables, m’empêchaient toute certitude. Parce que faites d’un enchaînement d’erreurs, certainement, d’incapacités ou de sentiments qui nous ont conduit sur cette même route, en cette même nuit. Chaque course que j'ai fait tout ce temps, je n'avait pu m’empêcher d’imaginer la revoir, de croiser son regard si pénétrant qui me ferait savoir qu’enfin la seule route que nous empruntons n’est autre que celle de la liberté. Qu’il n’est plus question d’actes délibérés, de stratégie pour fuir encore, de coups menés à l’insu de l’autre …
Mais mes mots semblaient avoir réveillé en elle bien plus que cette continuelle chasse que l’on se livre avec ardeur et frénésie. Des démons bien plus obscurs, enfouis en elle comme l’on entrouvre une porte scellée pour de bonnes raisons qu’importe qu’elles sont-elles. Et rien de ce que j’aurais pu dire n’aurait chassé cela en elle. Si tous les regards étaient braqués sur nous, je ne voyais qu’elle, me faisant face, me dévisageant à mesure que je lui répondais, dans la confusion la plus totale, appelant à mon tour, mon tourment. La désorientation précédant sa colère, lorsqu’elle finit par me répondre, ses mots fendirent l’air comme un retour de balle bien trop rapide pour être anticipé. Et il m’atteint en plein face.

Ce fut à moi de me laisser envahir par l’incompréhension à sa manière toute personnelle, d’un message que je n’aurais su saisir. D’une étape que j’aurais manqué, d’un signal dans la nuit que je n’aurais pas su voir. Sombre impression que d’attendre, impatient, le retour d’un écho qui ne vient pas. Se suspente à l’attente, insoutenable, le coup de collier d’un piège que l’on pensait solide sans se rendre compte que nous en étions tout autant attachés. La déstabilisation dont elle fit preuve m’amena à me dire que mes paroles furent certainement de trop, mais comment parvenir à en mesurer l’amplitude, face à deux façades qui se courbent mais ne rompent pas ? La suite de ses mots fut autant gorgée de rage et de rancœur que les précédentes, comme si en cet instant, elle cherchait juste la place qu’elle devait tenir, et s’affirmer d’être à la bonne place. Et alors que j’allais lui répondre, la foule nous sollicitant d’être en mesure de se dominer l’un l’autre, elle lâcha ses mots qui me laissèrent sa voix. Elle venait de taper dans le mille, qui m’ébranla au point de marquer de rouge cette idée fixe qui refusait de bouger et me faisait agir de la sorte. Mon regard pris une allure de défi jusqu’à ce qu’elle m’avoue ne connaitre la véritable raison de ma propre action. Je n’avais pas de réponse à lui donner, ne parvenant à le comprendre moi-même. Je n’avais rien à répondre à ça.

Elle en vint à s’exaspérer de mon comportement, levant les yeux au ciel comme s’il ne pouvait rien lui tomber de pire sur la tête en cet instant, ne parvenant décemment pas à comprendre mon acte lors de la course. Mais je voyais bien que c’était bien plus que ça. Comme si elle attendait confirmation de ma part sur des choses dont je ne détiens aucune certitude. Comme s’il lui fallait impérativement savoir. Par besoin de contrôle ? Pour seulement avoir le sentiment de diriger encore, et de tenir les rênes ?
Son regard se disperse un instant et je la vois en proie au doute et à l’inconstance de ce qui allait suivre. Mais dans son besoin de toujours foncer quitte à y laisser des plumes, elle laisse échapper ses mots qui sonnent comme une vérité absolue. Je n’avais aucune idée du « on » auquel elle faisait référence mais il ne me plut pas. La perplexité me gagnait alors qu’elle m’avouait ne savoir de quoi j’étais en train de parler, tout en évoquant cette idée de copie blanche qui me fit la regarder dubitatif alors qu’elle relève la tête vers moi, et je la sens prête à tout ravager pour ressortir entière quoi qu’il arrive. C’était comme si elle refusait les événements qui nous avaient précédé, comme s’ils n’avaient aucune importance, qu’ils n’avaient jamais existé. Et que je ne suis pour elle qu’un poursuivant sans relâche, au-delà de toute conscience, de toute estime. Que cherchait-elle à me faire comprendre ?

Ma respiration s’accélérait, et en même temps, je me retrouvais pris à mon propre jeu, ne pouvant véritablement régler nos comptes en public. Je ne pouvais que conserver mon sang-froid, essayant de déceler le message masqué par ses paroles, et cette impression, diffuse, que je la prends en traitre sans avoir de véritable raison de le faire, ni même lui exposer les raisons d’un tel traitement. C’est comme si je me retrouvais seul d’une situation qu’on avait pourtant vécu tous les deux. Je tourne légèrement la tête de côté, la défiant du regard d’aller plus loin, inspirant profondément, et me retenant de lui rappeler ô combien les frais sont partagés. Mais une nouvelle fois, elle me prend de court alors que j’allais rétorquer, prétextant avoir besoin d’une bière, tire une clope de son paquet, et fend la foule dans la direction opposée, les nerfs à vif. Une attitude qui lui ressemble. Acculée, dos au mur, sa solution reste de foncer dans le tas qui lui fait face. Mais ses propos … Il y avait quelque chose qui ne me cadrait pas. Alors que la foule se disperse enfin, je remonte dans ma Nissan et si au départ je comptais m’en tenir là et quitter le circuit, je me ravise. Passer le reste de la soirée à y repenser et rechercher ce que j’avais manqué ne m’aiderait pas, elle seule pourrait me fournir les réponses que j’attends. Alors je fais demi-tour et roule au pas dans sa direction. Je la vois appuyée contre une bagnole, bière à la main, le regard porté sur le prochain run qui se prépare.

Je ralentis me trouvant à son niveau et finis par couper le contact. Je sors de ma voiture et avance vers elle, ni calmé ni tranquillisé parce ce qu’il venait de se passer entre nous. D’un côté, elle me donnait l’impression de vouloir recommencer tout de zéro et tirer un trait sur son passé et toutes les personnes qui l’ont habité, et d’un autre, l’étrange sensation d’un manque qu’elle recherche désespérément pour parvenir enfin, à tourner la page. Mais qu’est-ce qui me dit qu’elle n’a pas repris du service pour la mafia italienne depuis son retour ? Qu’est-ce qui me dit que les fantômes du passé ne lui filent pas le train comme je le fais en cette soirée ? Suis-je la pire menace qu’elle puisse avoir à craindre ? Certainement pas. Si d’autres personnes sont à ses trousses, ce n’est surement pas de moi dont elle doit avoir le plus à se méfier.

« Qu’est-ce qui te dit que mes raisons ne sont pas meilleures que les tiennes de faire ce que je fais », lui dis-je m’approchant d’elle sans chercher l’affrontement, gardant volontairement mes distances et un ton des plus détachés. Certes, mes actions sont loin d’être pardonnables, mais nous avions pour notre part de nombreuses circonstances pour plaider en notre faveur. On s’accommode avec notre conscience comme on le peut pour le reste.

« Je tenais à te remercier d’avoir fait ce que tu as fait pour moi alors que rien ne t’y obligeait et qui t’aurait certainement allégé d’un emmerdement supplémentaire. Je souhaite seulement que tu ne sois plus dans mon viseur pour ne plus avoir à être dans ton rétroviseur », repris-je, lui faisant comprendre que je lui laissais volontairement une longueur d’avance dans l’espoir qu’elle change radicalement de trajectoire. Elle seule déciderait de la suite pour elle, mais aussi pour nous. Que notre prochaine rencontre se fasse dans un contexte dénué de toute interférence ? J’aimais à le croire. Je gardais les bras croisés sur mon torse, à la regarder, et méditer sur notre situations présente bien que conscient qu’il n’y aurait jamais d’accord tacite entre nous.

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Rafaela Alvarez
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MessageSujet: Re: Go hard or go home + Terry Dim 3 Avr 2016 - 16:31

Une pilote effrénée telle que toi faisait difficilement marche arrière. Une pilote effrénée telle que toi vivait pour foncer à pleine allure, pas pour regarder derrière soi. Le succès d’ta survie dans cette jungle, tu n’le devais qu’à cette simple règle. Avancer, foncer quoi qu’il arrive. Oublier les regrets. Ne surtout pas revenir sur une décision, n’pas remettre en question des choix déjà faits. Parce qu’il n’y avait aucun intérêt à tout ça. La culpabilité n’effaçait pas les actes commis ou les paroles prononcées aussi facilement qu’une chute du haut d’une falaise, pouvait effacer la mémoire. Non, la culpabilité n’effaçait pas les actes commis ou les paroles prononcées, elle ne servait qu’à nous ralentir, en nous enchainant au passé. Le succès d’ta survie dans cette jungle, tu n’le devais qu’à cette simple règle. Cette simple règle qui, un trop grand nombre de fois, t’avais empêché d’t’écraser, d'perdre pied. Mais toute règle se confirmait dans son exception. Et la tienne en cette soirée, ne semblait porter d’autre nom que celui de Terry.

Parce qu'ainsi drapée dans cette solitude que tu trimballais inlassablement avec toi, à l’écart de toute interférence qu'il aurait pu causer, il avait suffi de quelques minutes pour abaisser la tension d’un cran et admettre finalement qu’au fond, il n’avait pas tort. Au fond, était-il seulement possible de porter un jugement sur les causes profondes qui motivaient les choix d’l’autre, quand lui comme toi aviez déjà tant d’mal à comprendre les vôtres... Au fond,  comment pouvais-tu nier avec autant d’assurance, une accusation dont t’ignorais les moindres détails... Avant même d’en avoir cherché les fondements. Avant même de retrouver l’millième, de c’que ta mémoire avait égaré… T’aurais pu continuer à t’justifier et à te défendre, encore et encore, mais ça n’aurait rien changé... Le blond en savait plus que toi. Et tu n’pouvais pas t’battre tant qu’le combat n’était pas loyal, tant qu’vous n’étiez pas à armes égales. Tu n’pouvais pas t’battre, contre quelque chose qui pour l’instant t’échappais...

Ce bref instant d’répit, loin de toutes étincelles et d'une tension annihilant toute possibilité de réflexion rationnelle, avait au moins permis ça. Permis d’éteindre momentanément la flamme de ton impulsivité. D’étouffer les dernières braises d’animosité qu’il avait attisées, pour t’laisser entièrement nue face à toi-même, et à cette évidence que tu n’pouvais plus vraiment nier. Car si t’étais suffisamment douée pour t’foutre dans les emmerdes jusqu’au cou, jusqu’à ce qu’elles n’puissent se finir autrement que par un règlement d’compte, qu’est ce qui te prouvait qu’avec Terrence non plus, t’avais pas tout foiré ? A bien y réfléchir, finalement pas grand-chose… Et à défaut d’pouvoir réparer de possibles dommages dont t'avais oublié l'existence, tu pouvais lui reconnaitre au moins ça. « Rien, en effet... » as-tu simplement lâché dans un souffle devant son nouvel assaut, en signe de capitulation. Parce que tu n’savais plus que répondre, pour justifier ses accusations. Parce que rien n’te permettait d’faire pencher la balance d’un côté ou d’l’autre, rien n’te permettait d’lui reprocher d’avoir tort, ou d’pouvoir affirmer que t’avais raison, bien au contraire... La voie sur laquelle tu t'étais engagée en revenant ici t'étais totalement inconnue et semée d'incertitudes... Tu n'savais pas vers quoi t'allais, tandis que lui... Lui semblait au moins savoir d'où tu venais. « … Mais peut être que si t’arrêtais d’parler par énigme, j’pourrais commencer à comprendre... ». Peut être que s'il te donnait enfin un repère, t’orienter serait plus facile. Peut-être même, que ça vous permettrait enfin d’avancer...

S'ensuit un  long silence pendant lequel ton regard se perd dans le vide. Pendant lequel ta main porte machinalement la bouteille à tes lèvres pour en descendre une longue gorgée, tandis que t’assailles à nouveau ces quelques rares paroles ressurgis du passé, et qui inlassablement continuent de tourner en boucle dans ta tête, comme un refrain infernal. Semant un peu plus le trouble et la confusion après c’qui venait d’se passer entre lui et toi, et dans la place que tu devais lui donner dans tout ça. Si tant est qu’il en ait une. Si tant est que tout ça soit lié.

S'ensuit un  long silence pendant lequel ton regard se perd dans le vide et ta main porte machinalement la bouteille à tes lèvres, tandis qu'essaie de s'assembler dans ta tête les rares éléments en ta possession, et qu't'es finalement prête à partager avec lui. Mais les mots n'ont pas l'temps de franchir la barrière de tes lèvres. Et à l’instant où le liquide s’écoule dans ta gorge, une nouvelle salve d’aveux dont tu es l’unique cible, jaillit des siennes et manque de t’étouffer...

Trop soudaine pour l’avoir vu venir. Trop imprévisible pour être contrôlée. L'incertitude t'percute de plein fouet, la collision avec l'incompréhension est inévitable. Ton aplomb vacille et tombe à la renverse, t’entrainant un peu plus dans sa chute, vers les profondeurs de ce gouffre confus, qui t'retient depuis si longtemps prisonnière. « D’abord le règlement d’compte, ensuite les remerciements… » Inévitablement, parce que désespérément à la recherche d’un repère, tes yeux s’accrochent aussitôt au sien, se mettent à sonder silencieusement leur profondeur, dans l'espoir d'y trouver enfin, un semblant de réponse. Un semblant de réponse qui te permettrait enfin de comprendre. De comprendre pourquoi. Pourquoi ce brusque revirement ? Qu’y avait-il à  saisir dans tout ça ? Son comportement n’était-il qu’un leurre ? Destiné à endormir ta méfiance ? Non. Ce n’est pas c’que disaient ses yeux. Ce n’est pas c’que disait ton instinct, qui continuait d'te persuader du contraire. Cet instinct qui jusque-là s’était avéré être un guide plutôt fiable. Cet instinct en qui t’avais toujours sans crainte accordé ta confiance, et qui en retour ne t’avait jamais fait défaut. Cet instinct, qui t'poussais désormais à t'accrocher à cette seule certitude. Cette certitude que, quelques soient c’qui était resté en suspend entre lui et toi, ce n’était surement pas suffisant pour qu’il soit celui qu’tu devais le plus craindre. La menace était indéniablement là dans cette ville, mais elle n’était pas incarnée sous les traits de Terry. Elle ne pouvait pas l'être. Pas après c'que t'avais pu ressentir tout à l'heure, au volant de ta caisse...

Une certitude qui pour autant, n’aidait pas à mieux cerner c’qui te reliait à cet homme, et qui une fois encore, n’en rendait les liens qui t’unissaient à lui, que plus indéfinissables... ne laissant finalement que peu d'choses auxquelles tu puisses t'accrocher. « … C’est quoi, un jeu entre nous ? » Piètre tentative pour essayer de lui arracher enfin une réponse. Piètre tentative pour tourner à la dérision, c’que tu n’parviens à comprendre… Piètre tentative pour lui faire enfin dire, c’qu’il tente d’expliquer à demi-mot. A croire qu’il n’osait en parler. A croire que votre passé commun était un sujet tabou, dont il aurait fallu oublier l’existence. L’était-il ? A sa façon fuyante de l'évoquer, d’essayer de faire table rase du passé pour reprendre tranquillement des chemins opposés, mettre officiellement un point final à - peu importe de c’qu’il s’agissait – c’que vous aviez commencé quelques mois plus tôt, tu finissais par le supposer. Le pouviez-vous cependant ? Le pouvait-il ? Les certitudes paraissaient tout à coup bien plus minces, tant son attitude suffisait à contredire ses propres dires. « Vraiment ? T’es vraiment convaincue que c’est c’que tu veux ? ». L’assurance était suffisamment perceptible dans le ton d’la question, pour en sous-entendre la réponse. « Moi non » Après tout, ne venait-il pas de prouver l’inverse en revenant une nouvelle fois à la charge, en faisant demi-tour pour  revenir vers toi ? Pourquoi n’était-il simplement pas parti quand tu lui en avais donné l’occasion ? Comment pouvait-il prétendre une telle chose, quand toutes les apparences étaient contre lui et tendaient à prouver le contraire…

Qu’importe le message implicite qu’il tentait d’envoyer et que tu n’pouvais décrypter. Ses actions de ce soir suffisaient à anéantir toute tentative de te tenir à l’écart. D’un simple mouvement, t’as réduis un peu plus la distance qui vous séparait, avant d'glisser plus proche de son oreille, ces quelques mots censés le lui rappeler. « De toute façon tu sais que ça n’arrivera pas. Tu sais qu’on va devoir se revoir, parce que tu m’dois une revanche... Et j’ai bien l’intention d’te garder aussi dans mon rétro la prochaine fois… » Ces quelques mots qui, plus qu’un défi, comme le laissait à penser l’ombre du sourire accroché discrètement à tes lèvres, matérialisaient l’évidence et signait une promesse. L’évidence de cette connexion aussi palpable qu'indéfinissable qu’il y avait eu là-bas, au milieu de la jungle urbaine. Et qu’ni lui ni toi n’aviez pu ignorer. La promesse que deux pilotes d’envergure tels que vous, n'pouvaient pas suivre éternellement des routes opposées, qu’elles étaient forcément amenées à se recroiser. Parce que trop ivre de la même vitesse. Trop ivre d'épouser les mêmes courbes, trop ivre d'affronter les mêmes risques, pour essayer d'assouvir cette soif de liberté qui ne s'étanche pas, et qui vous pousse à chercher inlassablement le pire adversaire ou le meilleur partenaire pour y parvenir. Et qui mieux que l’autre, n'était en mesure d'endosser ce rôle si précieux ?

Interrompue par un soudain « La cavalerie arrive les gars on remballe, la fête est finie ! » la réponse reste cependant en suspens, t'obligeant par la même à lui résumer l'ensemble de tes pensées en un simple regard, se concluant sur un « Tu m’en dois une. » qui n'laisse pas d'place au refus, qui n'attend pas qu'une réponse soit formulée verbalement, car désormais à court de temps pour ça. Car les sirènes sont déjà bien trop proches, et qu'il vous en reste juste assez pour filer.

Imitant le reste des troupes, tu t'es donc précipitée au volant de ton bolide dopé à l'azote pour t'jeter furieusement dans le flot d'circulation, et tenter de semer l'un d'ces flics qui déjà te prenait en chasse. En quelques secondes, l'adrénaline se remet à pulser dans tes veines. En quelques secondes, ton entière attention s'reporte sur la route qui s'offre à toi, bien qu'au passage, tu t'assures d'un rapide coup d’œil en arrière, qu'lui aussi  a bien pu filer. En quelques secondes, ton âme de runneuse reprend le dessus, ne laissant dès lors plus la place, qu'à c'que tu savais faire de mieux... Y'aller à fond, ou rentrer chez toi...

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Terrence Lewis
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MessageSujet: Re: Go hard or go home + Terry Mar 31 Mai 2016 - 22:09

J’étais partagé entre confusion et intention, comme si je me trouvais exactement à l’endroit où il fallait, et exactement avec la personne que je souhaitais. Et si le trouble m’envahissait pour des raisons si multiples qu’il serait difficile d’en faire une liste, je baignais dans une sorte de plénitude inexplicable par laquelle elle se trouvait là, en vie, à mes côtés, après des mois d’absence qui avait viré à la disparition à tel point que je m’étais pris à imaginer toute sorte de scénario possible à son égard. Des scénarios qui n’envisageaient rien de bon et pourtant, me faisaient toujours la retrouver au départ d’une course. Parce que telle est la place que nous devions tenir. Telle est la place qu’il nous est destinée. L’un contre l’autre, mais toujours l’un avec l’autre. Des adversaires qui aiment à se défier mais qui refusent de voir le jeu s’arrêter. Qui refusent de voir proclamer un vainqueur au risque que tout s’arrête subitement, nous laissant en manque d’une sensation que l’on ne trouve qu’en présence de l’autre. C’était dans cet état que je me trouvais. A la fois rassasié et tellement en manque de la fois suivante. Pas plus tôt avions-nous quitté la piste qu’on ne voulait qu’y revenir. Accro à la sensation que cela procure, mais qu’on ne trouve maximum qu’en si peu d’instants. Courir pour le jet suivant et la décharge d’adrénaline qui l’accompagne. Une vie que l’on saurait imaginer aussi linéaire que possible, carrément même cyclique, du moment que l’on est dans la course. Qu’importe que nous tournions en rond. Au final, à l’arrivée, on repart du départ. Qu’importe que le même scénario se rejoue indéfiniment entre nous, sans que l’on en comprenne notre dépendance, mais en vouloir toujours plus. Etre en capacité de l’atteindre parce qu’on se trouve l’un avec l’autre. Qu’en cette nuit, toutes les conditions sont réunies. L’espace d’un instant, il n’existe ni passé ni futur, et l’on vit l’instant présent aussi fortement que s’il en était le dernier. Mais toujours à égalité. Jamais l’un avant l’autre, l’un sans l’autre. Une alchimie des plus déraisonnées et qui ne tient sur rien de concret et pourtant … Elle sera toujours celle que j’attendrai au départ d’une course. Celle que je veux à mes côtés quand se déchaînent les enfers. Celle, particulière, qui devine mes pensées alors qu’elles ne sont encore qu’une lueur à ma conscience. Devons-nous virer à droite, à gauche, accélérer ou relâcher, passer en force ou laisser venir … Et il en allait de même dans nos relations. Elle m’arrache les mots de la bouche et formule les exactes pensées qui tournent encore dans mon esprit sans trouver forme.

Étions-nous faits pour apporter les pièces d’un puzzle incomplet ? Qui ne peut être entier que par notre seule contribution, et dans l’ignorance de ce que nous tenons l’un sur l’autre. Ces pièces pourtant maîtresses que l’on refuse de se servir. Ces mêmes atouts qui font notre faiblesse. Dont on ne veut mesurer la force au risque de tout compromettre. Ce confort dans cet inconfort. Cette stabilité au centre du chaos. Ce questionnement incessant qui finit par nous plaire. Dans l’interrogation toujours sans cesser d’exiger la clarté.
Elle m’accable et je riposte, lui renvoyant ses propres armes chargées des mêmes arguments qui veillent toujours à nous maintenir au même niveau. Parce qu’il ne s’agit pas de savoir qui de nous deux à raison. Qui de nous deux à raison de faire ce qu’il fait, et lequel de nous à tort. Sans qu’il ne demeure de perdant. Craignons-nous un jour de perdre ? Craignons-nous un jour d’agir à l’opposé de ce que nous sommes, de ce qui nous définit ? Craignons-nous un jour de décevoir cet autre si important ? De ne plus se porter au niveau qui est le sien, déjà si haut ?
Pas qu’une question d’excessive idéalité. De syndrome aussi pathologique que récessif. De relation clichée qu’on rejetterait aussitôt si on la sentait poindre. Jamais trop ni exagérée. D’un effrayant naturel qu’il nous est impossible d’en rejeter même l’idée. En rien un rêve dont la bizarrerie s’installerait un peu plus fermement à mesure que l’on y repense. Mais une action sans méfiance. Un acte spontané. Une attitude des plus évidentes qui n’amène plus à réfléchir, exécutée librement. Et qui ne saurait en aller autrement …  
Elle cherche à lire entre mes mots, mais l’énigme qui s’y cache ne s’en trouve que plus obscure. Détenons-nous véritablement ce savoir-là ? Est-ce moi ? Est-ce elle ? Ce détenteur secret et mystérieux qui ne laisse entrevoir la vérité qu’aux instants où on l’attend le moins, où l’on se refuse à l’entendre, où l’on ne veut la voir survenir ? Devais-je l’approuver pour que nous tombions d’accord sur ce qui nous arrive ? Que l’on finisse par déterminer cette impression inconstante qui caractérise notre relation ?
Un jeu ? Est-ce un jeu ? N’est-ce donc littéralement qu’une « activité d’ordre physique ou mentale, non imposée, ne visant à aucune fin utilitaire, et à laquelle on s’adonne pour se divertir, en tirer un plaisir » ? Certes, ce jeu-là nous plait, mais il ne peut s’agir que de cela. Plutôt un « ensemble de mouvements des choses ou êtres produisant un effet agréable ou curieux, en libre exercice de quelque chose » ? Oui, peut-être est-ce plutôt ce jeu-là. Elle influe sur moi comme l’influe sur elle, à la manière d’une vague qui s’élance et se retire pour toujours revenir.

« Tout porte à le croire », lui répondis-je, pensif, quant à la nature de ce qui nous arrive. Et alors que je cherche un terrain d’entente entre nous, sans être convaincu du chemin à emprunter, quand bien même la voie semble en être meilleure, elle me renvoie ces mots comme si elle lisait dans mes pensées. À nouveau. Telle cette petite voix assassine à l’arrière de ma conscience, qui me dit que ce n’est pas parce qu’une chose est bonne pour moi et est ce qu’il me faudrait, que j’en ai envie. Déplorablement, non, je n’ai pas envie que tout s’arrête. Pas plus envie qu’elle taille la route de son côté, tel s’abat une parenthèse trop abruptement, alors que serait là la plus raisonnable chose qui pourrait nous arriver et vers quoi il nous faudrait tendre … Et pourtant … Je la regarde fixement, partageant totalement ses propos, sans véritablement pouvoir l’expliquer, ni même le justifier. Parce que j’en ai besoin ? Une telle raison est-elle seulement soutenable ?
J’entreprends de lui répondre, mais aucun son ne sort de ma bouche, et elle achève mon interdit, exprimant exactement ce que je pense. Non, je n’étais pas plus convaincu des paroles que je venais de lui soutenir à l’instant, que je ne l’étais de mon attitude présente. Je tâchais de faire preuve de raison mais tout sonnait faux. Dans mon comportement, dans mes mots, dans ma tête. Elle reprit la parole m’affirmant qu’il ne pourrait s’agir d’une fin tant elle tenait à sa revanche, et un discret sourire s’afficha sur mes lèvres, partageant l’ardeur qui l’animait à l’idée d’une prochaine qui promettait d’être majestueuse.

L’interruption fut brutale alors qu’on nous fit savoir que les flics seraient sur le terrain d’une minute à l’autre. L’heure n’était plus aux explications, mais bien à l’échange d’une promesse qu’on lance dans un dernier souffle, dans l’espoir qu’elle surpasse tous les vents contraires. Mais il n’y avait plus à en douter. Elle m’adressa un dernier regard accompagné de quatre petits mots de la plus haute importance, qui venaient sceller la suite dans un éternel incertain, qui nous apporterait autant de plaisir à l’attendre qu’à l’exécuter. Je lui renvoie son attention, d’un furtif mouvement approbateur de la tête qui signifie un « Compte sur moi » sans mot dire, et file rejoindre ma Nissan. Le temps n’est plus à la réflexion mais à l’action. Toutes les bagnoles présentent au rodéo s’éparpillent dans tous les sens, tâchant de rejoindre l’axe principal le plus vite possible et disparaître. Elle se trouve quelques voitures devant moi alors que résonnent plus fort les sirènes derrière nous. L’anxiété vient se mêler à l’exaltation que je ressens aussitôt me trouvé-je derrière un volant. La voilà tirée d’affaire, je relâche un soupir de soulagement. Engagés à présent dans le trafic, nous n’avions plus rien à craindre, et la voilà déjà loin. Je bifurque alors et prend la direction de l’ouest. Il est plus que temps de raccrocher.



FIN DU RP

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